La santé, c’est le plus grand défi de gestion de l’État

«Si l’on pouvait mettre sur une balance la charge mentale d’un ministre de la Santé, en particulier en temps de pandémie, l’aiguille toucherait rapidement le maximum chiffré», souligne l'auteur.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Si l’on pouvait mettre sur une balance la charge mentale d’un ministre de la Santé, en particulier en temps de pandémie, l’aiguille toucherait rapidement le maximum chiffré», souligne l'auteur.

Mise en contexte : mes propos ne se veulent pas partisans, mais simplement reconnaissants. On parle souvent de la charge mentale que portent certaines femmes qui doivent performer au travail, s’occuper des enfants, gérer le foyer, etc. La charge est réelle et lourde.

Si l’on pouvait mettre sur une balance la charge mentale d’un ministre de la Santé, en particulier en temps de pandémie, l’aiguille toucherait rapidement le maximum chiffré. La santé, c’est le plus grand défi de
gestion de l’État.

Dans la guerre à la pandémie, pas facile pour MM. Christian Dubé et François Legault de trouver le point d’équilibre pour minimiser les effets négatifs, voire cruels de leurs décisions sur la santé physique, la santé mentale, les services éducatifs, l’économie, etc. Leurs décisions impliquent forcément des compromis et sont par le fait même sujettes à des critiques.

M. Dubé a pris le gouvernail de cet immense bateau qu’est le ministère de la Santé et des Services sociaux le 22 juin dernier. Depuis ce temps, nous sommes entrés dans la deuxième vague. Coïncidence ou non, force est de constater que le Québec s’en tire relativement mieux maintenant que pendant la première vague. Nous ne sommes plus la tragique exception au Canada.

Avant d’entrer en politique, M. Dubé a occupé des postes importants, notamment chez Cascades et à la Caisse de dépôt et placement du Québec. C’est un gestionnaire de haut niveau. Même s’il n’est pas issu du domaine de la santé, contrairement à ses prédécesseurs, son regard extérieur constitue une force : il est sûrement en mesure de poser les bonnes questions à ses équipes. Son expérience antérieure fait qu’il est axé sur les résultats basés sur des chiffres comme son patron.

Mais au-delà de son expérience professionnelle, M. Dubé brille par son attitude : son ton est empathique, respectueux, posé, rassembleur, il ne cherche pas de coupables. C’est un bon communicateur : il est crédible, rassurant. Son ton est doux même quand les mots sont durs. Il ne donne pas dans la partisanerie et il sait s’excuser au besoin. M. Dubé réussit à naviguer dans la tempête actuelle. Il inspire la confiance.

Comme ministre, M. Dubé touche 167 500 $, bien moins que le 1,3 million qu’il recevait à la Caisse de dépôt et placement. Beaucoup moins aussi que ce que lui offrirait aujourd’hui le secteur privé s’il y retournait. Il faut admirer les personnes comme M. Dubé qui mettent au service de leurs concitoyens leur vaste expérience et leur immense talent. Le Québec a besoin de telles personnes pour se démarquer.

D’ici quelques mois, la pandémie deviendra graduellement un mauvais souvenir. Le travail de M. Dubé ne sera pas pour autant terminé. Entre autres, celui-ci devrait se pencher sur l’inqualifiable organigramme du ministère qu’il dirige.

Petite anecdote : récemment, à la suite d’une mauvaise expérience dans un CLSC, j’ai souhaité en faire part au responsable des
17 CLSC de mon CISSS. Pour ce, j’ai d’abord consulté l’organigramme pour identifier le gestionnaire concerné. Peine perdue
malgré mon diplôme de deuxième cycle en administration…

Passez de belles Fêtes M. Dubé ! Même souhait à tous les politiciens, tous partis confondus, qui se dévouent pour la chose publique ! Vous avez droit à notre reconnaissance.

4 commentaires
  • Simon Grenier - Abonné 28 décembre 2020 06 h 33

    Ha! Il est justement là, le problème: dans le réseau de la Santé, des "coupables", il y en a. À la pelle et à la tonne. Des gens qui dégradent volontairement la prestation des services publics pour faire avancer leur carrière personnelle. Oui, aussi dégueulasse que ça et sans même se cacher. Des décideurs, des gestionnaires, des administrateurs.

    C'est justement parce qu'on ne cherche jamais les coupables - et surtout, qu'on ne sévit jamais - que les erreurs se suivent et se ressemblent, depuis toujours. Le présent ministre de la Santé fait comme tous les autres: il apporte des changements structurels et hiérarchiques mais ne s'assure pas qu'ils sont appliqués. Il a nommé des gens "imputables" (sic) dans tous les établissements de santé mais à ce jour, aucun n'a été sanctionné ou congédié - bien que nous n'en soyons plus à un désastre près. Ça ne se passait évidemment pas comme ça chez Cascades...

    Je ne vois aucunement en quoi "les chiffres" témoignent de ses "résultats" (lesquels?) - indicateur qui ne peut s'appliquer tel quel à "la Santé", soit dit en passant - depuis septembre, bien au contraire. (Par ailleurs, "le patron" de M. Dubé a fait fortune en exportant la pauvreté québécoise dans divers lieux du Tiers-Monde, tout en dupant ses clients quant à la qualité de ses hôtels... Pas la caution la plus crédible.)

    Et TIENS DONC, c'est un administrateur d'hôpital qui lance des fleurs au ministre de la santé. Comme c'est inédit. Quel diplôme ploguez-vous ici, M. Gagné, une chochonnerie de l'ÉNAP ou un tout aussi ridicule MBA? "Le réseau" en est PLEIN de ça, avec le résultat - et l'organigramme - que l'on connaît.

