Un an après la fin des commissions scolaires, des constats s’imposent

«La place d’un discours indépendant dans l’espace public n’existe plus. Les présidents des conseils d’administration des centres de services scolaires (CSS) ne remettent pas publiquement en question les choix du ministre, ne demandent pas d’ajustements régionaux ou locaux. La loi les oblige au silence au profit des directions générales, devenues porte-parole des CSS»,écrivent les auteurs.
Photo: Catherine Legault Le Devoir «La place d’un discours indépendant dans l’espace public n’existe plus. Les présidents des conseils d’administration des centres de services scolaires (CSS) ne remettent pas publiquement en question les choix du ministre, ne demandent pas d’ajustements régionaux ou locaux. La loi les oblige au silence au profit des directions générales, devenues porte-parole des CSS»,écrivent les auteurs.

Dans la nuit du 7 au 8 février 2020, le gouvernement caquiste a mis un terme à la démocratie scolaire francophone de manière cavalière et téméraire. Un an plus tard, peut-on déjà faire des constats révélateurs de la suite ? À nos yeux, la pandémie n’est certainement pas une excuse pour expliquer les déboires actuels d’uneécole publique en mal de leadership rassembleur, mais la situation sanitaire présente aura servi d’amplificateur et permis de constater quelques constats inquiétants.

Pour promouvoir son projet de loi, le gouvernement a maintes fois répété l’importance de « rapprocher les décisions de ceux connaissant le nom des enfants ». Le leurre del’autonomie en aura séduit plusd’un, mais la réalité se veut tout autre : les centres de services dépendent du ministre. On a hâte de connaître SA décision ; on craint SONchangement de cap. On aimerait pouvoir installer des purificateurs d’air, mais on espère SA permission pour le faire. Faute d’autonomiedécisionnelle, nous avons eu droit à une organisation nationale uniforme. Les Îles-de-la-Madeleine et Parc-Extension dans le même bateau ! Où est cette fameuse autonomie des milieux tant promise ?

Silence

La place d’un discours indépendant dans l’espace public n’existe plus. Les présidents des conseils d’administration des centres de services scolaires (CSS) ne remettent pas publiquement en question les choix du ministre, ne demandent pas d’ajustements régionaux ou locaux. La loi les oblige au silence au profit des directions générales, devenues porte-parole des CSS. Mais jamais un administrateur ne tiendra publiquement un propos critique envers le gouvernement. Tout au plus, des citoyens sur Twitter et d’autres réseaux sociaux, des groupes d’intérêt au nom des conditions de travail de leurs membres ou encore des critiques d’opposition en phase avec leur ligne de parti politique fontpart de leurs récriminations ou revendications. En fait, l’école publique est passée d’une organisation citoyenne ouverte et inclusive à un service centralisé pour utilisateurs seulement. Le propos national ou régional critique n’existe plus.

L’organisation citoyenne devenue silencieuse peut aussi s’expliquer par le vacuum des responsabilités des conseils d’administration. Des délégations de pouvoirs revues à la faveur des directions générales, souvent avant la mise en place des conseils d’administration (conséquence inévitable et prévisible du projet de loi 40), la disparition des comités exécutifs, la forte réduction du nombre de réunions des C.A. auront vite réduit au rang de murmure l’influence des conseils d’administration sur la réussite des élèves. Et pourtant, l’école publique, c’est 11 milliards de dollars, provenant des impôts et de la « taxe sans droit de vote scolaire » des contribuables. C’est une chose d’abolir les élections scolaires telles qu’on les a connues pendant plus d’un siècle et demi, c’en est une autre de créer des CA muets et sans pouvoir.

Pour plusieurs, et nous en sommes, il est urgent d’entreprendre une conversation nationale ouverte sur l’état de l’éducation au Québec. Dans ce cadre, faire le point et réfléchir sur la transformation des commissions scolaires en centres de services scolaires devrait notamment être à l’ordre du jour.

Aujourd’hui, les francophones se retrouvent à la remorque d’un pouvoir centralisateur, les anglophones préservent leur autonomie et l’imputabilité de leurs choix et les mieux nantis maintiennent le privilège de leur réseau privé soutenu financièrement par l’État.Si nous réaffirmons l’équité en valeur phare de nos discussions, l’existence de ce système d’éducation morcelé aura vite fait d’imposer l’urgence d’agir.

13 commentaires
  • Pierre Grandchamp - Abonné 6 février 2021 08 h 32

    Vous parlez à un convaincu .Modèle de gestion en santé appliqué maintenant en éducation, chez les francophones

    J'ai fait carrière, en éducation, au niveau secondaire. J'étais complètement en désaccord avec le projet de loi caquiste, en février, de renvoyer chez eux des gens élus démocratiquement:commissaires d'écoles.

