Une pandémie qui divise

«L’année 2020 partira en laissant une société sur les dents et à bout de souffle», estime l'autrice.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «L’année 2020 partira en laissant une société sur les dents et à bout de souffle», estime l'autrice.

Des centres-villes déserts, des commerces sans vie tombés sous les dettes, des gens masqués partout nous fuyant comme si nous avions le pouvoir de mettre fin à leur vie. Les mains asséchées de désinfectant, des sourires avec les yeux… Bienvenue dans notre nouvelle réalité.

Cette triste année nous aura marqués de façon exceptionnelle. Elle nous aura appris l’impuissance de ne pouvoir tout contrôler en côtoyant cet ennemi invisible.

L’année 2020 partira en laissant une société sur les dents et à bout de souffle.

Ce que je retiens de cette année, c’est aussi cette malheureuse division d’opinions devenue une norme quotidienne.

D’un côté, nous avons les gens qui remettent en question le système, la nature de la pandémie et qu’on qualifie quasiment automatiquement de « covidiots », et de l’autre, ces gens qu’on qualifie de « moutons », suivant religieusement les directives et voyant en ce virus un danger mortel.

Le tout laisse place à une lutte sans merci sur les réseaux sociaux à propos de qui a raison ou tort, de guerre de mots, de propagande véhiculée à coups de publications assassines pour amener la masse de son côté du terrain. C’est comme si nous n’étions pas seulement en guerre contre un virus, mais aussi les uns contre les autres, divisés, marqués au fer rouge, mis dans la boîte « bon » ou « mauvais » selon la définition que chaque individu veut bien lui donner.

Nos choix ou nos croyances ne sont pourtant qu’une parcelle de nous, ils ne définissent pas l’individu que nous sommes.

Nous côtoyions déjà avant la pandémie des gens différents de nous et nous arrivions à les apprécier malgré leurs valeurs divergentes.

Des végétariens militant pour les animaux, des chasseurs qui ont pour passion de les abattre, des proenvironnement et d’autres se promenant en Hummer, des gens croyant en Dieu, d’autres ne croyant qu’en la science, des gens croyant aux extra-terrestres et ceux trouvant ça loufoque, des gens de gauche, des gens de droite… nous sommes entourés chaque jour de gens ayant des points de vue différents des nôtres. Une réplique de nous-mêmes est impossible à concevoir, mais n’est-ce pas ça la beauté de la vie ?

L’uniformité des individus serait d’une banalité sans nom. Comment apprendre, comment évoluer en tant que société si nous nous parlions à nous-mêmes chaque jour de notre vie ?

J’appréhende cette campagne de vaccination. Les « antimasques » laisseront tranquillement place aux « antivaccins » qui seront mis sur le bûcher à leur tour. Ceux qui se feront injecter ce qu’ils croient être leur sérum de vie jugeront ceux qui le refusent. Ceux qui ont peur de ce vaccin au point de le qualifier de poison traiteront de « naïfs » ceux qui le prendront hâtivement sans en connaître les effets à long terme.

La spirale de haine recommencera à tourner et à briser des liens sur son passage. Comme si la tourmente n’était pas déjà assez présente sur tous les fronts et n’avait pas fait assez de victimes collatérales.

Le fait est que nous ne sommes pas des ordinateurs programmés d’une même et unique façon. La carte mémoire de l’un est parsemée de vécu et de souvenirs étrangers à l’autre.

On ne peut formater les croyances des autres ni leur système de valeurs.

Le seul contrôle que nous ayons est sur nos propres choix de vie, aussi injuste que cela puisse nous paraître parfois.

Se faire la guerre pour convaincre nos proches de penser comme nous ou culpabiliser ceux qui ont failli n’amènera rien de plus que la haine et la division. Que celui qui n’a jamais triché à ne serait-ce qu’une microdirective cette année jette la première pierre. Chacun a ses propres limites, ses faiblesses et son seuil de tolérance par rapport à l’inconnu.

Au bout du compte, les deux clans, de chaque côté du terrain, partagent le même point central : la peur.

D’un côté, il y a ceux qui ont peur de tomber malades, de contaminer un proche ou même de mourir ; de l’autre, il y a ceux qui ont peur d’être brimés dans leur liberté ou manipulés par les gens au pouvoir.

Pourquoi ne pas mutuellement nous rassurer dans nos craintes plutôt que de nous diviser ?

Et si, pour 2021, en tant que société, nous prenions une résolution ? Celle d’apprendre à vivre ensemble malgré nos différences, puis d’utiliser l’énergie qu’on prendrait pour déverser notre haine à plutôt contacter un proche souffrant de solitude et lui demander comment il va.

Parce que s’il y a bien un endroit au monde en ces temps incertains où il ne devrait pas y avoir de distanciation, c’est bien dans le cœur de ceux qu’on aime.

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