Les CPE, un service essentiel?

Si le gouvernement nous considère comme un service essentiel, qu’attend-il pour nous traiter comme tel? À quand de meilleures conditions salariales pour le personnel des CPE? s'interrogent les auteurs.
Photo: Getty Images Si le gouvernement nous considère comme un service essentiel, qu’attend-il pour nous traiter comme tel? À quand de meilleures conditions salariales pour le personnel des CPE? s'interrogent les auteurs.

Mercredi, nous, les directrices et directeurs de centres de la petite enfance, étions à l’écoute du point de presse de notre premier ministre. Nous attendions impatiemment de connaître les nouvelles consignes et mesures à appliquer pour notre secteur dans une période où la pandémie est à son apogée. Il a toutefois fallu attendre la question d’un journaliste pour savoir si notre réseau allait rester ouvert. Service essentiel, vraiment ? Et aucune information par la suite sur les mesures pour assurer notre sécurité.

Nous nous doutions bien que nos services allaient rester ouverts, nous étions prêts. Nous sommes empathiques envers nos familles qui ont besoin de nos milieux pour concilier travail-famille-études. Nous sommes également soucieux que nos petits puissent s’épanouir dans nos milieux de vie. Mais nous aurions aimé un peu de considération de la part de notre gouvernement.

Depuis le 16 mars 2020 que notre milieu répond oui à l’appel, s’adapte aux règles, dépense pour des équipements adaptés, s’organise malgré une pénurie de main-d’œuvre, met en application la gestion des symptômes autant des enfants que du personnel. Pourtant, silence radio sur l’importance de notre réseau. Nos éducatrices, nos cuisinières, nos conseillères pédagogiques, nos préposés à l’entretien et nous, les cadres, avons travaillé sans relâche depuis les derniers mois pour assurer la sécurité de nos milieux. Aucune prime n’a été offerte, nous n’avons rien dit. Les coûts relatifs à la mise en place de mesures dictées par la CNESST et l’INSPQ ont souvent dépassé les budgets alloués et encore là, nous n’avons rien dit.

Le 22 décembre, à 18 h, on recevait aussi dans nos boîtes de courriels l’information selon laquelle les masques fournis par le ministère de la Famille n’étaient pas conformes, nous les avions au visage depuis l’été. Nous avons appris la nouvelle via un communiqué, la veille des vacances, et sans d’autres explications que la consigne de ne plus les utiliser et qu’à partir de janvier, nous en aurions de nouveaux.

Notre valeur

Imaginez le sentiment de nos équipes face à tous ces constats : nous ne sommes pas plus importantes que cela, notre protection n’est pas essentielle, notre valeur comme travailleurs ne vaut pas un deux minutes d’antenne ? Bien sûr, nous savons que les enfants ne sont pas des vecteurs importants, mais nous travaillons aussi avec les familles, nous circulons aussi dans les transports en commun, nous n’avons pas toujours la possibilité dans nos milieux de respecter le deux mètres.

De plus, les mesures recommandées par l’INSPQ se sont assouplies depuis l’automne alors que pourtant, le nombre de cas n’a jamais été aussi élevé. Nous nous attendions donc à de nouvelles recommandations et consignes en lien avec notre sécurité. Vous comprendrez que cette semaine, nous avions de nouveau la démonstration du peu de reconnaissance envers le réseau des services éducatifs de garde à la petite enfance. Si le gouvernement nous considère comme un service essentiel, qu’attend-il pour nous traiter comme tel ? À quand de meilleures conditions salariales pour le personnel des CPE, à quand un financement adéquat à la hauteur des exigences du ministère de la Famille, à quand une reconnaissance véritable que le réseau des services de garde à la petite enfance est un réseau professionnel ?

La pandémie a prouvé notre raison d’être, on a répondu oui aux appels de notre ministre, on est toujours là et il serait temps que des gestes concrets soient posés afin que notre réseau puisse rester debout dans le futur. Il faut revaloriser la profession afin de faire face à la pénurie de main-d’œuvre, cesser de couper dans nos subventions, nous donner du temps réel pour appliquer la pédagogie et miser sur la qualité éducative. D’ici là, on continuera d’accueillir les enfants, d’être un arc-en-ciel dans cette noirceur, d’être un milieu de vie pour eux et leurs parents.

* Signataires : Mylène Théroux, codirectrice générale, CPE Tortue têtue ; Isabelle Jacob, directrice générale, CPE Les Crayons magiques ; Roxanne Bourdages, directrice générale intérimaire, CPE Évangéline ; Denise Goulet, directrice générale, CPE Harmonie ; Normand Richardson, CPE Idée Fixe ; Stéphanie Sirois, directrice adjointe d’installation, CPE Ste-Justine ; Sandrine Beaufrere, directrice générale, CPE Les Amis de promis ; Lucie Chabot, directrice générale, CPE Le Sablier ; Jacinthe Grenier, directrice générale, CPE La Découverte de l’enfance ; Sylvie Bouthillette, directrice générale, CPE Fleur de Macadam ; Sabine Tutellier, directrice générale, CPE Ki-Ri.

3 commentaires
  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 10 janvier 2021 12 h 07

    Vous n'êtes pas moin en sécurité qu'il y a 1 mois ...

  • Patrick Dolmaire - Abonné 10 janvier 2021 14 h 28

    Investissement à trop long terme ...

    Le rendement des investissements dans la petite enfance sont malheureusement à trop long terme. Le gouvernement semble plus préoccupé par les rendements des investissements à court terme qui leur permettront de bien se positionner aux prochaines élections. En attendant, la pandémie ne semble pas avoir prouvé autre chose que votre raison d'être est de permettre aux parents de travailler bien que certains tentent de surfer sur le bien-être des enfants.

  • Guylaine Thauvette - Abonnée 10 janvier 2021 15 h 35

    Guylaine Thauvette - Abonnée

    Enfin!!! vous prenez la parole afin de vous faire entendre. Il est temps!!!
    On n'entend jamais parler de vous les garderies et du travail considérable
    qu'a exigé de vous cette pandémie. En souhaitant que l'on continue èa vous
    entendre et èa faire valoir vos demandes,
    Solidarité,
    Guylaine Thauvette