Des solutions de rechange au projet Laurentia

La réalisation du projet
Laurentia s’inscrit dans
cette logique néfaste qui
a entraîné le déclin des
quartiers du littoral est
de Québec.
Photo: Pierre Lahoud La réalisation du projet Laurentia s’inscrit dans cette logique néfaste qui a entraîné le déclin des quartiers du littoral est de Québec.

Le projet Laurentia est la dernière itération des velléités d’expansion du Port de Québec, velléités qui ont débuté au cours des années 1960. À cette époque, on souhaitait remblayer la totalité de la baie de Beauport, de la péninsule actuelle jusqu’à la chute Montmorency, afin d’y établir un parc d’industries lourdes et des installations portuaires de plus grande envergure. Cette vision de développement était basée sur des hypothèses de croissance démographique et économique démesurées à l’horizon des années 1980 qui ne se sont jamais réalisées à ce jour. Bref, il s’agissait véritablement d’« idées de grandeur » soutenues par des intervenants qui avaient tout à y gagner, soit des firmes d’ingénierie, des compagnies de construction et… des administrateurs portuaires.

Malgré l’improbabilité du scénario proposé, cette vision de développement a engendré des travaux de très grande envergure, notamment sur le réseau routier de la grande région de Québec, qui ont encore à ce jour des impacts négatifs majeurs sur la qualité de vie de la population. La construction de l’autoroute Dufferin-Montmorency, celle qui a la plus grande capacité de toute la région, a non seulement complètement coupé les quartiers limitrophes de leur accès au fleuve, mais elle a surtout provoqué le déclin quasi total de l’activité économique du boulevard Sainte-Anne. Celui-ci était jusque-là une artère commerciale importante de la ville, mais, du jour au lendemain, il a perdu l’achalandage essentiel au maintien d’une grande partie des activités économiques qui s’y tenaient. Depuis, les quartiers littoraux de l’est de Québec sont progressivement devenus économiquement et socialement moribonds.

La réalisation du projet Laurentia s’inscrit dans la même logique néfaste qui a entraîné le déclin des quartiers du littoral est de Québec. En altérant le paysage, en augmentant la circulation maritime, ferroviaire et routière, en ajoutant à la pollution de l’air, à la pollution par le bruit et aux ravages des milieux marins, en altérant irrémédiablement le plus beau plan d’eau de la région, le projet Laurentia rendrait encore moins attrayant le secteur pour les investisseurs ou les résidents, présents ou éventuels. Les velléités de développement du Port de Québec ont littéralement pris en otage tout le littoral est de Québec depuis plus de cinquante ans maintenant. Il faut mettre fin à cette situation.

En refusant le projet Laurentia, le gouvernement du Canada ouvrirait la porte à de nouvelles perspectives de développement du littoral est de notre ville patrimoniale, des solutions économiques beaucoup plus attrayantes pour la population locale et qui auraient des retombées locales majeures. Par exemple, on pourrait alors
véritablement envisager la conversion de l’autoroute Dufferin-
Montmorency en boulevard urbain à l’image de la promenade
Samuel-De Champlain dans l’ouest de la ville, qui a été et demeure un immense succès et qui jouit d’une très grande acceptabilité sociale. L’industrie récréotouristique du littoral est vivrait à coup sûr une véritable renaissance, ce qui aurait un effet d’entraînement majeur pour les autres secteurs d’activité, et ce, pour des décennies à venir.

Pour réorienter et redynamiser le développement économique et social du littoral est de Québec, il faut rejeter le projet Laurentia et mettre fin à tout jamais aux menaces sur l’intégrité de la baie de Beauport et du littoral est de Québec.

2 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 14 décembre 2020 07 h 02

    L'Empire britannique domine encore le fleuve à Québec

    Contrairement à la pensée commune, il n'existe pas de «Port de Québec» mais bien un port Fédéral à Québec. La Ville ne possède pas de Port, c'est ce dernier qui possède la Ville. Si les ports relevaient politiquement et administrativement des villes où ils sont situés ou encore de l'État Provincial, leurs succès seraient forts différents et leurs échecs également. Le problème, c'est que les ports constituent des fenêtres sur l'international. À ce titre, Ottawa ne saurait en confier la gestion, l’administration et le contrôle à des responsables provinciaux ou municipaux dont le champ de vision ne doit pas s’étendre au vaste monde, domaine des maîtres et non des valets, en particulier ces «petits échevins locaux» si bien décrits par l'ancien PDG du Port de Québec Ross Gaudreault.

    Localement, cela signifie que sur les rives des grandes villes portuaires québécoises, le pouvoir de la Grande-Bretagne a simplement été remplacé par celui d’Ottawa. S’adressant en 2013 à la Cour supérieure du Québec, l’Administration portuaire de Québec a d’ailleurs précisé : «Le port de Québec appartient à sa Majesté la Reine Élizabeth II qui lui en confie la gestion». Le pouvoir de cette dernière étant de Droit divin, il en résulte logiquement que la gestion portuaire à Québec possède elle-même un caractère divin, sans compter le caractère plus ou moins divin de ses gestionnaires. Cette philosophie corporative fait partie du monde portuaire au Canada depuis l’apogée de l’Empire britannique au 19e siècle.

    Réf: https://tc.canada.ca/sites/default/files/migrated/leoncenaud.pdf

  • Gilles Théberge - Abonné 14 décembre 2020 12 h 37

    Il me revient enmémoire un autre triste événement qui a coupé la vue et la possession du fleuve St-Laurent à la population. Il s'agit de la construction de l'édifice d'habitation sis au bord du fleuve, et l'accaparement de l'espace devenu un espace de stationnement.

    Monsieur Naud a bien raison, « L'Empire britannique domine encore le fleuve à Québec » Et je dirais même, outrageusement !