    Modèle de gestion en santé appliqué maintenant en éducation, chez les francophones

    Dans quelques jours, ça fera un an que le gouvernement renvoyait chez eux des gens élus démocratiquement : des commissaires d’écoles. Il appliquait alors à nos écoles le même mode de gestion qu’en santé. Vous connaissez les membres du CA de votre CISSS (Centre intégré en santé et services sociaux)? On a vu, au printemps dernier, le désastre dans nos CHSLD. Comment il se fait que ces administrateurs n’ont pas vu à régler la manque de préposés quand c’était le temps? Et l’accueil des Autochtones dans nos hôpitaux?

    En fait, ces boîtes sont une affaire de fonctionnaires. D’ailleurs, la seule personne autorisée à aller sur la place publique est le/la DG : soit un (e) employé (e)! Cette personne n’ira jamais sur la place publique à l’encontre de son/sa ministre.

    Je n'ai pas été surpris, hier, de lire la nouvelle à l'effet que la présidente des Centres de services scolaire se plaignait que son groupement n'avait pas été invité à la table de négociation provinciale pour le renouvellement de la convention collective des enseignants.

    Ça fera bientôt un an que le CSS a été instauré. Puis, un mois plus tard : la pandémie. En suivant ce qui se passait dans le milieu en santé, je n’ai pas eu le choix de constater que le modèle de gestion en Santé est sensiblement le même en Éducation, chez les francophones.
    Au départ, je n’étais pas d’accord avec la disparition des Commissions scolaires. Mais, en voyant ce qui se passait en Santé et, en même temps, en constatant le manque de transparence dans le CSS, mon désaccord s’est amplifié!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 6 février 2021 09 h 59

      Désaccord que des employés siègent sur les conseils d'administration des Centres de santé et des Centres de services scolaires.

      Je suis absolument en désaccord à ce que des employés siègent là-dessus. Ces gens-là, au départ, peuvent se trouver, à l’occasion, en apparence de conflit d’intérêt. Imaginez que, dans votre municipalité: 1- il n’y a plus d’élections municipales 2-votre municipalité est gérée par un groupement comprenant : des employés, des usagers, des personnes du milieu communautaire.3-la seule personne pouvant aller sur la place publique : le/la DG. Ça deviendrait une boîte fermée, comme dans les CISSS et les CSS.

      En santé, au gouvernement, nous avons eu 3 médecins : Bolduc, Couillard et Barrette. Le gouvernement actuel avait recruté une gestionnaire en santé en vue de lui octroyer le poste en Santé : Mme McCann. Elle a été élue. Mais, quand est arrivée la pandémie, on a dû la remplacer par un gestionnaire : Christian Dubé.

      En Éducation, le prof Roberge éprouve beaucoup de difficultés. Vrai que ce n’est pas facile en pandémie; mais ce n’est pas un Christian Dubé! Je pense que, à la tête d’un gros ministère, ça prend un gestionnaire qui s’entoure d’experts : pas nécessairement quelqu'un venant du milieu.

      Je pense que, pour gérer un CSS, ça prend des gens élus devant répondre devant la population; comme au municipal. Je pense qu'il faut revaloriser la fonction de commissaire en plaçant les élections scolaires en même temps que les municipales.

      L’Ontario avait fait disparaître ses Conseils scolaires et a dû y revenir. Tout comme le Nouveau Brunswick. « No taxation without representation »! Je suis convaincu que, un jour, le Québec devra revenir aux élections scolaires. L’indépendantiste, que je suis, a appuyé les Commissions scolaires anglophones qui se sont battues pour garder la gestion de leurs écoles et les élections scolaires

    • Pierre Grandchamp - Abonné 6 février 2021 12 h 52

      Oui, il y avait un déficit démocratique avec les élections scolaires. J'estime qu'il fallait le corriger en plaçant les élections scolaires en même temps que les municipales.

      Actuellement, au CA de mon CSS, s'y trouvent 5 parents provenant des parents des Conseils d'établissement. Êtes-vous déjà allés à une assemblée du Conseil d’établissement, de vos enfants, pour élire les représentants? J’y suis allé quelquefois; j’y ai même siégé, une année. Il y a quelques années, j’ai accompagné quelqu’un à la réunion à une école secondaire de quelque 2 500 élèves, à l’époque : il y avait très peu de personnes. La plupart du temps, s’y présentent une poignée de personnes. Or, ce sont des parents, venant du Conseil d’établissement, qui siègent au Comité régional de parents; de là, l’élection des représentants au CA du CSS .Dans l’ancien système, les commissaires étaient élus pour 4 ans; il y avait de la stabilité.Dans le système actuel, dès que la personne n’est plus parent d’élève, elle démissionne.

