Un mandat de trop pour le ministre Charette

Benoit Charette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Benoit Charette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

Le 24 février dernier, le premier ministre annonçait « un ajustement » de son Conseil des ministres : Benoit Charette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, était aussi nommé ministre de la Lutte contre le racisme. Ce doublement de mandat m’a littéralement fait bondir : ayant travaillé plus de 15 ans à l’application de la législation environnementale auprès d’au moins huit ministres de l’Environnement, à la fois comme conseiller juridique et rédacteur de loi, ce qui m’a permis de prendre toute la mesure de la complexité et de la lourdeur de la fonction de ministre de l’Environnement, je constate qu’on se permet maintenant d’en faire un ministre à temps partiel.

En effet, pour la première fois depuis la création du ministère de l’Environnement en 1978, on confiait à son titulaire de nouvelles fonctions, complètement étrangères à la protection de l’environnement, comme si, en 2021 et alors même que le Québec comme le reste du monde fait face à une crise climatique et à une perte de biodiversité sans précédent, le ministre de l’Environnement pouvait dorénavant se permettre le luxe de vaquer à d’autres occupations parallèlement à son mandat principal d’assurer le respect de l’environnement et de lutter contre les changements climatiques.

On ne peut que demeurer pantois devant autant de naïveté, d’ignorance ou, pire, de manque de conviction : ainsi, en matière de réduction des émissions de GES, comment peut-on penser qu’un ministre de l’Environnement à temps partiel pourra faire mieux que tous ses prédécesseurs, pourtant à temps plein, qui, depuis 2009, ont lamentablement échoué à assurer l’atteinte des cibles de réduction des GES fixées pour le Québec ?

Tâche alourdie

Ce doublement du mandat du ministre de l’Environnement est d’autant plus incompréhensible que sa tâche ne cesse de s’alourdir en matière d’environnement. En effet, avec l’adoption récente de la Loi visant principalement la gouvernance efficace de la lutte contre les changements climatiques et à favoriser l’électrification (2020, chapitre 19), le ministre voit sa mission et ses pouvoirs renforcés pour tout ce qui concerne l’action climatique du gouvernement, entre autres pour assurer la cohérence, la coordination et le suivi des mesures gouvernementales ou ministérielles, y compris municipales. Ainsi, cette loi ne lui prescrit rien de moins que l’obligation de « s’assurer du respect des cibles de réduction des émissions de GES fixées par le gouvernement ».

Par ailleurs, en abolissant le Conseil de gestion du Fonds vert, cette loi a fait du ministre de l’Environnement le principal répondant de l’utilisation des millions de dollars versés au nouveau Fonds d’électrification et de changements climatiques qui prend la place du Fonds vert, ce qui lui impose une lourde obligation de transparence et d’efficacité au regard des initiatives financées par ce fonds ainsi qu’une obligation de résultat quant à l’atteinte des cibles climatiques, un énorme défi !

En somme, tant le renforcement récent de la mission et des pouvoirs du ministre de l’Environnement au regard des changements climatiques que la menace immédiate et potentiellement irréversible que ceux-ci représentent pour notre société et la planète nécessitent que nous ayons un ministre qui se consacre à plein temps à ces défis environnementaux, au demeurant colossaux ! Il faut craindre que le « luxe » d’assigner de nouvelles tâches à ce ministre ne donne toute la mesure de l’importance réelle que le gouvernement actuel accorde à l’environnement.

Monsieur Legault, l’heure n’est plus aux demi-mesures en matière d’environnement et face à l’urgence climatique. Comme chef de l’actuel gouvernement caquiste, je ne sais pas si vous aurez la volonté de faire plus et mieux, mais ce que je sais, c’est que le Québec a besoin de plus, de beaucoup plus et, minimalement, d’un ministre de l’Environnement à plein temps ! Reprenez-vous, de grâce !

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