L’assourdissant silence des fédéralistes québécois

«Les belles promesses faites lors des référendums de 1980 et de 1995 n’ont jamais été tenues», estime l'auteur.
Photo: Andre Pichette Agence France-Presse «Les belles promesses faites lors des référendums de 1980 et de 1995 n’ont jamais été tenues», estime l'auteur.

La principale différence entre les gouvernements de Trudeau père et de Trudeau fils est sans doute l’absence de « French Power » dans le gouvernement de ce dernier. Les francophones brillent par leur quasi-absence dans la liste des proches conseillers du premier ministre actuel.

Le français est en voie de disparition, s’il n’est pas déjà disparu, dans les hautes sphères de presque tous les ministères fédéraux. La représentation du Canada à l’étranger est de moins en moins celle d’un pays bilingue. Le Canada s’est pratiquement retiré de l’Afrique francophone.

Les belles promesses faites lors des référendums de 1980 et de 1995 n’ont jamais été tenues. On nous a promis la richesse et le Québec demeure aussi pauvre par rapport au reste du Canada qu’il l’était alors. On nous a dit que l’indépendance appauvrirait le Québec et que le dollar québécois vaudrait 80 cents américains. Or, nous avons voté Non et le dollar canadien vaut, bon an mal an, 75 cents américains…

On nous a dit qu’entre le Québec et le reste du Canada, ce serait le grand amour et le « Quebec bashing » ne s’est jamais aussi bien porté hors Québec. On nous a dit que l’avenir du français et du Québec serait assuré à l’intérieur du Canada, alors que, suivant les propres projections de Statistiques Canada, la population ayant le français comme première langue officielle parlée ne représentera plus que 20 % de la population canadienne en 2036, soit dans 15 ans. Or cette proportion était de plus de 30 % en 1960 et elle passera à 10 % avant la fin de ce siècle.

Pendant ce temps-là, nos fédéralistes se taisent. Même nos universitaires ayant jadis voté Oui le font, soucieux qu’ils sont de préserver leurs fonds de recherche fédéraux. Ceux qui dénoncent la situation passent de plus en plus pour des marginaux passéistes.

Loin de porter un regard objectif sur l’évolution des choses, Radio-Canada décide de présenter une série intitulée La maison bleue, proposant une vision loufoque et rigolote d’un Québec indépendant depuis 25 ans, un Québec « république de banane ».

Pour nos fédéralistes, le fait qu’un Québec indépendant ait pu devenir une Norvège, une Islande, une Irlande ou une Finlande (tous pays occidentaux ayant accédé à l’indépendance au XXe siècle et s’étant grandement enrichis grâce à leur indépendance) est impensable. À leurs yeux, libre, le Québec ne pourrait être qu’une république bananière.

Pour eux, un Québec « indépendant » ne saurait être plus ouvert sur le monde, plus riche et plus sûr de son avenir qu’un Québec « dépendant ».

Certains d’entre eux cherchent même à rendre les indépendantistes coupables du déclin du français, alors qu’eux ont combattu par tous les moyens la loi 101 et qu’ils se sont rendus complices de l’imposition au Québec d’une Constitution « multiculturelle » qu’aucun gouvernement québécois, fût-il fédéraliste, n’a jamais accepté de signer.

Nous assistons en direct à la mort de plus en plus désolante et désespérante d’un des trois grands groupes linguistiques qui ont fait l’histoire de l’Amérique du Nord. En 1867, Wilfrid Laurier combattait le projet de Confédération canadienne en clamant : « La confédération serait la tombe de la race française et la ruine du Bas-Canada. » On ne dira jamais assez à quel point il avait raison.

77 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 22 décembre 2020 04 h 16

    Ouf!

    Un texte percutant qui nous rentre dedans.

    À lire et à relire puis à transmettre à d'autres. Beaucoup d'autres. À nos enfants, tout particulièrement.

    Quand je vois sur la photo de monsieur Pichette qui l'accompagne "Mon Canada comprend le Québec", je ne puis qu'espérer que le Québec finisse par enfin comprendre ce que monsieur Tellier nous énonce aussi clairement.

