L’industrie aérienne entière est à l’agonie

Beaucoup s’indignent envers ces voyageurs qui ont choisi de quitter le nid quelques jours, mais personne ne s’indigne lorsqu’Ottawa ne verse pas un sou au secteur aérien depuis 10 mois, déplore l'autrice. 
Photo: Marco Ugarte Associated Press Beaucoup s’indignent envers ces voyageurs qui ont choisi de quitter le nid quelques jours, mais personne ne s’indigne lorsqu’Ottawa ne verse pas un sou au secteur aérien depuis 10 mois, déplore l'autrice. 

Le regard de certains est porté sur les voyageurs, « grands contaminants » de COVID. Pourtant, les chiffres publiés récemment démontrent que la population qui est sagement demeurée chez elle a largement participé à la transmission du virus pendant la période des Fêtes.

Beaucoup s’indignent envers ces voyageurs qui ont choisi de quitter le nid quelques jours pour aller faire le plein d’énergie au soleil et même pour se rendre au chevet d’un membre de famille. Mais personne ne s’indigne lorsqu’Ottawa ne verse pas un sou au secteur aérien depuis 10 mois quand tous les pays du G7 ont aidé leurs compagnies aériennes.

Personne ne s’indigne que le ministre Garneau n’ait contacté les dirigeants des grandes entreprises aériennes que plus de neuf mois après le début de la pandémie.

Personne ne s’indigne que le gouvernement vienne de mettre la responsabilité des tests de COVID sur les dos des compagnies aériennes et des pays étrangers plutôt que d’en prendre la responsabilité aux aéroports canadiens.

Personne ne s’indigne que des tests sont en cours à l’aéroport de Calgary et prouvent l’efficacité d’un test COVID à l’arrivée (un projet pilote semblable a aussi été fait à Toronto), mais que cette pratique n’a pas été élargie à l’ensemble du territoire canadien.

Personne ne s’indigne quand l’industrie aérienne entière est à l’agonie.

Personne ne s’indigne quand on pense aux gens touchés de façon directe ou indirecte par cette agonie. Oui, je suis directrice de vol et clouée au sol malgré mes 26 années d’ancienneté chez Air Transat, mais mis à part les membres d’équipage, il ne faut pas oublier tous les blessés collatéraux et je nomme, entre autres, les douaniers, les agents des tours de contrôle, les mécaniciens, les employés des commerces aéroportuaires, les chauffeurs de taxi, etc.

Personne non plus ne constate que les mesures sanitaires sont en place dans les aéroports, dans les avions, dans les hôtels, dans les pays étrangers. Bien des mesures ont évolué depuis le mois de mars, et ce, partout dans le monde, mais notre gouvernement n’a pas réajusté le tir pour aider l’industrie de l’aviation.

Début janvier, 154 membres du personnel navigant cabine (agents de bord et directeurs de vol) sur 2000 sont en poste chez Air Transat. Le gouvernement ne cesse de clamer qu’il aide les compagnies aériennes avec la SSUC, mais soyons clairs, si nous ne bénéficions pas de la SSUC, nous serions tous à l’assurance emploi. (Air Transat a choisi la SSUC, mais Air Canada a mis à pied ses employés, donc ils bénéficient de l’AE).

De plus, en proposant la SSUC, le gouvernement aide l’employé mais en n’aidant pas le secteur, ce même employé se retrouvera sans emploi puisque ledit secteur s’éteindra. Sans vol, sans client, sans voyage, etc. il n’y aura plus d’emploi.

Depuis des mois nous demandons des tests à l’arrivée aux aéroports canadiens, nous demandons aussi une réduction de la quarantaine (avec un résultat négatif évidemment), mais personne ne nous écoute.

Le gouvernement vient de demander un test trois jours avant l’arrivée, comme si ce test ne permettait pas d’être infecté durant les derniers jours d’un séjour à l’étranger, et en se fiant à des tests de pays étrangers sans même s’informer si les pays ont la capacité de fournir ces tests et de la fiabilité des tests disponibles à l’étranger. Nous avons l’expertise de le faire au Canada, directement à l’aéroport, et nous aurions ainsi une garantie du résultat.

Ce que tous les gens de l’aviation espèrent, c’est que l’attention cesse d’être portée sur le voyageur et dirigée vers l’industrie qui se meurt et l’inaction flagrante du gouvernement.

Ce que je souhaite, c’est que quelqu’un entende notre cri du cœur et le partage.

Je me permets de parler au nom de tous mes collègues membres d’équipage. Nous sommes passionnés par ce métier, nous vivons dans l’insécurité depuis des mois et n’espérons qu’une seule chose, c’est de pouvoir voler de nouveau. Mais pour ce faire, quelqu’un devra nous tendre la main avant le « crash ».

8 commentaires
  • Fanny Brasseur - Inscrite 8 janvier 2021 01 h 22

    Effectivement !

    Le fait de dénigrer autant le tourisme condamne en même temps l'industrie aérienne et va ralentir considérablement l'éventuelle reprise économique post COVID. Beaucoup trop d'emplois sont affectés. Il faut arrêter d'alimenter la "honte du voyageur", surtout que les résultats prouvent qu'elle n'est pas fondée, mais plutôt instaurer un test obligatoire à l'arrivée au Canada; plus simple, plus sécuritaire que 72h avant d'arriver et surtout beaucoup moins dommageable pour l'industrie aérienne et du tourisme.

