UberEats et les coursiers à bicyclette

Les coursiers à bicyclette sont, malgré eux, des travailleurs autonomes, précise l'auteur.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Les coursiers à bicyclette sont, malgré eux, des travailleurs autonomes, précise l'auteur.

Les restaurants se plaignent qu’ils sont pris au dépourvu et précarisés par le taux exorbitant, voire usuraire, facturé par les compagnies de livraison de nourriture par application mobile. C’est tout à fait vrai. Le pourcentage qui est tarifé aux restaurants gravite autour de 30 %, un montant énorme.

Le conseil municipal de Montréal a adopté à l’unanimité une recommandation destinée au gouvernement québécois visant à ce que la province légifère dans ce secteur de l’économie en pleine effervescence, afin d’alléger le fardeau qui pèse sur les créateurs gastronomiques quasi patrimoniaux qui travaillent d’arrache-pied pour s’adapter à une charge de commandes par livraison inégalée en ces temps extraordinaires de pandémie et de couvre-feu.

Les restaurants dépendent parfois de la fiabilité des livreurs à bicyclette pour que les repas arrivent à l’heure du souper. Les coursiers, eux-mêmes, sont en situation de précarité en ce qui a trait à leurs conditions de travail. Ils exécutent leurs tâches, peu importe la température, sous le joug d’un danger constant de la circulation, exposés aux gaz d’échappement nocifs (parmi tant d’autres éléments dangereux) pour très peu d’argent. Leur travail est pénible, que ce soit dans le verglas ou en pleine canicule, la marchandise est livrée à l’heure, et tout cela en contexte d’une pandémie globale.

Les coursiers à bicyclette sont, malgré eux, des travailleurs autonomes. Comme tels, ils devraient fournir tout leur équipement de travail (vélo, vêtements appropriés selon la température, sac de transport isolé, téléphone cellulaire), sans mentionner les masques, les gants et le désinfectant pour mains. Leur travail a été complexifié par la pandémie : on pense à la livraison sans contact, par exemple, qui alourdit leur charge mentale. La présence des coursiers diminue la nécessité pour les consommateurs en confinement de quitter leurs demeures afin de chercher un repas et donc réduit le risque d’éclosion du virus. Les coursiers à bicyclette sont conscients du rôle essentiel qu’ils jouent dans la chaîne de logistique et ont récemment commencé à revendiquer leurs droits du travail avec des résultats qui méritent d’être discutés.

En 2019, les coursiers de la compagnie Foodora à Toronto se sont mobilisés et ont forcé un référendum concernant l’adhésion au syndicat fédéral des facteurs. Le vote est passé à 88 % pour la syndicalisation. Cependant, peu après le dévoilement du vote, la compagnie a déclaré faillite au Canada et a quitté le marché. Les coursiers ont reçu une somme hors tribunal selon leurs heures travaillées, mais ils ont ultimement perdu leur gagne-pain.

Si le gouvernement québécois impose un plafond sur UberEats et compagnie, ces entreprises feront-elles volte-face et disparaîtront-elles du marché québécois ? Rien n’est plus utile que d’examiner leur modèle d’affaires, basé sur la maximisation des profits au péril de l’entrepreneur.

La livraison de nourriture est un luxe que certaines personnes peuvent se permettre et qui s’avère nécessaire pour la survie de nombreuses entreprises de restauration en ce moment. Valérie Plante a entendu les plaintes des restaurants et a décidé de mettre un terme aux manigances de la gourmande multinationale. Comme dans le jeu de Tape la taupe, si celle-ci décide de se retirer du marché, d’autres intervenants apparaîtront sur la scène. Prenons, pour exemple, SkipTheDishes, une compagnie canadienne qui a déjà volontairement baissé son taux à moins de 20 %. Peut-être qu’une mentalité plus propice à la collaboration avec les autorités et à l’écoute des consommateurs sera la recette magique.

En tant que consommateur, ancien coursier à vélo et observateur éclairé des questions touchant au droit du travail pour des cyclistes, je suis d’accord avec le plafond des taux facturés aux services de livraison. Cependant, la tranche de la tarte accordée aux coursiers ne devrait pas être compromise. Pour qu’une législation possible tienne la route, il faut que tous les acteurs soient consultés, même les coursiers. Afin de suivre les ordres du docteur, restez chez vous et faites-vous livrer votre pain quotidien.

2 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 1 février 2021 04 h 35

    Les lois du marché ne sont pas descendues du ciel.

    Vous avez raison, monsieur Michaël Thomas Kowalsky. Le bienêtre des travailleurs est très loin des législateurs. Les lois du marché ne descendent pas du ciel. Elles sont légiféré pas les gouvernements qui prennent en compte d'abord les ristournes pour les actionnaires et les profits de sociétés avant de comptabiliser la santé et la rémunération des travailleurs. Il faudrait renverser ces habitudes délétères pour favoriser les travailleurs avant les actionnaires.

  • J-F Garneau - Abonné 2 février 2021 04 h 40

    La valeur d'un service

    Je ne veux pas défendre Uber Eats ou quelque autre plate forme, puisqu'il y en a d'autres, et des locales aussi.

    Mais Uber Eats offre un service. Je ne comprend pas pourquoi les restaurants ne mettent pas en place une "grille de prix Uber", qui reflètent la commission percue par Uber. Je ne peux vraiment pas juger si 30% est un taux "exhorbitant", mais Uber (et les autres) offrent un service.

    Si les rôtisseries St Hubert offrent la livraison "gratuite", c'est que le coût global des voitures et salaire des livreurs est absorbé et payé dans le prix de votre poitrine de poulet. Ce n'est pas sorcier. Et ce n'est pas "gratuit". Ils peuvent se le permettre étant donné leurs économies d'échelle. La livraison "gratuite" n'est pas à la portée du petit restaurateur indépendant.

    Souvent quand nous achetons en ligne, différentes options s'offrent à nous: ramasser en magasin, livraison par la poste, livraison express par messagerie, etc. A des prix différents. Il n'y a pas de lieu de réglementer ou "plafonner" les frais de livraisons qu'un client est prêt à payer, à mon avis, ni ceux chargés par Uber Eats. Le type qui vend des glaces à trois fois le prix sur la plage l'été m'apporte des glaces alors que je suis assis dans ma chaise les pieds dans les vagues, sa valeur ajoutée est de m'éviter de me lever et de marcher jusqu'au comptoir à glaces.

    Un restaurant pourrait toujours afficher des prix "équitables" sur son menu Uber Eats, soit des prix qui incluent la livraison +30% (donc la part Uber) et offrir des ristournes à ceux qui optent pour les services locaux.

    En revanche, la plate-forme Uber leur donne accès à un plus grand marché, et une facilité à commander.