L’Église catholique et l’aide médicale à mourir

«Avec l’aide médicale à mourir, la personne qui s’en va choisit les proches qu’elle veut à ses côtés et leur fait ses adieux dans l’amour, la sérénité et parfois dans l’humour, comme le prouvent de nombreux témoignages», écrit l'auteur.
Photo: Piero Cruciatti Agence France-Presse «Avec l’aide médicale à mourir, la personne qui s’en va choisit les proches qu’elle veut à ses côtés et leur fait ses adieux dans l’amour, la sérénité et parfois dans l’humour, comme le prouvent de nombreux témoignages», écrit l'auteur.

L’Église catholique, par la voix du Vatican, reprise par les évêques canadiens et québécois, s’oppose fermement à l’aide médicale à mourir.

Durant des siècles, l’Église a affirmé que la terre était le centre du monde. Qui disait le contraire était passible d’excommunication et possiblement du bûcher. C’est ainsi qu’en 1633 Galilée dut renier ses recherches en astronomie et vivre en résidence surveillée jusqu’à sa mort. Cela faisait pourtant un siècle que Copernic était arrivé aux mêmes conclusions, avec l’approbation de Paul III, le pape de son époque à qui il avait dédié son traité le plus célèbre. À preuve que, même en ces temps reculés, la foi géocentriste de l’Église ne faisait pas l’unanimité. Combien de catholiques affirmeraient maintenant que notre toute petite Terre est le centre de l’univers ?

Durant des siècles, l’Église a décrété que l’homosexualité était un vice contre nature et que les homosexuels étaient voués à l’enfer éternel. Le Pape vient de reconnaître le mariage civil entre conjoints de même sexe, un pas important vers la « normalisation » de l’homosexualité par l’Église. En avance sur l’accueil papal, la paroisse Saint-Pierre-Apôtre dans le quartier gai de Montréal offrit à Michael McCutcheon, grand défenseur des droits des homosexuels, des funérailles religieuses où furent prononcés plusieurs témoignages de gais et lesbiennes réputés

Le même phénomène se produit aujourd’hui avec l’aide médicale à mourir. L’argumentaire traditionnel de l’Église, c’est que la loi de Dieu dit qu’on ne doit pas tuer. Quand on a Dieu de son côté, on se sent au-dessus de toute position contraire. Mais l’Église n’avait-elle pas Dieu de son côté quand elle affirmait que la Terre était le centre du monde ? N’avait-elle pas Dieu de son côté quand elle condamnait sans appel l’homosexualité ? L’Église ne devrait-elle pas se garder une petite gêne devant des questions aussi humaines que la fin de vie et la liberté individuelle ?

D’ailleurs la forteresse de l’Église montre déjà ses lézardes. Depuis plus de vingt ans, Hans Küng, prêtre et théologien suisse de réputation mondiale, défend d’un point de vue chrétien le droit d’une aide à mourir, notamment dans son livre La mort heureuse. Chez nous, un théologien catholique de Sherbrooke, Jean Desclos, vient de publier L’aide médicale à bien mourir, un imposant volume dans lequel il est favorable à l’aide médicale à mourir.

Les fabuleux progrès de la médecine ont des effets pervers, le premier étant le maintien prolongé de vies sans vie. En France, à la suite d’un accident, Vincent Lambert a été maintenu artificiellement en vie durant dix ans (dix ans !). Sa femme ne réclamait pas l’aide médicale à mourir, illégale en France, mais simplement qu’on mette fin à sa vie sans vie en le débranchant. Une bataille juridique s’en est suivie ; on l’a débranché une première fois, des juristes et le pape sont intervenus, on l’a rebranché, d’autres juristes ont enfin obtenu qu’on le débranche et qu’on le laisse enfin mourir en paix.

L’Église prône les soins palliatifs comme solution à la fin de vie. Sur ce point, il y a consensus : les soins palliatifs doivent être accessibles à tous et partout. Mais pourquoi s’acharner contre ceux qui choisissent une autre voie ? Et quelle est la différence entre la sédation palliative continue, approuvée par l’Église, et l’aide médicale à mourir ? Avec la sédation palliative continue, la personne en fin de vie mourra inconsciente et seule : le moment de la mort étant incertain (généralement entre un et six jours) les proches ne peuvent se tenir constamment au chevet de la personne qui meurt en attendant son dernier souffle. Avec l’aide médicale à mourir, la personne qui s’en va choisit les proches qu’elle veut à ses côtés et leur fait ses adieux dans l’amour, la sérénité et parfois dans l’humour, comme le prouvent de nombreux témoignages. Quelle est la mort la plus humaine et la plus conforme à la nature ?

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L’Église finira par reconnaître l’aide médicale à mourir, comme elle a reconnu les positions de Galilée et comme elle est en train de reconnaître l’homosexualité, mais entre-temps elle aura damné bien des bonnes gens.

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