    • Louis Huot - Abonné 22 décembre 2020 13 h 13

      Il faut quand même se souvenir qu'actuellement la chef de l'état est une francophone québécoise, le chef du gouvernement est un francophone québécois (même s'il ne parle pas notre langue de façon très châtiée), le juge-en-chef de la Cour suprême est un francophone québécois, trois juges de cette cour sur neuf sont des francophones québécois, le ministre des Affaires étrangères (mondiales, quelle dénomination ridicule) est un francophone québécois, la ministre des Finances parle bien le français, et au surplus que plusieurs autres ministres importants comme celui des Transports sont des francophones québécois. Il faut aussi se rappeler qu’il appartient aux Québécois de franciser les raisons sociales des magasins et de restreindre l’accès aux Cégeps anglophones, dernière mesure sur laquelle même Madame Marois ne voulut pas légiférer, probablement par peur de ne pas être réélue, cette dernière préférant perdre une année sur une Charte des valeurs dont la constitutionnalité était supposément assise sur des opinions d’avocats du Ministère de la Justice du Québec, qui se sont révélées inexistantes. A nous de nous mettre à l’œuvre, et de défendre notre si belle langue.

    • Gilles Gagné - Abonné 22 décembre 2020 14 h 42

      Ceux et celles que vous nommez m. Huot sont tous des fédéralistes dévoués à la cause 'canadian', rien pour être fier. Mme Marois dans le décor que vous présentez a été plus qu'éphémère avec un pouvoir minoritaire.

      À nous de défendre notre belle langue vous écrivez et bien force est de reconnaitre que la chose ne sera pas possible à l'intérieur du canada et de son cadre rigidement anglophone.

    • Yvon Pesant - Abonné 22 décembre 2020 23 h 03

      Monsieur Huot, je vous invite à vous procurer et lire l'autobiographie "Pauline Marois, Au delà du pouvoir".

      C'est très instructif, profondément humain et fort bien écrit. Ça nous connecte un peu mieux ou ça nous réconcilie, c'est selon, avec l'important personnage de notre récente histoire politique nationale qu'est cette femme résolue.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 23 décembre 2020 08 h 02

      Nous fabriquons, nous-mêmes, nos propres bourreaux. A relire la chronique de samedi dernier de Michel David:"Le dindon de la farce".

      Les Legault, Inglade et cie sont incapables de proposer UNE solution pour dénouer l'impasse constitutionnelle.

      Alors, ça donne une loi sur la laïcité, non appliquée aux écoles privées, et pouvant être envoyée aux poubelles dans 5 ans. Ça donne une charte des valeurs québécoises, pour futurs immigrants, pouvant être passée à distance. Ça donne les subventions aux institutions d'enseignement supérieur anglophones déjà comblées....

      "Quand on a défendu ses droits de façon purement verbale, et que survient l'échec, on se félicite de s'être battus; mais, c'est pour mieux plier l'échine et chanter tous en choeur le O Canada"-Marc Labelle à propos de l'autovalorisation compensatrice de l'impuissance du dominé"

  • Léonce Naud - Abonné 22 décembre 2020 04 h 39

    Radio-Canada, la Maison Bleue et les bananes

    La série télévisée de Radio-Canada la Maison bleue est un bel exemple de la Guerre de l'information (Information Warfare) que mène le gouvernement Fédéral contre le Québec, dont le nom même est pratiquement interdit de prononciation à Radio-Canada depuis 1996, remplacé par celui de Province.

    Pour Ottawa, il est essentiel que les Québécois en viennent à se mépriser eux-mêmes et c'est précisément ce à quoi vise une série télévisée comme la Maison Bleue. Radio-Canada n'est depuis longtemps rien d'autre qu'un outil de propagande identitaire Canadian. L'estime de tout ce qui est Canadian s'accompagne de dérision envers tout ce qui est Québécois. Et toujours on vise la tête: l'Assemblée nationale, pour Ottawa un gros Conseil de bande. Quant aux milieux universitaires, le Canada a appliqué avec succès le mot de Lord Durham: «Achetez les chefs et le troupeau suivra».

