Le milieu du théâtre demande un peu de prévisibilité

Ce qui ronge une partie de la communauté théâtrale présentement, c’est le manque de prévisibilité, démontre l'autrice.
Photo: iStock Ce qui ronge une partie de la communauté théâtrale présentement, c’est le manque de prévisibilité, démontre l'autrice.

Le Québec est à nouveau sur pause. Un arrêt collectif nécessaire qu’il ne s’agit pas de remettre en cause. Le premier ministre nous l’assure, il n’est pas censé s’étendre au-delà du 11 janvier, juste le temps de donner un coup de frein à cette deuxième vague qui s’éternise. Vraiment ? Difficile d’imaginer que les salles de spectacles rouvriront au début de l’année, même si la date prévue est le 11 janvier.

En dépit des protocoles sanitaires mis sur pied en un temps record et appliqués avec la plus grande rigueur et des saisons alternatives imaginées et construites en quelques semaines, nos salles ont dû à nouveau fermer le 1er octobre. Bien que nous ayons difficilement compris cette mesure à l’époque — les théâtres n’ont connu aucune éclosion ! —, nous constatons que la situation sanitaire ne cesse de s’aggraver.

Qui peut bien prévoir à quoi ressemblera la situation après la période des Fêtes ? Ce qui ronge une partie de la communauté théâtrale présentement, c’est le manque de prévisibilité. Des spectacles sont prévus dès le 12 janvier. Les équipes techniques sont à pied d’œuvre pour monter les décors et les éclairages, des artistes répètent en ce moment même en se doutant bien qu’ils ne retrouveront pas le public en janvier.

Alors, pourquoi continuer à nous préparer ? Parce que la mesure d’aide à la diffusion de spectacles mise en place par le gouvernement du Québec — une mesure utile et appréciée, mais qui a encore besoin de certains ajustements pour remplir parfaitement son rôle — prévoit que les représentations doivent être annulées à la suite d’une décision gouvernementale pour que la diffusion soit financièrement soutenue.

Pour le dire autrement : cette mesure permet de réduire le risque financier en épongeant une partie des pertes si un spectacle doit être annulé ou joué devant une plus petite salle en raison des mesures gouvernementales. Mais il est impossible de prendre une décision autonome, au risque de placer l’équipe dans une situation de précarité encore plus grande.

Conséquences

Cette situation a des conséquences concrètes. Que dit-on à notre public ? De continuer d’acheter des billets de spectacles qui seront finalement annulés ? On ne demanderait pas à une usine de transformation d’ouvrir du jour au lendemain si pendant des mois la livraison des matières premières a été compromise. Les théâtres ont besoin d’un délai avant une réouverture : pour entre autres rapatrier le personnel d’accueil, faire du marketing et intéresser le public à leur proposition.

Personne ne sait quand les salles vont rouvrir au Québec, mais il tombe sous le sens qu’elles ne rouvriront pas le 11 janvier. À ce moment-ci, nous ne demandons pas une nouvelle date précise, simplement qu’on nous confirme que le 11 janvier n’est pas une date réaliste.

Pour l’avenir, nous pensons que la mesure de soutien à la diffusion doit tenir compte du fait qu’une salle de spectacle ne peut pas être prête à présenter en quelques heures après l’annonce d’une réouverture. Le gouvernement du Québec doit permettre que les programmes d’aide couvrent une période de transition entre la levée des restrictions et la reprise des activités. Nous avons très hâte de remettre la main à la pâte pour accueillir le public, mais il faudrait le faire dans un contexte réaliste.

Entre-temps, nous pourrions investir notre énergie dans des activités de recherche, de création et de préproduction. Cette période nous rappelle l’importance de mieux financer ce pan important de notre pratique grâce aux programmes du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ).

En investissant dans ce travail de fond, en donnant les moyens à la communauté théâtrale de s’engager dans des travaux d’exploration, nos artisans seront plus prêts que jamais lorsque le moment sera venu d’ouvrir à nouveau les salles.

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