La pauvreté télévisuelle

«Les ingrédients de base pour penser et réfléchir ne sont pas accessibles à tous, à commencer par l’information», écrit l'autrice.
Photo: iStock «Les ingrédients de base pour penser et réfléchir ne sont pas accessibles à tous, à commencer par l’information», écrit l'autrice.

Si la télévision est le miroir d’une société, la nôtre ne se porte pas très bien. Même qu’on se désole sérieusement d’un constant nivellement vers le bas.

Si comme moi, vous n’en avez rien à faire ni à cirer des émissions de téléréalité, des vedettes et des « célébrités », de leurs interminables recettes, de leurs souvenirs d’enfance, de leurs squelettes dans le placard, et tout le tralala, vous restez alors sur votre faim. Oui, on a faim. Faim d’intellectuels, d’experts, de gens capables de penser, de critiquer, de questionner.

On a besoin d’être nourris à l’information, d’être alimentés d’entrevues de fond, de débats, de hot seats, de réflexions, d’analyses, de décorticage du monde entier comme de la société québécoise, en somme, de contenu télévisuel substantiel pour l’esprit.

Car si certains chroniqueurs et téléspectateurs ont le cerveau ramolli ces temps-ci, en raison de cette pandémie — et sans doute pas mal aussi par tous ces « beaux programmes » insignifiants qu’ils regardent à la télé —, d’autres au contraire croient que ce ralentissement général des activités humaines offre une belle occasion de penser, une merveilleuse possibilité de réfléchir, entre autres, à notre avenir. Mais où sont les intellectuels à la télévision québécoise ? A-t-on encore le droit de penser, de réfléchir tout haut, de débattre à la télé ? Ou faut-il toujours s’amuser ?

Car c’est manifestement le règne du divertissement à la télévision québécoise. Il faut sans cesse divertir, rire, faire rire, s’amuser, rester dans le léger, la détente et le réconfort, partout, constamment et à tout prix. Au prix de la pensée profonde, du raisonnement, de la réflexion, oui.

On l’observe depuis longtemps, les humoristes sont partout. Ce phénomène n’est pas nouveau, me direz-vous. Or peut-on AUSSI avoir des débats animés, des entrevues de fond menées par des femmes et des hommes d’expérience, capables d’aplomb, de questions incisives et de mordant ?

Vous n’êtes pas tannés, vous autres, de ces innombrables vedettes sur tous les plateaux, servies à toutes les sauces ?

D’autant plus que si vous êtes pauvre, financièrement maintenant, alors là vous n’avez pas cinquante-six mille choix à votre portée sur votre petit écran, ni même le câble, ni aucun abonnement à votre disposition, soit dit en passant. Vous comptez forcément sur la télé publique. Mais déjà, les ingrédients de base pour penser et réfléchir ne sont pas accessibles à tous, à commencer par l’information.

Comment se fait-il que Radio-Canada n’offre pas son réseau d’information en continu, RDI, gratuitement ? N’est-ce pas le mandat du télédiffuseur public, d’informer adéquatement la population, les pauvres comme les mieux nantis ? On est en pleine pandémie ! On traverse présentement une crise sanitaire sans précédent, flanquée d’une crise économique, sans oublier la crise climatique dont plus personne ne parle vraiment, mais ces informations de base en continu ne sont pas disponibles pour les pauvres… pardon, je veux dire pour les « personnes en situation de précarité et de pauvreté économique ». « Quoi qu’il arrive », oui, sauf pour les pauvres.

Bref, on a faim. Faim de grands changements, à la télé comme dans notre société, de nourriture aussi, tant pour le corps que pour l’esprit.

Cette pauvreté télévisuelle finira par tous nous ramollir le cerveau, au lieu de nous élever intellectuellement vers le haut.

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21 commentaires
  • Brigitte Garneau - Abonnée 18 février 2021 04 h 05

    Le temps a fait son œuvre...

    "Cette pauvreté télévisuelle finira par tous nous ramollir le cerveau, au lieu de nous élever intellectuellement vers le haut." Je me permet de reprendre le début de la phrase au passé composé: Cette pauvreté télévisuelle a fini par tous nous ramollir le cerveau... et nous ne pouvons que constater notre grande pauvreté intellectuelle!!

    • Nadia Alexan - Abonnée 18 février 2021 10 h 47

      Vous avez tellement raison, madame, en effet, si vous êtes modérément intellectuelle, il n'y a plus rien à regarder à la télévision. Ce n'est pas dans l'intérêt des maitres du monde d'avoir une population renseignée et éveillée qui pourrait contester le statu quo, les inégalités systémiques engendrées par les milliardaires.
      Les maitres du monde veulent une population docile que l'on puisse manipuler et garder à sa place avec des divertissements et de l'amusement bidon.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 18 février 2021 04 h 17

    Paresse et divertissement = plaisir

    Effort et réflexion = ?? Il est là tout le problème. Comme des poissons, nous gobons. Nous regardons béatement...sans effort, sans réflexion. Mais, comment pouvons-nous réfléchir...si on ne sait plus lire??

