Le retour des «sudistes»

«Quelles que soient les excuses données par certains voyageurs, nous qui sommes restés figés dans la neige, le froid et le verglas en limitant au minimum nos contacts sociaux avons parfaitement raison de pester contre ces étourdis», écrit l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Quelles que soient les excuses données par certains voyageurs, nous qui sommes restés figés dans la neige, le froid et le verglas en limitant au minimum nos contacts sociaux avons parfaitement raison de pester contre ces étourdis», écrit l'auteur.

Nous avons appris avec stupéfaction, il y a quelques jours, que les quelques milliers de Québécois partis en pleine pandémie festoyer en des contrées chaudes et ensoleillées pourraient avoir droit à une prime de 1000 $ à leur retour. Il semble bien qu’ils aient besoin d’encouragement et de soutien financier, les pauvres, pour se soumettre à une quarantaine de 14 jours afin de ne pas risquer de contaminer leurs semblables. Ce mauvais vaudeville nous oblige aux constats suivants.

Primo. En vertu d’une loi (ou d’un décret) votée par le gouvernement fédéral, la « Prestation canadienne de maladie pour la relance économique » est destinée aux travailleurs ayant contracté le virus de la COVID-19. Ceux-ci doivent alors se retirer de leur milieu de travail et s’isoler pour faire une quarantaine d’une durée de 14 jours. Accorder la prime de 1000 $ à des « déserteurs » reviendrait à consentir à un détournement, sinon légal du moins immoral, de fonds publics. On ne peut raisonnablement prétendre que ces voyages dans le Sud avaient quelque chose d’essentiel — les reportages que l’on a pu voir en témoignent avec un haut degré de véracité. On ne peut non plus avancer que les gens qui ont les moyens de se payer un voyage dans le Sud n’ont pas les moyens d’assumer leurs coûts de subsistance durant leur quarantaine à leur retour.

Secundo. Quelles que soient les excuses données par certains voyageurs, nous qui sommes restés figés dans la neige, le froid et le verglas en limitant au minimum nos contacts sociaux avons parfaitement raison de pester contre ces étourdis qui s’en sont donné à cœur joie bourrelet contre bourrelet sur les plages, aux bars et sur les pistes de danse extérieures des tout-inclus. Alors que le nombre de personnes contaminées ne cesse d’augmenter au point que l’équilibre du système de santé est menacé, ces tristes individus ont lamentablement manqué de sens civique et de solidarité envers leurs semblables. La contribution au bien commun ? Connais pas. Leur comportement déplorable en fait des aspirants au statut « d’infréquentables ». Notons au passage que les forfaits alléchants annoncés par les avionneurs y sont aussi pour quelque chose dans cet engouement pour le bronzage dans la position de la larve au soleil.

Tertio. Le gouvernement fédéral a fait preuve de laxisme et d’imprévoyance face au phénomène de déviance civile dont nous sommes les témoins et potentiellement de futures victimes. Les timides mesures finalement mises en place par le gouvernement canadien sont considérées par les experts comme insuffisantes et trop tardives pour être d’une efficacité maximale. La plupart des gens qui ont migré vers le Sud l’ont fait dans les jours précédant Noël et généralement pour un séjour de deux semaines. Or, les tests rendus obligatoires avant le retour au Québec ne seront disponibles qu’à partir du 7 janvier. Une bonne partie des fêtards bronzés seront alors sans doute de retour. Pourquoi ne pas avoir obligé des tests à l’arrivée au pays ? C’eût été sans doute plus simple à organiser. Quant à la surveillance accrue pour s’assurer que les voyageurs respectent bien la quarantaine, on peut penser que les effectifs policiers de la GRC ne seront pas en nombre suffisant. Pourquoi ne pas avoir négocié une entente avec les provinces pour que cette surveillance soit exercée par les corps policiers municipaux.

En conclusion. Bien que conseillé par une équipe d’experts en santé publique, le gouvernement fédéral a fait fi de deux principes simples et reconnus comme fondamentaux en matière de santé publique, soit : le principe de précaution (ne pas prendre de risques inconsidérés pouvant causer des maux importants) et la réduction des méfaits (minimiser les conséquences fâcheuses d’un mal qu’on peut guérir). Ma grand-mère, elle, me disait à l’occasion devant mes gaucheries : « Si tu peux pas aider, mon ti-gars, au moins essaye de pas nuire. » « Primum non nocere » (Hippocrate).

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