  • Loraine King - Abonnée 8 janvier 2021 06 h 52

    Autre province, autres moeurs

    Personne ne s'indigne que l'Ontario et l'Alberta accomplissentt leur boulot.

    C'est le Québec qui s'indigne que les Canadiens ne payent pas pour leurs tests pré-voyages des vacanciers !

    Oui, l'Ontario (pas le Canada) commence un programme à Pearson pour tester ceux qui entrent, mais ceux qui entrent - des Canadiens de retour de voyage - avaient obligatoirement obtenu un test négatif avant l'embarquement, en Allemagne, en France... Ces deux tests ne remplacent pas la quarantaine!

    Les Ontariens étant une société distincte, ce sont les autorités locales de ma ville qui cesseront la semaine prochaine de fournir des tests aux citoyens qui désirent voyager. On les dirigera vers le privé.

    https://lfpress.com/news/local-news/london-covid-19-centres-end-free-tests-for-international-travellers

    Une preuve de test négatif peut être estampée "non-vallable pour le voyage", (je présume) pour décourager les mécréants du patelin.

    Si les Québécois veulent payer pour les tests prévoyages dans le sud de leurs citoyens, libre à Legault.Qu'il aille s'installer à Trudeau, et qu'il s'accapare des tests payés par et destinés aux citoyens pour les vendre à Air Transat pour qu'elle puisse vendre son test $149 de la dose, comme le fait Air France à Trudeau depuis le 15 décembre. Cela devrait encourager Air Transat à survivre.

    Le Canada est dirigé par un prof d'école, et le Québec par un ancien dirigeant de compagnie aérienne. Cela paraît.

    Ici en Ontario on a vraiment besoin, c'est le temps de le dire, de bras pour la vaccination . J'espère qu'on ne perdront pas trop de temps à soutenir la promotion du tourisme.

  • Cyril Dionne - Abonné 8 janvier 2021 08 h 46

    Non cogitant, ergo non sunt

    Non, non et non.

    Non. Ce virus est venu sur les oiseaux d’acier qui parcourent le ciel. La 2e souche très virulente est encore venue par l’entremise des oiseaux d’acier.

    Non, tout le monde s’indigne de voir des politiciens à l’éthique élastique aller se faire chauffer la « couenne » dans des républiques de bananes, gracieuseté de nos transports aériens.

    Non, on ne pleure pas pour cette industrie. Coudonc, personne n’a reçu le tweet encore, nous sommes en pleine pandémie.

    • Loraine King - Abonnée 8 janvier 2021 10 h 31

      Il est venu sur les oiseaux d'acier, mais au Canada il est surtout rentré par les États-Unis.

      https://www.ledevoir.com/societe/sante/578234/quebec-un-quart-des-voyageurs-malades-venaient-des-etats-unis

  • Karyne Tanguay - Inscrite 8 janvier 2021 08 h 56

    Monsieur Rouleau

    Votre commentaire, quoi que bien écrit sur un point de vu littéraire, est d'un manque de classe et de gros bon sens! Vous. Croyez vraiment que cette simple employée d'une si grande entreprise a le pouvoir de regler vos insatisfactions financières ? Franchement! Elle est tout aussi victime de la pandémie que vous. Un peu d'humanisme serait probablement plus bénéfique que de vomir vos soucis a n'importe qui n'importe ou (dans ce cas ci, tellement gratuitement ... !} . Cest une agent de bord, comment pourrait elle avoir un quelconque rapport avec votre crisette d'enfant gâtée ?
    Je vous propose d'utiliser internet à nourrir votre cerveau plutôt qu'à intimidé pour panser votre frustration ... il semble avoir encore de la place pour de la matière grise ... et suggestion : Air Transat service client. .... au moins vous taperez pas dans le vide ...

  • Nicolas Girard - Inscrit 8 janvier 2021 09 h 29

    Enfin, un vrai résumé!

    Il était plus que temps que quelqu'un ait le courage de présenter la situation que les travailleurs de l'aviation vivent depuis 10 mois. À ceux et celles qui ne sont pas satisfaits d'avoir reçu un crédit-voyage, vous devriez diriger votre colère envers le gouvernement du Canada et sa totale inaction depuis mars dernier. Tous les autres pays industrialisés ont offert un soutien financier au secteur aérien, ce qui a permis aux grands transporteurs de rembourser les passagers qui le désirent. Le remboursement des billets non remboursables passe donc par un soutien financier du gouvernement, ne serait-ce que sous forme de prêts.

    En mars et avril, le gouvernement du Canada était si fier du transport aérien, donc les travailleurs ont parcouru la planète pour rapatrier les Canadiens. Depuis ce temps, ce même gouvernement ne fait que mettre des bâtons dans les roues de l'aviation et se croise les bras en le regardant agoniser. La disparition de notre industrie aérienne n'aura rien de positif pour les Canadiens, qui trouveront que voyager sur American Airlines sera soudainement très coûteux.

    En terminant, en 2008, Ottawa s'est empressée de voler au secours de l'industrie automobile en Ontario. Avec ses 600 000 emplois directs et indirects, il me semble que l'aviation canadienne mériterait du soutien. Car sans une industrie aérienne forte, la reprise du secteur touristique, hôtelier, du divertissement et de la restauration ne se produira tout simplement pas.