L’importance de témoigner des ravages de la COVID-19

«Hormis quelques exceptions, les journalistes et les photographes se voient en effet refuser leurs requêtes lorsqu’ils demandent l’autorisation d’entrer dans les hôpitaux et les CHSLD, afin de témoigner de la réalité des patients et du personnel soignant», écrivent les signataires.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Hormis quelques exceptions, les journalistes et les photographes se voient en effet refuser leurs requêtes lorsqu’ils demandent l’autorisation d’entrer dans les hôpitaux et les CHSLD, afin de témoigner de la réalité des patients et du personnel soignant», écrivent les signataires.

Au mois de mars 2020, la planète entière a compris l’ampleur de la crise sanitaire en développement en voyant les images dramatiques qui nous venaient d’Italie. Des photos et des vidéos montraient des patients entassés dans les hôpitaux, couchés sur le ventre ou intubés, ainsi que des médecins désemparés, qui témoignaient de leur détresse devant la caméra.

Ces images ont davantage sensibilisé les citoyens à la gravité de la situation que tous les communiqués de presse de l’OMS sur la COVID-19. Elles les ont aussi incités à accepter le confinement imposé par les gouvernements.

Or au Québec, de telles images sont rarissimes, car le gouvernement et les autorités de santé publique ferment les portes des établissements de santé aux médias. Une restriction comme on en voit très peu ailleurs dans le monde.

Hormis quelques exceptions, les journalistes et les photographes se voient en effet refuser leurs requêtes lorsqu’ils demandent l’autorisation d’entrer dans les hôpitaux et les CHSLD, afin de témoigner de la réalité des patients et du personnel soignant.

Ce refus des CIUSSS et du ministère de la Santé est d’autant plus étonnant que les directions d’hôpitaux sont souvent d’accord pour accueillir les médias. Les membres du personnel soignant sont eux aussi favorables à l’ouverture des portes de leurs lieux de travail.

Ces derniers comprennent que l’absence d’images permet à certains de minimiser la gravité du virus, d’apparenter ses symptômes à ceux d’une «simple grippe» ou, encore, de justifier le relâchement de l’observation des consignes sanitaires.

D’où l’importance de recueillir les témoignages des médecins, des infirmières et des préposées. D’où l’importance également d’entendre et de voir les patients qui l’acceptent, afin de montrer la dure réalité qui se vit derrière des portes qui sont actuellement closes.

Les membres du personnel de la santé demeurent, après tout, les principaux témoins de ce qui se vit à l’intérieur des établissements. Il est donc essentiel qu’ils puissent raconter ce qui s’y passe. Sans compter que des centaines de Québécois ont des proches actuellement hospitalisés ou en attente d’une intervention chirurgicale.

Bien sûr, les médias sont conscients des risques liés à la COVID-19. C’est pourquoi ils respectent les règles sanitaires lorsqu’ils sont sur le terrain depuis le début de cette pandémie, et le feraient tout aussi consciencieusement dans un contexte hospitalier.

Nous, qui représentons les grands médias du Québec, demandons donc au gouvernement du Québec et aux autorités de santé publique, au nom du droit du public à l’information, d’ouvrir aux journalistes les portes des établissements où se livre une véritable guerre qui nous concerne tous.

* Les signataires de cette lettre ouverte sont :

  • Benoit Dussault, directeur principal, 24 heures ;
  • George Kalogerakis, rédacteur en chef, Agence QMI ;
  • Helen Evans, rédactrice en chef, CBC Québec ;
  • Melanie Porco, superviseure – production nouvelles, CityNews Montreal (Citytv) ;
  • Chris Bury, directeur de la programmation et de l’information, CJAD 800 ;
  • Julie-Christine Gagnon, directrice de l’information 98,5, stations parlées, Cogeco Nouvelles et Radio Circulation ;
  • Jed Kahane, directeur de l’information, CTV News ;
  • Karen Macdonald, directrice de l’information, Global News ;
  • Martin Picard, vice-président et chef de l’exploitation du contenu, Groupe TVA inc. ;
  • Dany Doucet, rédacteur en chef, Le Journal de Montréal ;
  • Sébastien Ménard, rédacteur en chef, Le Journal de Québec ;
  • François Cardinal, éditeur adjoint, La Presse ;
  • Geneviève Rossier, éditrice et directrice générale, La Presse canadienne, service français ;
  • Brian Myles, directeur, Le Devoir ;
  • Stéphane Lavallée, directeur général, Les coops de l’information ;
  • Lucinda Chodan, rédactrice en chef, Montreal Gazette ;
  • Jean-Nicolas Gagné, directeur général, QUB radio ;
  • Luce Julien, directrice générale de l’information, services français, Société Radio-Canada ;
  • Xavier Brassard-Bédard, rédacteur en chef, TVA Nouvelles-LCN.
6 commentaires
  • Robert Monaco - Abonné 26 janvier 2021 07 h 39

    Médias

    Les médias vous avez fait assez de ravage sociaux et assez vendu de peur depuis mars 2020. Le gouvernement a raison de ne pas vous ouvrir les portes en raison de votre manque d'objectivité et votre propention à uniquement vendre de la peur

  • Cyril Dionne - Abonné 26 janvier 2021 10 h 24

    OUI!

