Nos «snowbirds» bientôt dans nos hôpitaux?

«Au-delà de ce problème d’assurances, si de retour au pays des complications de santé et des séquelles permanentes surviennent, ce sont encore nos hôpitaux et le personnel de soins qui écoperont», écrit l'auteur.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Au-delà de ce problème d’assurances, si de retour au pays des complications de santé et des séquelles permanentes surviennent, ce sont encore nos hôpitaux et le personnel de soins qui écoperont», écrit l'auteur.

On se souvient de la première vague, lorsque les premiers voyageurs de la relâche sont revenus. Quelques jours et semaines plus tard, les cas de COVID-19 se sont multipliés. De nombreux autres voyageurs de la relâche ont continué malgré tout à quitter le pays (sans qu’aucune mesure ne soit prise pour que ces départs cessent) et plusieurs sont revenus porteurs du virus. Il a fallu rapatrier ces voyageurs à grands frais, nos hôpitaux se sont engorgés, ça a été l’hécatombe dans nos maisons pour personnes âgées (entre autres dans les CHSLD), l’économie a été arrêtée et tous, nous avons été confinés.

Et avec l’approche de la migration annuelle des « snowbirds », l’histoire risque de se répéter !

Plusieurs « snowbirds » se préparent en effet à quitter le nid pour des cieux plus cléments. Certains font même expédier leurs moyens de transport terrestres par camion ou train et eux-mêmes se préparent à partir par avion alors que paraît-il, la frontière est fermée. Cela ne devrait pas passer inaperçu. Pourquoi nos dirigeants ne parlent-ils pas de cette situation en devenir avant d’être devant le fait accompli et l’incapacité de réagir ?

Et les voyagistes se mettent de la partie en offrant des voyages et des assurances pour couvrir les voyageurs qui pourraient contracter la COVID-19 à l’étranger. De quel genre d’assurances s’agit-il ? S’il s’agit d’assurances rapatriement au pays, ce serait irresponsable puisque aucune personne infectée par la COVID-19 ne devrait être autorisée à prendre l’avion pour revenir au pays. Et comment pourrait-il s’agir d’une assurance couvrant tous les soins devant être prodigués à une personne malade de la COVID-19 jusqu’à son complet rétablissement ? Le coût d’une telle assurance serait sûrement prohibitif, en particulier pour un voyage aux États-Unis où il est bien connu que les coûts d’hospitalisation sont exorbitants. On peut imaginer que les gouvernements seront coincés par la situation et qu’ils devront soutenir les voyagistes, compagnies aériennes et compagnies d’assurances et tout cela, encore une fois, aux frais de l’ensemble des contribuables.

Et au-delà de ce problème d’assurances, si de retour au pays des complications de santé et des séquelles permanentes surviennent, ce sont encore nos hôpitaux et le personnel de soins qui écoperont. Et par la suite, les personnes en attente de traitements, de chirurgie ou tout autre type de soins médicaux risquent de faire les frais du manque de lits ou de personnel.

Des conséquences

Avec l’augmentation des cas de COVID-19 que l’on observe partout dans le monde, il est essentiel que nos gouvernements et les instances de santé publique se penchent immédiatement sur ce problème latent et qu’ils se prononcent clairement sur ce qu’il adviendra des voyageurs qui, le cas échéant, auront malheureusement contracté la COVID-19 à l’étranger. Entre autres :

1. Qu’il soit clair qu’ils ne pourront revenir au pays avant leur complet rétablissement et avant d’avoir été impérativement déclarés « négatifs » à un test COVID-19 reconnu.

2. Qu’aucun service de rapatriement ne sera offert. Tous les voyageurs devront se débrouiller par leurs propres moyens et aucune compensation financière ne sera offerte.

3. Les voyageurs devront s’assurer de détenir les assurances maladie et hospitalisation requises pour couvrir tous les frais des soins de santé et d’hospitalisation qui seront requis à l’étranger jusqu’à leur complet rétablissement.

4. Ces assurances devront également couvrir les soins et les frais d’hospitalisation qui pourraient être ultérieurement requis après leur retour au pays advenant des complications ou des séquelles découlant du fait qu’ils ont été affectés par la COVID-19 lors de leur séjour à l’étranger.

Dans le contexte où nos dirigeants imposent des mesures restrictives majeures aux citoyens qui suivent les conseils et respectent les directives de la Santé publique, il est inconcevable que ces mêmes dirigeants (qui poursuivent avec raison l’objectif de réduire le nombre de cas, les hospitalisations, le nombre de morts et le maintien de l’activité économique) ne s’attaquent pas immédiatement à cette problématique des voyages à l’étranger dans le contexte actuel et de leurs conséquences.

