La chasse aux voyageurs, une diversion aux vraies affaires

«Plutôt que de faire diversion avec des sujets annexes, ayons le courage politique de nous attaquer aux vraies affaires et ainsi de retenir les leçons de cette pandémie pour l’avenir», écrit l'auteur.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Plutôt que de faire diversion avec des sujets annexes, ayons le courage politique de nous attaquer aux vraies affaires et ainsi de retenir les leçons de cette pandémie pour l’avenir», écrit l'auteur.

On assiste, depuis quelques jours, à une véritable chasse aux sorcières concernant les voyageurs du Canada. À tel point qu’un véritable maccarthysme pandémique est en train de s’abattre sur la classe politique et médiatique, au niveau provincial aussi bien qu’au niveau fédéral.

Le voyageur devient ainsi le nouveau bouc émissaire et une utile diversion aux réels défaillances et manquements de nos gouvernants depuis le début de cette crise sanitaire.

Devant cette diversion, il faut avoir le courage de dire les vraies affaires et de pointer les fautes réelles de nos gouvernements, et il ne s’agit pas de la gestion de nos frontières.

Cette chasse aux voyageurs fait suite à un article relayant l’attitude irresponsable de touristes s’exonérant du respect des consignes sanitaires, tout cela au soleil pendant que l’ensemble de notre personnel soignant se bat sans relâche contre le coronavirus. Au-delà du fait que les comportements irresponsables de ces personnes ne se manifestent certainement pas uniquement hors de nos frontières, faut-il également jeter le discrédit sur ceux qui voyagent pour de bonnes raisons et dans le respect de nos lois et de l’ensemble des consignes sanitaires, et cela, tout en se soumettant aux consignes les plus sévères au monde lors de leur retour ? Certainement pas.

Il est temps de revenir à la raison et de regarder les faits tels qu’ils sont réellement.

Pour rappel, précisons que les frontières canadiennes sont fermées depuis le mois de mars. À tel point que le nombre de voyageurs a diminué de 93 % comparativement à 2019.

La réalité, c’est que la propagation du virus n’est plus un phénomène provenant de l’extérieur de nos frontières. Celui-ci est actif depuis le mois de mars au Canada et dans 98 % des cas se transmet de manière communautaire. En raison de l’évolution incontrôlée de la pandémie au pays, si risque il y a, ce risque menace les pays destinataires.

Contrairement à ce que disent les discours ambiants, le Canada est l’un des pays aux réglementations les plus sévères en ce qui concerne la gestion de sa frontière et les contraintes sanitaires imposées lors d’un retour de voyage — je le sais pour l’avoir moi-même expérimenté. De nombreux pays, ayant pourtant moins de cas qu’au Canada, n’imposent aucune quarantaine aux voyageurs de retour sur leur sol. Le Canada a une des politiques les plus sévères au monde en matière de contrôle et de sanctions (une amende de 750 000 $ et six mois d’emprisonnement en cas de non-respect de la quarantaine).

Il serait temps de faire preuve de mesure et de regarder plutôt les vraies affaires.

Les vraies affaires, c’est l’engorgement rapide de notre système hospitalier dû aux politiques de libéralisation et de sous-financement de notre système de santé depuis plusieurs décennies. À tel point que le Canada figure en queue de peloton des pays de l’OCDE pour ce qui est du nombre de lits disponibles par habitant. Le Québec connaît ainsi une saturation de son réseau hospitalier à 1000 hospitalisations alors qu’il compte 8,5 millions d’habitants.

Les vraies affaires, c’est qu’il faut mettre fin à la pénurie de main-d’œuvre dans le réseau de la santé en contraignant les ordres professionnels, notamment celui des médecins, qui orchestrent et profitent de manière corporatiste de cette pénurie. Je rencontre constamment de nombreux immigrants compétents et disponibles qui sont empêchés d’exercer leurs compétences dans le réseau de la santé.

Les vraies affaires, c’est aussi l’amélioration de la rémunération et des conditions de travail du personnel hospitalier, qui se bat en première ligne pour sauver des vies depuis plusieurs mois.

Plutôt que de faire diversion avec des sujets annexes, ayons le courage politique de nous attaquer aux vraies affaires et ainsi de retenir les leçons de cette pandémie pour l’avenir.
 



Une version précédente de ce texte, qui indiquait par erreur que le nombre de voyageurs a diminué de 700% comparativement à 2019, a été modifiée.

 

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