    Oui pour un droit de regard pour les médias dans des institutions subventionnées par tous en autant que les droits inaliénables des patients et des intervenants de première ligne ne sont pas bafoués.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 27 janvier 2021 13 h 53

      Droit de regard sur les institutions subventionnées... fait par les institutions subventionnées elles-même, que sont devenus nos médias?

      Mais il y a bien plus.

      Il n'est pas trop difficile de constater que nos médias ont un énorme préjugé favorable au commerce syndical. Que régulièrement, sinon immanquablement, tout topo sur les soins de santé, ou même de l'éducation, est livré avec des complaintes syndicales et la promotion de leurs intérêts.

      Aujourd'hui, comme hier, on en a de beaux exemples, sur La Presse, et même dans le Devoir.
      C'est une routine.

      Alors ouvrir toutes grandes les portes des hôpitaux aux médias va tourner immédiatement à des mise en scène d'info-spectacle ou les employés vont avoir le rôle de la victime éternelle.

  • Yves Corbeil - Inscrit 26 janvier 2021 11 h 03

    St-Thomas priez pour nous

    Si ça prends vraiment les wouereux pour convaincre les sceptiques on est mal barré. Mais je pencherais plutôt sur les cotes d'écoute et je doute du respect des gens qui seraient exposé ainsi pour assouvir le besoin de spectacle. Je suis parfaitement d'accord avec toutes les entrevues donnés par le personnel hospitalier, du concierge au directeur en chef avec les entrevues de ceux-là qui l'ont eu et s'en sont sorti.

    Mais de laisser circuler les médias avec leurs équipements dans le feu de l'action pour en faire une télé-réalité, je suis entièrement en désaccord. Comme société nous en avons assez de ces séries l'amour est dans le pré, occupation double et quoi d'autre du genre. Alors tant qu'à moi, les St-Thomas peuvent bien demeurer sur leur faim et les médias peuvent bien fournir l'information sans voyeurisme.

    Me souviens du manque de respect de certains durant les reportages en direct en Haiti après le tremblement de terre, ils couraient après les cadavres et qu'est-ce que cela m'a fourni de plus comme info, rien, absolument rien. Comme se sera le cas de les laisser pénétrés dans les hopitaux. Nous avons eu droit à un reportage je crois, si ils veulent en faire un autre «swat» mais des hystériques qui courent les étages en recherche d'image coup de poing, non.

  • Jeannine I. Delorme - Abonnée 26 janvier 2021 15 h 47

    journalistes

    Voulez-vous atttraper la Covid ? Ne trouvez-vous pas que le personnel des hôpitaux a assez à faire sans que vous soyez dans leurs jambes avec votre attirail. Vos demandes ne sont pas réalistes. Allez aider le personnel d'un hôpital toute une journée et vous en sortirez avec une opinion différente.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 26 janvier 2021 17 h 15

    Mettre de l'avant les deux côtés d'une médaille....

    Actuellement, la télévision régionale bas-laurentienne nous fait entendre seulement les revendications de personnes, organisations, commerces et institutions municipales désireuses d'alléger les contraintes : habituellement, c'est le contraire, les médias sérieux s'assurant de mettre de l'avant les deux côtés d'une médaille. Dans le présent dossier, l'autre côté ou le revers de la médaille est celui de malades hospitalisés pour raison de COVID, des personnes gravement malades dont on retarde l'hospitalisation faute de place, du personnel infirmier à bout. Pourquoi ne leur donne-t-on pas un micro, ne les filme-t-on pas respectueusement? La faute aux médias et à leurs commandataires? Un peu, mais surtout la faute du gouvernement qui interdit aux médias de nous montrer la réalité telle qu'elle se vit actuellement: il veut ménager nos sensibilités, nous mettre à l'aise, nous insensibiliser, diminuer les rancunes, contrôler le message, nous rassurer sur la compétence de ses gestionnaires et la justesse de choix politiques passés effectués, refaire plus tard ainsi les mêmes choix futurs, consolider son pouvoir et surtout se faire élire à nouveau aux prochaines élections: un grand nombre de personnes infectées n'est pas plus malade que lors d'une bonne grippe et les considérations économiques, sans être les seules et nécessairement les meilleures pour chacun, sont communes à tous.