Mieux appuyer le corps professoral dans les universités

«On ne doit pas oublier que l’intention de départ d’une telle loi n’est pas de restreindre la liberté, mais bien de la permettre. L’intention n’est pas de s’ingérer indûment dans la mission universitaire, mais bien d’appuyer le corps professoral dans l’accomplissement de celle-ci», écrit l'auteur.
Photo: iStock «On ne doit pas oublier que l’intention de départ d’une telle loi n’est pas de restreindre la liberté, mais bien de la permettre. L’intention n’est pas de s’ingérer indûment dans la mission universitaire, mais bien d’appuyer le corps professoral dans l’accomplissement de celle-ci», écrit l'auteur.

Dans son éditorial du 22 février 2021, Marie-Andrée Chouinard décrit comme absurde l’idée même qu’un gouvernement intervienne pour protéger la liberté universitaire. Ce discours, on l’a beaucoup entendu depuis quelques semaines, en particulier après que la ministre McCann eut suggéré l’idée d’une loi-cadre. Certains recteurs ont alors exprimé leur malaise face à cette suggestion, laissant entendre qu’une loi-cadre menacerait l’autonomie des universités, qui peuvent très bien s’autoréglementer. L’éditorial de Mme Chouinard semble abonder en ce sens : « la sacro-sainte autonomie des universités commande [que le gouvernement] demeure en réserve », écrit-elle.

Mais que penser de certaines directions d’universités qui, jusqu’ici, n’ont pratiquement rien fait pour soutenir des enseignants, pourtant pris dans la tourmente de la culture du bannissement ? Que penser du recteur de l’Université de Montréal qui, préférant sans doute guérir que prévenir, affirme qu’il n’y a pas d’urgence, son institution ne faisant pour l’instant l’objet d’aucune controverse ? Que penser de recteurs qui prônent aujourd’hui l’autoréglementation de l’université, mais qui se sont montrés inactifs dans ce dossier, du moins jusqu’à ce que la ministre évoque la possibilité d’une loi-cadre ?

On peut être d’accord avec le point de vue de Mme Chouinard, si on se place dans une perspective idéaliste. Oui, idéalement, les recteurs prendront le problème à bras-le-corps, feront la preuve de leur autonomie, et s’engageront par eux-mêmes à protéger la liberté universitaire. Oui, idéalement, l’intervention étatique — loi-cadre ou énoncé gouvernemental — ne sera pas nécessaire. Or, une perspective plus réaliste suggère qu’une telle loi-cadre pourrait avoir sa pertinence. Rappelons d’ailleurs que certains syndicats, ainsi que la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université, l’appellent de leurs vœux.

Si, comme le pense Mme Chouinard, « les gros sabots de l’État n’ont pas leur place dans la cour des universités », on doit peut-être rappeler qu’en 2017, la loi-cadre visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel sur les campus n’avait pas fait l’objet d’une telle levée de boucliers. À la suite de l’adoption de cette loi-cadre, les universités avaient dû mettre en place leur propre politique de prévention du harcèlement et de la violence sexuelle. Aujourd’hui, par l’entremise d’une loi-cadre, le gouvernement pourrait très bien, sur le même modèle, exiger que chaque université se dote de sa propre politique visant à protéger la liberté universitaire et la liberté d’expression de son personnel enseignant. On ne doit pas oublier que l’intention de départ d’une telle loi n’est pas de restreindre la liberté, mais bien de la permettre. L’intention n’est pas de s’ingérer indûment dans la mission universitaire, mais bien d’appuyer le corps professoral dans l’accomplissement de celle-ci.

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