    Enfin, on rachève les chefs héréditaires soupçonneux en leur décernant une belle médaille du gouverneur-général. L'Empire britannique a toujours procédé ainsi depuis des siècles avec les chefs indigènes. Ça réussit la plupart du temps et ça coûte moins cher qu’une guerre.

    • Luc Bertrand - Abonné 22 décembre 2020 14 h 41

      Comme je l'ai toujours répété aux sceptiques, lorsque je travaillais pour la Défense nationale: "Rien n'est trop beau ou trop cher, pour la Reine, pour récompenser ceux qui lui torchent le cul.". N'en déplaise aux bien-pensants, c'est toujours elle qui demeure, constitutionnellement, le chef d'État du Canada.

      Les francophones qui percent, dans le gouvernement fédéral ou sa fonction publique, sont des "French Canadians" de service, des Bob Gratton qu'on n'a plus le droit d'appeler "rois n..... " de leur groupe ethnique d'origine. Ils voient leur langue maternelle davantage comme une tare à se faire pardonner dans leurs ambitions de pouvoir et l'anglais comme celle de la vraie réussite.

      Luc Bertrand

  • Brigitte Garneau - Abonnée 22 décembre 2020 06 h 41

    Fatalité?

    Comment attirer le respect si nous nous confortons dans l'ignorance de notre existence? Finalement, celui qui dit vouloir se "souvenir " est peut-être, comme disait "l'autre" issu d'un "peuple sans histoire ". Ou encore, comme le dit si bien cette citation: "le bilinguisme: c'est parler en anglais et se taire en français.".

  • Raymond Labelle - Abonné 22 décembre 2020 07 h 58

    Joke: une fois c'tun oxymoron qui rentre dans un bar:

    silence assourdissant.

    • Bernard Dupuis - Abonné 22 décembre 2020 11 h 09

      Il est très peu probable que l’expression « silence assourdissant » fasse rire qui que ce soit dans un bar. Pas plus qu’ici dans ce forum. Vous avez raison de laisser entendre que l’expression « un silence assourdissant » est oxymoron ou oxymore. Toutefois, on sait que le mot « oxymoron » est plutôt la traduction anglaise du mot « oxymore ».

      Il s’agit d’une figure de style consistant à rapprocher deux mots dont le sens semble contradictoire. Nous avons « silence assourdissant », mais aussi « silence éloquent ». Le but est le même que dans plusieurs figures de style en français : frapper l’imagination. C’est un peu comme l’expression« Je meurs de faim » voulant dire « j’ai une grande faim ». Dans ce cas, nous avons affaire à une hyperbole ou exagération. Le but demeure toujours de frapper l’imagination.

      Cependant, je soupçonne que vous voulez faire perdre la crédibilité de l’auteur en le qualifiant indirectement de « moron ». J’ai bien peur que cette pseudoblague se retourne contre vous.

    • Raymond Labelle - Abonné 22 décembre 2020 11 h 48

      J'ai utilisé le mot anglais, l'ayant appris dans cette langue et ne le croyant pas différent en français, simple erreur, sans intention malveillante. N'ai pas pu résister à la blague.

    • Raymond Labelle - Abonné 22 décembre 2020 11 h 50

      Et c'est un peu plus drôle avec oxymoron - sans viser l'auteur de quelque façon.

    • Raymond Labelle - Abonné 23 décembre 2020 05 h 16

      J'ai vérifié à plusieurs sources (dictionnaires divers), oxymoron est tout autant accepté qu'oxymore en français. J'aurais dû le faire avant.

      Prudence quand on fait son schtroumpf à lunettes.

    • Christian Roy - Abonné 23 décembre 2020 13 h 02

      Le terme oxymort est plus toxique. Je suggère de ne pas l'employer !

      Frapper l'imagination... vous disiez, M. Dupuis !

  • Michel Lebel - Abonné 22 décembre 2020 08 h 09

    Le fédéralisme, ce n'est pas l'enfer!

    Je crois que c'est René Lévesque qui a dit que ''le fédéralisme, ce n'est pas le goulag''. Passons donc sur cette diatribe antifédéraliste. Au plan historique, tout fédéralisme se vit avec des hauts et des bas. Celui-ci ne se vit pas dans la perfection ou la béatitude, contrairement à ce que prétend être le souverainisme.

