Oui à la réforme de la Charte de la langue française

«Défendre la langue française au Québec, c’est vouloir défendre une langue commune, un espace de partage, un trait d’union», estiment les auteurs.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «Défendre la langue française au Québec, c’est vouloir défendre une langue commune, un espace de partage, un trait d’union», estiment les auteurs.

Le ministre Jolin-Barrette a annoncé à plusieurs reprises l’arrivée imminente d’un plan d’action costaud pour réformer la Charte de la langue française. « Enfin », oserions-nous dire ! La CSD, la CSN, la CSQ et la FTQ appuient cette volonté. Nous partageons aussi la volonté du gouvernement québécois, confirmée par une motion unanime de l’Assemblée nationale, d’étendre la Charte aux entreprises sous juridiction fédérale. Il nous apparaît incompréhensible que des milliers d’employées et employés québécois n’aient pas les mêmes droits que les autres parce qu’ils et elles travaillent, entre autres, dans les banques, les télécommunications ou le transport. En ce sens, nous demandons au gouvernement fédéral de faire sa part pour assurer la pérennité du français au Québec.

Mais ne soyons pas dupes, cette réforme, bien que nécessaire, ne parviendra pas à elle seule à transformer la tendance actuelle à l’anglicisation des milieux de travail, et ce, particulièrement dans le Grand Montréal. Différentes enquêtes et analyses montrent clairement le déclin du français au Québec. Un des principaux indicateurs est l’omniprésence des exigences en anglais sur les postes d’emploi. Si ces exigences sont justifiées pour certains emplois qui demandent d’œuvrer à l’international ou avec la communauté anglophone du Québec, d’autres relèvent essentiellement d’un parti pris patronal pour le bilinguisme. Cette nouvelle coutume a non seulement un effet sur le paysage linguistique du Québec, mais est aussi discriminatoire pour les milliers de Québécois et Québécoises francophones, quelles que soient leurs origines, qui ne maîtrisent pas parfaitement, et qui n’ont pas à la maîtriser parfaitement, la langue de Shakespeare.

En outre, le gouvernement du Québec tarde toujours à appliquer les dispositions de protection et de promotion de la langue dans les PME québécoises. Pour nous, il faudrait dès maintenant systématiser des analyses linguistiques portant sur la francisation des entreprises, incluant la main-d’œuvre, et ce, dans toutes les entreprises du Québec, peu importe leur taille. De plus, les agences de placement devraient elles aussi être assujetties aux obligations de la Charte.

L’État québécois, à titre d’employeur, doit donner l’exemple. Malheureusement, plusieurs de nos membres se plaignent de la bilinguisation de leur milieu de travail. Le réseau de la santé est un exemple patent. Si, pour des raisons évidentes, un minimum d’accès aux services en anglais doit être garanti, est-ce dire que tous ceux et celles qui y œuvrent doivent être bilingues ? Il serait d’ailleurs assez aisé d’instaurer des comités de francisation dans les différents organismes publics pour en faire des gardiens du droit de travailler et d’être servis en français.

Si la saga du « Bonjour-Hi » a animé les esprits il y a peu, il demeure important de rappeler que la langue de commerce est aussi la langue de travail pour plusieurs personnes. Les employeurs doivent assumer une responsabilité quant à l’offre de services en français et à la francisation de leurs employés et employées.

D’ailleurs, la francisation du monde du travail doit nécessairement passer par la francisation des travailleuses et des travailleurs. À l’heure actuelle, les programmes de francisation des entreprises s’appliquent principalement au secteur des technologies et au chapitre des équipements de travail, alors qu’elles devraient aussi viser la francisation de la main-d’œuvre.

À ce propos, l’offre de francisation en entreprise demeure un enjeu primordial. Celle-ci permet aux travailleurs et aux travailleuses de concilier le besoin d’un emploi avec celui de l’apprentissage de la langue commune. Plusieurs syndicats ont d’ailleurs mené à bien des projets en ce sens. Il demeure impératif que ces initiatives soient facilitées par l’État et par les employeurs.

Défendre la langue française au Québec, c’est vouloir défendre une langue commune, un espace de partage, un trait d’union. La solidarité fleurit dans l’échange et le partage des réalités. Les centrales syndicales du Québec ont toujours milité pour défendre non seulement le droit de travailler en français, mais aussi le développement d’une culture commune forte et solidaire.

Comme toujours, les centrales syndicales que nous représentons seront actives dans ce grand chantier de valorisation du français. Pour nous, vivre au Québec signifie vivre et travailler en français !

8 commentaires
  • Simon Grenier - Abonné 9 décembre 2020 06 h 50

    Commençons par voir si M. Jolin-Barrette va encore une fois pondre un projet tellement échevelé qu'il faudra le sacrer aux vidanges, on verra ensuite s'il est possible d'avancer ou si l'on va stagner pendant une autre décennie.

  • Gilles Théberge - Abonné 9 décembre 2020 09 h 44

    C'est curieux, les auteurs ne parlent pas de la langue d'enseignement alors que c'est une part importante, je dirais très importante, de la réforme attendue.

  • Monique Bisson - Abonné 9 décembre 2020 10 h 35

    Oui! Oui! Oui,

    Madame, Messieurs,

    Merci pour ce texte on ne peut plus pertinent et limpide et puisse Simon Jolin-Barrette prendre acte et agir promptement, car vous lui fournissez tous les moyens, toutes les mesures à mettre en place pour « vivre et travailler en français au Québec ».

    Monique Bisson, ex-conseillère-linguiste à l'OQLF
    Gatineau

  • André Lamoureux - Abonné 9 décembre 2020 11 h 08

    Pourquoi pas la laïcité?

    Il fut un temps où les centrales syndicales appuyaient avec vigueur le principe de séparation entre les religions et l’État. Au moment présent, pourquoi les présidents de ces grandes organisations n’en font-ils pas de même avec force en appui à la Loi sur la laïcité de l’État au lieu de la combattre? Pourquoi clament-ils leur détermination sur la loi 101 et s’esquivent-ils lorsqu’il s’agit de protéger la liberté de conscience des enfants et de leurs parents contre la promotion par les enseignants et les enseignantes à l’école de croyances religieuses et politico-religieuses trés souvents obscurantistes et contraires au principe d’égalité entre les hommes et les femmes? Comme la loi 101, cette loi 21 est des plus légitime et tout à fait democratique. Elle exprime une volonté extrêmement majoritaire et bien sentie du peuple québécois. Ce que l’on constate ici, c’est que les dirigeants des centrales essaient de redorer leur blason sur la loi 101 pendant qu’ils font piètre figure sur la laïcité. C’en est presque gênant! Chers dirigeants syndicaux, renforcer la loi 101 est sans conteste une priorité fondamentale. Nous sommes avec vous. Mais qu’attendez-vous pour recupèrer vos titres de noblesse que vous avez perdus devant le peuple québecois en matière de laïcité? Pour le moment, ce n’est pas très beau.

  • Michel Gélinas - Abonné 9 décembre 2020 13 h 41

    Un anti-Québécois ne signe pas!

    Avez-vous remarqué une signature absente? Celle du détestable président de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE),Sylvain Malette! Quand il s'agit de défendre les intérêts des Québécois, ce Président de ces importants syndicats de l'enseignement, principalement de Montréal en plus, est absent ou du côté des détracteurs du Québec! Par exemple, un opposant en Cour supérieure de la Loi sur la laïcité du Québec avec tout ce qu'il y a de lobbies anti-Québec.
    Sylvain, ton jupon dépasse pas mal et ça paraît depuis longtemps!