    Fort de MA propre expérience dans le réseau de la Santé, je rejette en bloc tout ce qui est affirmé ici. TOUT.

    Au demeurant et pour l'anecdote: on s'en sacre bien de combien les politiciens gagneraient au privé. Il vient un certain nombre de millions au-delà duquel on n'a plus vraiment besoin de revenus - qui reviendront dès qu'on quittera le Parlement.

    • Jean-François Trottier - Abonné 28 décembre 2020 10 h 06

      M. Grenier,

      Votre hargne est tellement dans le champ que je ne réponds pas. Je réplique, et même pas à vous. Votre cas est une cause perdue.

      Chercher des coupables est stupide pour au moins deux raisons.

      1- Les quelques carriéristes (oui, quelques!!) s'en protégeront en un tournemain. Facile!
      2- On s'attaque à la "culture d'entreprise". En lui pitchant des roches? Belle niaiserie!
      Les chicanes de carré de sable, ça règle tellement de problêêmes, hein!
      C'est le meilleur moyen pour foutre la corruption partout. C'est l'un des raisons de l'échec monstrueux de tous les pays marxistes et tous les pays d'extrême-droite religieuse. La grosse morale, ça ne donne que des grosses conneries.

      Le vrai problème de toute façon ne vient pas de ceux qui se pistonnent. C'est la structure de promotion qui se goure en privilégiant ceux qui viennent du milieu hospitalier plutôt qu'ailleurs, privé ou public.
      Il faut au contraire chercher du sang neuf, des gens qui apporteront des idées différentes sur l'administration et qui savent vraiment gérer le personnel, ce qui ne s'apprend vraiment que sur le tas par l'écoute et le dialogue.

      Par exemple, l'infirmière d'hôpital qui étudie pour devenir administratrice, y parviendra avec force travail et exactement les mêmes qualités demandées à son poste d'origine : suivre les ordres. Dire oui. Faire ce qui est demandé, dans le détail.
      Ce faisant elle ne fait que transférer la pression un étage plus bas, sans la moindre question.
      Elle n'est ni imputable, ni coupable, ni responsable. Un simple rouage.

      Aucun système au monde ne peut supporter une telle pression!

      L'administrateur doit savoir dire non et surtout "oui, mais...".
      Il doit défendre son personnel, et lui demander de le défendre en retour.
      Pareil pour son patron.
      Pour toucher le sommet il faut agir sur les cadres moyens, avec délicatesse.

      C'est comme ça qu'on force la direction à changer.

      (Excusez les genres de simplification)

    • Jean-François Trottier - Abonné 28 décembre 2020 11 h 03

      Je relis parfois....
      Faut vraiment rien comprendre à rien pour avoir le front d'écrire "Il vient un certain nombre de millions au-delà duquel on n'a plus vraiment besoin de revenus".
      Personne au monde ne se met soudain à dédaigner les millions. Personne personne.

      Et ça fait vraiment "bien" de parler de millions comme ça. Ça flashe au milieu du discours, hein?
      Votre façon de ploguer le non-savoir est assez débile merci.
      Il est clair que VOTRE expérience n'a rien de propre, et votre pensée est sale rare, étalée en paquat. TOUTE.

      N'importe quoi pour justifier la haine et le mépris. Quelle boulechite!

  • Marc Pelletier - Abonné 28 décembre 2020 12 h 58

    De gestionnaire à gestionnaire

    @ M. Guy Gagné, votre opinion, en tant que ex-gestionnaire, souligne des faits que je partage en partie.

    - La " charge mentale " que porte notre ministre de la santé est aussi portée d'une façon tout aussi lourde, sinon plus, par tout le personnel qui, à bout de souffle, opère auprès des malades.

    - Vous dites que " ... le Québec s'en tire relativement mieux... " : tenez-vous compte du personnel qui a du quitter, soit à cause de l'infection du virus, des séquelles, où pour toute autre cause justifiée et justifiable. À ce moment-ci de la seconde vague, ce bouclier de protection est fragilisé et pourtant le nombre d'hospitalisation n'a rien de réjouissant et ne risque pas de s'améliorer après la période de fêtes.

    - Les " qualités du ministre " : j'en conviens et je partage le fait que nous sommes entre bonnes mains. Toutefois, il ne faut pas oublier que le premier ministre tout comme son ministre de la santé sont avant tout des hommes dédiés à la politique et....... , à cet égard, je crois que la transparence, maintes fois soulignée par tous les partis dans l'opposition, n'est pas toujours au rendez-vous. Heureusement, après une période d'un silence étourdissant, certains médias nous informent un peu plus sur la réalité dans les " institutions dédiées à la santé ".

    - Le " salaire " du ministre, c'est un fait qui mérite d'être souligné, mais c'était aussi son choix. Il faudrait manifester une vraie sensibilité pour le salaire des employés qui travaillent acharnément dans le milieu de la santé, alors leurs dossiers font du statu quo entre les mains des négociateurs tant syndicaux que gouvernementaux, pendant que les travailleurs de la santé ne peuvent même pas prendre de congés pendant la période des Fêtes : c'en est honteux !

    - " D'ici quelques mois, la pandémie deviendra graduellement un mauvais souvenir ". Qu'en savez-vous ? Les spécialistes ne semblent pas avoir votre boule de cristal ! De plus, les vaccins arrivent en petites quantités, alors que les mesures sa