    M.L.

    • Gilles Théberge - Abonné 22 décembre 2020 10 h 32

      « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ».

      Cette citation, fausement attribuée à Voltaire, mais qui en réalité et en toute vérité est de madame Evelyn Beatrice Hall, résume bien ma pensée au sujet de votre commentaire monsieur Lebel...

    • Dominique Boucher - Abonné 22 décembre 2020 10 h 56

      Si votre critère, cʼest lʼenfer... La vérité est que les fédéralistes pratiquent lʼaveuglement volontaire pour ne pas admettre leur complicité objective avec les forces qui visent la minorisation du français comme langue commune dans tous les domaines au Québec (cʼest déjà terminé dans le ROC, même en Acadie — je parle bien de vivre en français dans TOUS les domaines). Soutenir quʼil est possible sur le long terme dʼassurer la survie et lʼaccroissement du français langue commune— dʼune vie RICHE en français — à lʼintérieur de la «fédération» canadienne (pas besoin dʼénumérer ici tous les mécanismes de nuisance mis en place par le gouvernement fédéral), cʼest se mentir à soi-même. Évidemment, si votre critère de comparaison, cʼest le goulag... (René Lévesque ne faisait quʼaffirmer une évidence, il ne lʼutilisait pas pour nier la nécessité de faire accéder le Québec à son indépendance.)

      Quant à votre affirmation que le souverainisme prétend être «la perfection ou la béatitude», jʼaimerais bien connaître les indépendantistes avec qui vous dialoguez... La souveraineté eat une condition nécessaire à la survie du Québec français, avec ses bénéfices et ses coûts, ses risques et ses avantages; certainement pas une condition suffisante. Rien ne sera jamais est assuré pour nous...

      Quand je parle dʼaveuglement volontaire : je note que vous ne faites jamais mention de la question linguistique — pourtant sujet de cette libre opinion — dans votre commentaire, qui parle plutôt de «tout fédéralisme» de manière générale...

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

    • Léonce Naud - Abonné 22 décembre 2020 11 h 01

      Cher M. Lebel: Seriez-vous un tantinet comme ce brave Gérard Deltell? Réf.: https://www.youtube.com/watch?v=wXyUZ_dvcgQ

    • Claude Bariteau - Abonné 22 décembre 2020 11 h 11

      M. Lebel, la perfecton et la béatitude n'existe que dans les dogmes religieux. Ça n'a rien à voir avec le politique qui est affaire des hommes.

    • Jean-François Trottier - Abonné 22 décembre 2020 11 h 18

      Le souverainisme ne prétend que de permettre à un peuple de s'assumer, en bien comme en mal.

      Ceci signifie arrêter de devoir supporter des décisions très souvent prises par préjugés, parce que quoi qu'on dise le ROC connaît très mal le Québec, au point d'assimiler ses habitants à des sauvages mal dégrossis. Pour ma part je parle de racisme, parce que j'appelle les choses par leur nom.

      On peut parler du passé si vous voulez...
      Je parle de la réalité présente :

      En 1980 Trudeau a promis aux Québécois, pas aux Canadians, un renouvellement de la coinstitution. Qui l'a signé? À qui on l'impose-t-on malgré la non-signature?
      Je ne vois pas comment vous pouvez qualifier un tel geste d'acceptable. Juste ça suffit à démontrer le colonialisme, lié à du racisme comme tout colonialismne, du ROC.

      Quand je lis The Gazette, et que j'y lis que les Québécois sont "frileux" sinon racistes, ont peur des musulmans, je sais de quoi il retourne : ce journal développe des propos racistes, et les gens qui le lisent doivent être trè frileux eux-mêmes pour se conforter avec de telles lectures, Ce ton paternaliste, il vous amuse?

      Quand je regarde les résultats des élections depuis 150 ans(!!!!), je ne puis que constater la justesse de ma vision. Ces gens agissent comme les blancs en Afrique du Sud, votent comme eux, considèrent les autres comme eux.

      Mais bon, si vous préférez leur colonialisme, libre à vous.

    • Bernard Plante - Abonné 22 décembre 2020 11 h 32

      Tant qu'à citer René Levesque il faudrait citer au complet M. Lebel.