  • Gilles Delisle - Inscrit 18 février 2021 07 h 52

    En effet, Madame!

    Depuis l'avènement de Télé-Métropole, dans les années 60, le canal 10 comme disait mon père, la télévision générale n'a cessé de se dégrader. Télé-Métropole n'a jamais changé, sinon empiré! Emissions bêtes et ridicules, l'important , c'est de rire '' gras'', s'amuser, rire de l'autre, émissions de variété stupides et j'en passe! Ce qui est malheureux, c'est que la télévision d'Etat a suivi et bon nombre d'émissions sont devenus là-aussi, des émissions de variété oû le rire doit primer sur la qualité! Quand dans une société, un artiste peut aller jusqu'en Cour Suprême pour avoir le droit de rire d'un enfant handicapé, avec un avocat réputé, çà nous donne une idée de la descente aux enfers de notre culture populaire!

  • Jean Lacoursière - Abonné 18 février 2021 08 h 02

    Il y avait du sport

    Il y a une vingtaine d'années, Marie-France Bazzo animait une émission de débats à Télé-Québec qui s'intitulait « Il va y avoir du sport ». C'était le vendredi soir et je ne la manquait jamais.

    Pourquoi a-t-elle été supprimée après seulement 2-3 ans ?

    Parfois, les débatteurs d'un camp étaient des gens de l'IEDM. C'était génial. On pouvait les entendre dans toute leur splendeur.

    • Pierre Samuel - Abonné 18 février 2021 09 h 18

      Que dire également d'une émission de réflexion telle que < Second regard > à l'affiche de Radio-Canada subitement disparue il y a deux ou trois ans inexplicablement après plusieurs décennies à l'affiche...

      Encore tout récemment, à Télé-Québec cette fois, de l'émission < Les francs-tireurs >, peut-être plus anticonformiste, mais où l'on brassait néanmoins < la cage > des politiciens tout en abordant de front et sans tabou les sujets cruciaux de l'époque...

      Beaucoup plus accrocheur j'imagine, les parodies loufoques de l'omniprésent Labrèche et de sa bande d'à-plat-ventristes à < Cette année-là > ! Désespérant de vacuité ... Au moins un avantage : ça permet pour plusieurs de retourner vers les livres ...

    • Pierre Samuel - Abonné 18 février 2021 21 h 29

      Suite à mon commentaire du 18/02/21 ( 09 h 18 ) :

      Et ce en plus, sans s'attarder aux stations radiophoniques de la région de Montréal qui, depuis l'appobation du CRTC de modifier en juin dernier la vocation classique de CJPX Montréal, a complaisamment éradiqué des ondes hertziennes de la métropole la seule station véritablement spécialisée en musique classique de la région métropolitaine.

      Car, en effet, sauf au matin à l'aube, un peu en soirée et en cours de nuit pour les insomniaques, il devient fréquemment impossible lors de
      certaines émissions de véritablement différencier la chaîne culturelle publique ICI-MUSIQUE de Radio-Canada des stations privées par leur diffusion de chansons autant anglophones que francophones participant insidieusement, telle la populaire émission télévisuelle < En direct de l'univers...>, à la < louisianation > galopante du Québec par une jeune génération déjà adepte du baragouinage " rap " mi-franco, mi-anglo à la mode...et vogue la galère !

  • André Jacob - Abonné 18 février 2021 08 h 09

    Le vedettariat serait-il une roue de fortune

    Madame Marchand sonne le tocsin avec justesse. La recherche des cotes d’écoute basée sur le vedettariat gruge la qualité télévisuelle comme des métastases qui se répandent. L’extrême légèreté des propos a la cote.
    La voix des artistes et la mise en valeur de leurs supposées extraordinaires réalisations servent de dénominateur commun pour présenter des émissions populaires.
    Partout et toujours, ils occupent les écrans et ils donnent leur opinion sur tout. Si la masse suit cette tendance lourde et se bidonne, ça devient rentable, car les publicités suivent.
    Je m’insurge contre la tendance lourde et envahissante à utiliser le « show de plogue » pour occuper l’antenne. La modération a meilleur goût. Après tout, particulièrement quand il s’agit de la télévision publique, une partie de mes impôts sert à la finance, alors je m’autorise à réagir…

    André Jacob, abonné