Montréal mérite mieux que le REM de l’Est

«Le paysage est vu comme un atout pour le projet, mais seulement pour ceux qui seront dans le train», écrit l'autrice.
Photo: REM «Le paysage est vu comme un atout pour le projet, mais seulement pour ceux qui seront dans le train», écrit l'autrice.

Le projet du REM de l’Est, tel que présenté, est étonnant d’insensibilité pour le paysage montréalais qu’il traversera. On peut même croire que ce paysage n’a probablement jamais été un intrant de ce projet commercial dont l’unique objectif semble être de rapporter des profits à ses déposants. En fait non, le paysage est vu comme un atout pour le projet, mais seulement pour ceux qui seront dans le train. Ils profiteront en effet de vues spectaculaires, contrairement à ceux qui se déplaceront au niveau du sol, écrasés par les piles imposantes, ou à ceux qui seront nez à nez avec le train, depuis leur balcon.

On ne peut pas être contre l’amélioration du transport collectif dans l’est de Montréal, cela est tout à fait souhaitable et nécessaire, mais cela doit être fait dans l’intérêt public, en pensant aux conséquences à long terme des gestes posés. À cet effet, le paysage est d’intérêt public, il appartient à tout le monde. On ne peut pas intervenir sur celui-ci avec indifférence.

Le problème de ce projet se situe bien évidemment dans sa portion aérienne. Il est tout à fait ahurissant que l’on puisse concevoir un train aérien dans le centre-ville, sur le boulevard René-Lévesque, secteur qui de surcroît n’a pas été épargné au fil des décennies par les nombreux projets de démolition, que l’on pense seulement aux nombreuses démolitions ayant eu cours aux abords de la rue pour l’élargissement de celle-ci dans les années 1950 et à la démolition massive du faubourg Québec dans les années 1960.

Il faut imaginer la fracture que représenterait ce train dans le paysage avec ses grandes piles, ses passerelles, ses stations, son bruit, etc., depuis la gare Centrale jusqu’à la rue Notre-Dame. C’est d’autant plus sidérant que sur ce parcours défilent un paysage et un patrimoine bâti qui a résisté aux démolitions passées. Et comment pourra-t-on penser à mettre en valeur ce patrimoine dès lors qu’il y aura une grande cicatrice tout juste devant ? Ce sera en effet grisant pour les utilisateurs du REM de voir le clocher de l’église Saint-Pierre-Apôtre de plus près, mais ceux qui sont au sol n’auront plus le recul voulu pour l’admirer dans toute sa splendeur. C’est sans oublier la prison des Patriotes qui se retrouvera coincée par ce train aérien et tous les autres éléments de notre patrimoine bâti que ce projet réussira à banaliser.

Et tant pis pour les objectifs du PPU des faubourgs qui a pourtant fait l’objet d’un processus démocratique. Ce PPU portait une vision unificatrice du secteur en tentant de retisser des liens entre les différents éléments de ce secteur, dont ceux situés de part et d’autre de ce même boulevard René-Lévesque. Le projet de REM vient sectionner le secteur en deux entités que l’on cherchait pourtant à réunifier à l’aide de projets porteurs.

C’est aussi sans compter le désir des Montréalais de se rapprocher du fleuve le long de la rue Notre-Dame. Avec la structure proposée, une entrave visuelle supplémentaire, ce rapprochement devient de plus en plus difficile.

On peut même se poser la question de la nécessité de ce train entre la gare Centrale et la rue Berri, ou même la rue Notre-Dame. D’autres possibilités existent et devraient être réétudiées. Les mesures de mitigation promises pour intégrer une structure surélevée ne pourront jamais compenser la perte urbaine encourue.

L’intérêt public n’a pas été considéré dans son ensemble dans ce projet. Le paysage urbain y est sacrifié sur l’autel de la rentabilité. Le cœur de Montréal mérite plus de considération de la part de CDPQ Infra.

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