      Voici la suite de la citation de René Levesque que vous mentionnez: "Dieu sait si, quant à moi du moins, le fédéralisme canadien est un système de broche à foin qui trop souvent gêne notre développement."

      Le fédéralisme n'est pas l'enfer, mais il mine systématiquement, et surtout volontairement notre essor.

    • Bernard Dupuis - Abonné 22 décembre 2020 11 h 45

      Lorsque Lévesque disait cela, c’était il y a trente ans. Cette phrase n’était certainement pas un plaidoyer pour le fédéralisme. Ce que celui-ci a toujours prétendu c’est que le souverainisme n’était pas pire que le fédéralisme. En réalité, vous faites un contresens.

      Au lieu de banaliser les injustices du fédéralisme canadien, il vaudrait mieux essayer de contredire cette pseudodiatribe en montrant ce qui est faux et incohérent dans ce qu’elle affirme éloquemment. Pourtant, vous semblez incapable de le faire. Alors, vous vous contentez d’affirmer des banalités.

      Platon répondait aux cyniques en disant que : « La vérité et la justice sont transitoires, mais le faux et l'injustice ne sont pas éternels ». N’est-ce pas là l’affirmation des affirmations?

    • Pierre Fortin - Abonné 22 décembre 2020 12 h 46

      Monsieur Lebel,

      Selon vous, « Celui-ci [le fédéralisme] ne se vit pas dans la perfection ou la béatitude, contrairement à ce que prétend être le souverainisme. »

      En oubliant ce que n'est pas le fédéralisme, i.e. le goulag, la perfection ou la béatitude, iriez-vous jusqu'à dire que le Canada est à la hauteur de ses propres prétentions en matière de fédéralisme, comme le déclare Affaires intergouvernementales Canada sur son site* : « Parmi les raisons qui amènent un État à se doter d'un système fédéral, notons la nécessité de tenir compte des différences linguistiques, économiques et culturelles d'une population, en particulier lorsque celle-ci se trouve concentrée géographiquement. » ?

      Ou encore cette autre caractéristique tout aussi formelle du fédéralisme, « une Constitution écrite ne pouvant être modifiée unilatéralement par un des ordres de gouvernement. », même après 37 ans d'une constitution que le Québec n'a jamais reconnue ?

      * https://www.canada.ca/fr/affaires-intergouvernementales/services/federation/federalisme-canada.html

    • Sylvie Demers - Abonnée 22 décembre 2020 14 h 36

      M.Lebel..."Le fédéralisme,ce n'est pas l'enfer!"...pas encore en effet...actuellement,ce n'en est que le purgatoire...pour combien de temps encore...?!?

    • Luc Bertrand - Abonné 22 décembre 2020 15 h 43

      Justement, monsieur Lebel, René Lévesque n'était pas vraiment un indépendantiste, mais un confédéraliste. Pierre Bourgault était un véritable indépendantiste, tout comme ses prédécesseurs André D'Allemagne et Marcel Chaput. Jacques Parizeau aura été le plus grand d'entre eux. La seule ex-cheffe de parti digne de leur héritage est Martine Ouellet. Tous les autres ont cédé à la tentation du pouvoir provincial, même si l'accepter sans contester son cadre constituait une incohérence et un reni de leurs convictions.

      L'auteur rappelle la mémoire de Wilfrid Laurier, qui aura été le dernier chef du Parti libéral du Canada à défendre la nation canadienne-française avant les intérêts supérieurs de l'ensemble du Canada. Effectivement, Laurier aura payé très cher, politiquement, sa vision du Québec dans le Canada, particulièrement lors de l'élection fédérale de 1917, qui a profondément divisé le Canada selon les "deux races" sur la question de la conscription. Le seul autre chef de parti fédéral - et le dernier - qui aura tenté de faire reconnaître la nation québécoise dans le Canada aura été Brian Mulroney, avec les résultats que l'on sait.