      Déficit démocratique pour déficit démocratique, je préférais celui d'avant. Parce que la personne avait l'audace de mettre son nom et sa photo sur la place publique durant une préiode de mise en nomination; et, elle savait que c'était un mandat de 4 ans.

      En février dernier, le Ministre Roberge disait que les commissaires faisaient de la politique; ça le dérangeait. Justement, c'est pourquoi il faut avoir des gens élus démocratiquement pour représenter le milieu et faire, à l'occasion un contre poids.Actuellement, on ne parle pas d'Éducation sur la place publique, depuis l'adoption de cette loi. J'estime que, une fois de plus, en haut on a préféré jouer dans les structures.

      Auparavant, tout le monde connaissait la présidence de la Commission scolaire de Montréal. Maintenant c'est le/la DG qui porte le dossier.C'est qui? Silence radio!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 6 février 2021 13 h 53

      Sur le conseil d’administration y siègent : 5 parents nommés entre eux; 5 membres du personnel nommés entre eux; 5 membres du milieu.

      Dans ma Commission scolaire, il y avait 19 personnes, avec droit de vote, au Conseil des Commissaires : un président élu au suffrage universel, 14 commissaires (soit un par circonscription) élus démocratiquement et 4 parents nommés par leurs pairs.

      Dans mon Centre de services scolaire, il y a 5 membres du personnel nommés entre eux; 5 parents nommés entre eux. Une fois, ces personnes nommées, elles invitent 5 membres du milieu par cooptation. Maintenant, aucune de ces personnes n’aura le mandat d’être la porte-parole de l’organisation administrant des gros budgets : ici,plus de 5 000 employés. Plus de 25 000 élèves. Porte-parole officiel : la personne au poste de directeur/trice général(e) : un( e) employé(e). Voilà!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 6 février 2021 14 h 22

      Les commissaires d'écoles étant élus démocratiquement, quand la présidente de la Commission scolaire de Montréal se levait sur la place publique, cela avait un poids.

      Alors quand la présidente des Centres de services scolaire s'est lamentée, cette semaine, sur le fait que son monde n'était pas invité à la table de négociations des enseignants, elle parlait dans le vide:c'est une simple employé(e) du réseau.

  • Michel Héroux - Abonné 6 février 2021 09 h 35

    Tellement...

    Ce changement voulu par la CAQ a eu lieu il y a un an. Le résultat ? TELLEMENT prévisible. Bien sûr, un espace de discussions démocratiques autour de l'éducation a ainsi été aboli. Mieux encore pour nos bureaucrates, l'autorité quotidienne et pointilleuse du MEQ a été renforcée, comme le disent les auteurs, des Îles-de-la-Madeleine à Parc-Extension. Le mur-à-mur a triomphé et on se demande encore pourquoi, sinon pour le bénéfice de l'appétit insatiable de contrôle de nos machines bureaucratiques provinciales inspirées du modèle jacobin français tant détesté, entre autres, par les Français eux-mêmes. C'est quand même étrange de constater que nos compatriotes les Anglo-québécois ont réussi, eux, à conserver des commissions scolaires dont ils éliront encore les commissaires. Je les envie... Nous, à Montréal, nous sommes passsés de la CECM à la CSDM et maintenant au CSSDM. Tout un progrès, mes amis, pour apprendre à nos enfants à lire, écrire et compter...

    • Pierre Grandchamp - Abonné 6 février 2021 13 h 35

      M. Héroux écrit:" Nous, à Montréal, nous sommes passsés de la CECM à la CSDM ".

      Excellente observation. Vous aviez une présidente de la Commission scolaire présente sur la place publique, pour représenter le milieu. Elle était très présente. Elle dérangeait le MInistre, parfois,. Le Ministre n'aimait pas cela!

      Depuis février, la seule personne qui peut aller sur la place publique:un(e) employé(e), soit le/la DG. Au fait, comment s'appelle cette personne? Ces DG n'iront jamais sur la place publique, sauf dans des cas exceptionnels. Oseront-ils constester des décisions du ministre? Bien sûr que non!

      OIn ne discute plus d'Éducation sur la place publique, depuis février dernier!

