Reconfinement, là où le bât blesse

«S’il veut conserver l’appui de la population, le gouvernement doit reconnaître ses erreurs et se mettre en mode proactif pour y remédier, et cesser de considérer le relâchement de la population comme le seul facteur de la hausse de la fameuse courbe», écrit l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «S’il veut conserver l’appui de la population, le gouvernement doit reconnaître ses erreurs et se mettre en mode proactif pour y remédier, et cesser de considérer le relâchement de la population comme le seul facteur de la hausse de la fameuse courbe», écrit l'auteur.

Devant l’augmentation constante des cas de COVID-19 depuis quelques mois et, surtout, à cause de l’inefficacité flagrante des mesures imposées pendant la période des Fêtes, le gouvernement Legault a fait son lit : nous serons à nouveau confinés, pour un mois au minimum.

Bien que je ne sois pas complotiste, que je croie à la science et que j’aie jusqu’ici respecté les règles édictées par les autorités, je redoute que l’imposition de la camisole de force n’amène guère de résultats positifs et, surtout, l’esprit dont cette politique procède me heurte à plusieurs égards.

D’abord, parce que le gouvernement ne nous fournit aucune justification scientifique, hormis les prémonitions des Cassandre qui agitent régulièrement devant le public l’épouvantail de l’effondrement du système de santé. Nous voulons bien reconnaître le péril, mais il reste que crier sans cesse au loup ne peut que contribuer à la diminution de la confiance de la population.

Ensuite, et c’est sans doute l’élément le plus difficile à supporter de l’attitude du gouvernement Legault dans cette crise, sa tendance lourde à faire reposer le poids de la pandémie sur les épaules de la population.

Depuis quelques mois, le premier ministre nous parle de contrat, mais il semble que, dans son esprit, seuls les citoyens en portent la responsabilité. Au printemps, la population lui a donné, avec raison, le bénéfice du doute. Mais depuis le mois de mai, on a l’impression d’un navire sans gouvernail, dont le capitaine se donne pourtant une note parfaite. En fait, ce gouvernement réagit au lieu d’agir et ne règle pas les problèmes qui sont à sa mesure. Des exemples : il n’a pas réussi, bien que ce problème ait été reconnu comme la principale cause de la contagion en mars-avril, à empêcher les transferts de personnel d’un établissement à l’autre et d’une zone à l’autre ; disposant de tout l’été, il n’a pas agi pour améliorer la ventilation des classes ; témoin d’un certain relâchement dans le respect des règles de distanciation et de la révolte ouverte des complotistes, il n’a pas insisté auprès des corps policiers pour qu’ils distribuent des contraventions aux fautifs ; il n’a pas procuré de masques N95 aux travailleurs de première ligne dans le réseau de la santé ; enfin, il a laissé traîner des tests rapides de dépistage dans un entrepôt et a manqué de vigueur dans le lancement de la campagne de vaccination.

S’il veut conserver l’appui de la population, le gouvernement doit reconnaître ses erreurs et se mettre en mode proactif pour y remédier, et cesser de considérer le relâchement de la population comme le seul facteur de la hausse de la fameuse courbe. Plusieurs en ont assez de se faire tancer et montrer du doigt, alors qu’ils font tout leur possible et qu’ils ont l’impression que ce gouvernement sermonneur traîne les pieds.

Le retour de l’âgisme et de la discrimination à l’endroit des aînés est tout aussi mortifiant. En invitant les 65 ans et plus à ne pas sortir de leur domicile, MM. Legault et Arruda les désignent à la vindicte publique et les considèrent sans preuve comme des vecteurs de contagion. Bien sûr, rétorquent-ils, c’est parce qu’ils aiment les vieux, mais la majorité de ceux-ci ne veulent pas de cet amour toxique. D’ailleurs, le gouvernement s’est bien gardé de faire un règlement de cette invitation, sachant qu’il serait cassé par les tribunaux. Sans compter l’incohérence avec les cohortes créées pour la vaccination, fixées à 70 ans et plus.

Enfin, l’imposition du couvre-feu est abusive, de même que l’interdiction de marcher avec une connaissance ou un membre de la famille. On prétend protéger la santé publique en créant une règle qui nuit à la santé physique et mentale des citoyens. En même temps, le premier ministre justifie l’autorisation de présenter des matchs de la LNH en répondant à une journaliste : « Les Québécois vont être contents de regarder le hockey ». Avec des chips et de la bière peut-être ? De plus, on aimerait bien qu’on nous explique en quoi le fait que des gens aillent marcher après 20 h constitue un facteur de propagation de la pandémie. À l’extérieur et en mouvement, il n’y en a pas, de transmission !

Dans mon quartier, des rassemblements pendant les Fêtes, je n’en ai pas vu. Ce que j’ai vu, ce sont des citoyens qui respectent de leur mieux les consignes, et qui commencent à en avoir assez d’être les boucs émissaires.

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