      Lévesque a toujours été très naïf et ignorant de la realpolitik face à Ottawa et dans sa vision du Canada, car, croyez-moi, la seule différence entre l'occupation allemande en France, entre 1940 et 1944, et le Canada c'est que le peuple québécois a toujours été désarmé, depuis la conquête de 1760. Nul besoin d'employer la force quand le peuple conquis ne contrôle pas son armée. C'est encore mieux quand on peut compter sur des collabos locaux au régime en place pour le gouverner. La plus belle preuve de ce que j'avance, c'est qu'il n'a suffi que de l'enlèvement d'un diplomate et d'un ministre par une poignée d'hommes décidés pour que l'État colonial canadian nous envoie l'armée, en octobre 1970. Comme on l'a fait à Québec en 1918 et dans le Bas-Canada en 1837 et 1838.

      Luc Bertrand

    • Léonce Naud - Abonné 22 décembre 2020 16 h 57

      M.Bertrand : juste un mot sur la question de l'armée. Il faudrait se rappeler ce qu'était le Canada-français de naguère. Ce n'est pas sans raison qu'il n'existait en pratique aucun agent de police dans les campagnes. Dans bon nombre de foyers on trouvait des carabines ou des fusils en nombre égal à celui des adultes, et ces armes étaient souvent tenues chargées. Pas étonnant que le Canada-français ait longtemps été un des endroits les plus tranquilles de la planète. Cette tradition ancestrale était bien connue de nos concitoyens anglophones, d'où une prudente circonspection de leur part. Avec de telles gens, on n'a pas d'autre choix que de s'en faire des amis. Le fusil faisait naguère partie de l'équipement de base de bien des foyers. Existe-t-il des recherches là-dessus ?

    • Michel Lebel - Abonné 22 décembre 2020 18 h 08

      @ Claude Bariteau,

      Parler de perfection et de béatitude en cas-ci, c'est une façon de parler! Cela n'a rien à voir avec le fait religieux! Le fédéralisme, au plan philosophique et politique, relativise la politique. Le pouvoir est divisé entre plusieurs entités et il n'absolutise pas, par exemple, le nationalisme. Il reconnaît aussi que la politique n'est pas la totale et que les choses humaines seront toujours perfectibles. En fait, le fédéralisme n'est pas une idéologie, mais un moyen politique pour le mieux-vivre. Il n'a aucune prétention à la ''vérité'''. C'est un moyen, je le répète.

      M.L.

    • Claude Bariteau - Abonné 23 décembre 2020 04 h 51

      M. Lebel, bien d'accord sur vos précisions.

      Le nationalisme se retrouve dans le fédéralisme et dans tout État indépendant qui n'est pas une fédération. Une fédération peut être monarchiste constitutionnelle ou républicaine comme celle des États-Unis. Par ailleurs, des États indépendants non fédéralistes peuvent aussi être monarchistes constitutionnelles ou républicains.

      Cela dit, le nationalisme s'est surtout révélé avec l'industrialisation dans les fédérations et les États non fédérés, car il alla de pair avec des programmes de construction nationale.

      Au Canada, il s’est déployé après le Krach de 1929 après que le Canada ait obtenu son autodétermination externe lors du Statut de Westminster en 1931. Il a alors activé un arsenal de mesures et de programmes pour renforcer ses politiques économiques et ses mesures sociales, forçant la main aux entités provinciales.

      Pour les provinces de langue anglaise, l'approche canadienne fut la leur. Au Québec, elle fut contestée, car son déploiement se fit grâce aux points d'impôt prêtés en 1940 par les provinces pour l'effort de guerre du Canada conditionnellement à leur retour, qui ne s'est jamais complètement fait au Québec.

      C'est dans ce contexte qu’apparaissent les revendications des gouvernements du Québec, ceux de l'UN et du PLQ pour des fins, dites nationalistes, alors qu'elles visaient, comme le Canada, l’activation de politiques pour assurer une plus grande autonomie. Le PQ poursuivit cet élan avec Lévesque et Parizeau en y adjoignant, face au centralisme canadien promu le gouvernement fédéral, un projet d'indépendance démocratiquement fondé.

      Il faut lire ces oppositions sous l’angle des pouvoirs politiques recherchés et des volontés politiques exprimées en démocratie, les deux étant des moyens déployés pour assurer un mieux-vivre, chacun, fédéraliste et État souverain unique étant perfectible comme vous le dites pour le fédéralisme.