  • Colette Bérubé - Abonné 6 février 2021 14 h 43

    Une centralisation outrancière

    L'article co-signé de Fortier & Al. rend compte, d'excellente façon, du caractère outrancier de la centralisation en éducation avec l'avènement des Centres de services scolaires (CSS). Je m'opposais à l'abolition des Commissions scolaires (CS). Leur gestion se faisait sur une base citoyenne par-delà certains dysfonctionnements, dont la faible participation aux élections. Au lieu de les faire converger avec les élections provinciales, cherchant des solutions novatrices, la table rase fut appliquée comme nos récents gouvernements en ont le secret dans plusieurs domaines.
    J'ai oeuvré 35 ans en Éducation des adultes, dont cinq pour une commission scolaire régionale (CSR) au Lac-St--Jean. Pendant près de quatre décennies, j'ai suivi l'évolution des CS de mon milieu d'origine qu'est la Gaspésie. Ma position fut toujours de conserver, et d'améliorer au besoin, ce joyau de notre passé éducatif.
    Les CSS sont des coquilles vides sans pouvoir concret et bien illustré durant cette ronde de négociations avec l'exclusion de la partie patronale. Comment négocier en l'absence d'un groupe d'acteurs ? Si elle perdure, quelle en seront les conséquences délétères dans les écoles ?
    Notamment, je me base sur deux expériences passées, celle de ma présidence du syndicat à l'Institut canadien de l'éducation des adultes (maintenant Institut pour la coopération en ÉA) et sur ma participation à la Commission des partenaires du marché du travail et à son comité de financement des projets de formation & recherche (1999-2013). Cette centralisation à outrance, via les CSS, ne peut mener ainsi qu'à des culs-de-sac et à des aberrations abyssales, telle cette récente exclusion de la partie patronale des négociations.
    Nos auteurs ont parfaitement raison de dénoncer l'avènement des CSS. Avec C. Lessard ici, je suis une co-signataire de la récente lettre réclamant une consultation publique d'urgence en Éducation.

    Colette Bérubé, Ph. D. Socio-andragogie
    Professeure d'université à la retraite

  • André Albert - Inscrite 7 février 2021 09 h 07

    À date, huit commentaires dont six écrits par le même auteur. Ça ressemble au taux de participation des élections scolaires. Bref, le dossier des Commissions scolaires est clos.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 7 février 2021 09 h 56

      Bref, ou plutôt au taux des non élections au Centre de services scolaire? :)

      Vous vous trompez: le dossier des Commissions scolaires n'est pas clôs! En tout respect!

    • Marc St-Pierre - Abonné 7 février 2021 10 h 50

      Comme se plaisait à répéter cet ancien député de l'Union nationale, seul et dernier représentant de son parti à l'Assemblée nationale, ce n'est pas tant le poids de la masse qui compte que le swing dans le manche.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 7 février 2021 11 h 20

      M. Albert, je m'excuse de ma réaction primaire. Voici. J'ai oeuvré 33 ans dans l'éducation au secondaire public. J'ai, aussi, une certaine expérience dans l'administration municipale( conseiller puis maire). Quand je constate que des gens de grande expérience,dont un ex président du Conseil supérieur de l'Éducation, me confirment que le CA de mon Centre de services scolaire en est un "muet et sans pouvoir", je ne suis plus capable!

      Quand je lis ce qui suit, je ne peux qu'exprimer ma déception profonde:"L’organisation citoyenne devenue silencieuse peut aussi s’expliquer par le vacuum des responsabilités des conseils d’administration. Des délégations de pouvoirs revues à la faveur des directions générales, souvent avant la mise en place des conseils d’administration (conséquence inévitable et prévisible du projet de loi 40), la disparition des comités exécutifs, la forte réduction du nombre de réunions des C.A. auront vite réduit au rang de murmure l’influence des conseils d’administration sur la réussite des élèves. Et pourtant, l’école publique, c’est 11 milliards de dollars, provenant des impôts et de la « taxe sans droit de vote scolaire » des contribuables. C’est une chose d’abolir les élections scolaires telles qu’on les a connues pendant plus d’un siècle et demi, c’en est une autre de créer des CA muets et sans pouvoir."

      Dans mon CSS, budget de quelque 309 millions $; plus de 5 000 employés; quelque 25 000 élèves....avec un "CA sans pouvoir". Non, merci!

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 7 février 2021 11 h 16

    « À date (sic) […] le dossier des Commissions scolaires est clos (André Albert); Vous vous trompez: le dossier des Commissions scolaires n'est pas clôs (sic)! (Pierre Grandchamp)»


    À ce jour, le dossier de la scolarisation n'est pas clos.