Ce n’est que la crête de l’iceberg

«La liste de ces expériences de discrimination contre les francophones par les autorités diplomatiques canadiennes est interminable et, malheureusement, la situation continue de se détériorer à la vitesse grand V dans l’euphorie toxique actuelle», esitme l'auteur.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne «La liste de ces expériences de discrimination contre les francophones par les autorités diplomatiques canadiennes est interminable et, malheureusement, la situation continue de se détériorer à la vitesse grand V dans l’euphorie toxique actuelle», esitme l'auteur.

Article absolument remarquable de Boris Proulx dans Le Devoir du 14 décembre au sujet de l’unilinguisme anglophone de la direction d’Affaires mondiales Canada. Il faudrait ajouter que ce n’est que la crête de l’iceberg. Il conviendrait aussi notamment de dénoncer l’hostilité ouverte des diplomates canadiens-anglais et leurs campagnes de dénigrement contre les francophones dans les organisations et les institutions internationales.

Les francophones qui désirent être embauchés dans ces organisations feraient une grosse erreur en s’adressant à leur ambassade pour obtenir un appui. Sauf exception, ils ne feraient que déclencher une campagne des autorités canadiennes contre leur candidature. Il est même arrivé que le Canada n’hésite pas à faire nommer un Canadien anglophone à un poste de l’ONU traditionnellement réservé à un Français, parce que considéré comme un poste exigeant une connaissance d’usage du français, après que la France eut offert ce poste au Canada en espérant à l’évidence y voir nommer un Canadien francophone. Offusquée, la France n’a plus jamais renouvelé l’expérience.

Dans des conférences ou des réunions internationales, j’ai vu à plusieurs reprises des diplomates canadiens-anglais dénigrer les Canadiens français parfois dans des termes non seulement grossiers, mais qui seraient maintenant qualifiés de racistes, au point de provoquer un malaise dans l’assemblée.

Une petite anecdote permettra d’illustrer l’absurdité de ces agissements. Quand j’étais traducteur juridique à l’Organisation mondiale du commerce à Genève, la responsable m’a donné à traduire un texte venant du gouvernement canadien. Je lui ai fait remarquer que nous n’avions pas à traduire ce texte et même que nous ne devions pas le faire vu qu’il en existait sûrement une version canadienne officielle en français étant donné le caractère bilingue du Canada. Réponse de la responsable : « Je sais tout cela. Mais c’est l’ambassadeur canadien lui-même qui insiste pour que l’ONU ne prenne pas la version faite en “French Canadian slang” » (jargon canadien-français). Je lui ai alors appris que c’est moi qui avais fait la version canadienne à Ottawa avant de venir travailler à l’OMC (après avoir été reçu premier au concours mondial de traduction de l’ONU) et que je ne voyais pas en quoi ma deuxième traduction serait meilleure que la première. Je n’en ai pas moins dû faire une nouvelle traduction pour satisfaire l’ambassadeur du Canada anglophone unilingue. Cela se passe de commentaire.

Quand j’étais dans des missions ou des tribunaux internationaux de l’ONU, il arrivait que des membres du corps diplomatique canadien y viennent en visite. Ils ne rencontraient alors que les Canadiens anglophones et ils ignoraient complètement les Canadiens francophones. Beaucoup d’autres collègues canadiens-français ont vécu la même expérience et la vivent encore. C’est l’usage bien établi.

La liste de ces expériences de discrimination contre les francophones par les autorités diplomatiques canadiennes est interminable et, malheureusement, la situation continue de se détériorer à la vitesse grand V dans l’euphorie toxique actuelle.

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