Nos dirigeants doivent indiquer clairement, dès maintenant, quelles sont les conséquences auxquelles s’exposent les personnes qui malgré tout décideront de voyager à l’étranger. Tout retard à se prononcer sur cette question sera perçu par les citoyens qui, pour le moment, suivent les directives, comme un laisser-aller irresponsable de leur part. Ils risquent alors de perdre leur crédibilité et de favoriser le décrochage des citoyens quant au respect des directives.

28 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 27 novembre 2020 04 h 50

    Exact M. Tremblay, et...

    Exact M. Tremblay, et... il faut ajouter que la Loi régissant l'Assurance santé du Québec mentionne (noir sur blanc) qu'une personne négligente ou insouciance peut-être dans l'obligation d'assumer tous les frais qu'elle reçot, et mieux encore qu'elle peut être imputable de tous les frais que nécessite les autres personnes qui sont malades de par sa faute et insouciance.

    Il faut aussi mentionner que le Code criminel canadien fait clairement mention de négligence criminelle, et qu'une conduite dérèglée, selon la jurisprudence, est de la négligence criminelle....

    De plus, il est clairement stipuler que le Canada (ici pour le Québec, où ailleurs au Canada) ne peut interdire la sortie du pays à l'un de ces citoyens... Mais qu'il peut lui interdire le retour... Une province aussi peut se prévaloir de cela... Le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, Terre-Neuvre et Labrador, l’Île-du-Prince-Édouard le font sans qu'Ottawa tombe dans une crise de nerfs en criant "la Charte, la Charte...

    Ti-fin-fin veut se rendre en Floride, très bien. Vas-y, mais tu ne reviendras pas quand tu veux, ni sans possibles sanctions... Cela est à tes risques et périls.

    • Céline Delorme - Abonnée 28 novembre 2020 18 h 25

      M Tremblay se trompe: La RAMQ paie les frais médicaux de tout citoyen qui est en règle avec le Québec, sans juger si la personne a été "négligente ou insouciante" de sa santé.
      Même une personne blessée en commettant un acte criminel sera soignée aux frais de la RAMQ, même en faisant un meurtre, par exemple, ce qui est pas mal pire que d'aller en Floride...
      M Tremblay confond probablement avec l'assurance privée pour les voyages, dans ce cas il y a toutes sortes d'exceptions.

    • Céline Delorme - Abonnée 28 novembre 2020 18 h 28

      Mon erreur: mon message s'adresse à M Pelletier qui fait erreur sur la RAMQ, à ma connaissance.

  • Benoit Samson - Abonné 27 novembre 2020 07 h 08

    Populisme exige

    Excellentes remarques monsieur Tremblay,
    Nous avons entendu le ministre Champagne avertir les snow birds de ne pas s'attendre à être rapatriés s'ils ont COVID pendant leur séjour hivernal au Sud. Pas assez fortement cependant.
    On devrait entendre les mêmes mise-en-gardes des autorités provinciales, haut et fort. Mais c’est presque le silence de leur part. Il est impossible pour un gouvernement populiste comme celui de la CAQ de s’opposer au désir de sa base d’aller se faire chauffer au soleil.
    De toute façon, quand les enfants des snow birds viendront pleurer la télévision parce que l’assurance de leurs parents est épuisée Monsieur Legault et ses acolytes prendront leur part. Ils blâmeront Air Canada de ne pas vouloir les rapatrier et surtout, comme d’habitude, le méchant gouvernement fédéral qui n’a pas de cœur et qui est prêt à laisser mourir des Québécois loin de leurs enfants sur le perron des hôpitaux américains. Il est certain qu’ils les mettront dehors quand ils ne pourront plus payer ou tout simplement refuseront de traiter les ‘’aliens’’ quand leurs hôpitaux seront débordés. Ils le sont déjà d’ailleurs.
    Encore une fois on sera aux prises avec une crise qui aurait dû être évitée et les avertissements du gouvernement fédéral auront été inutiles devant le tollé québécois pour que Trudeau fasse quelque chose.

  • Pierre Labelle - Abonné 27 novembre 2020 08 h 04

    Assumer les conséquences!

    Dans la vie il nous faut assumer les conséquences de nos choix. Tu choisi d'aller te faire grillé la couene au sud, et ce même avec tous les risques que cela comporte, je n'ai pas à payer pour toi s'il t'arrive quelque chose. L'ensemble de la société n'a pas à payer pour ces snow birds qui prennent de tels risques.

    • Michel Héroux - Abonné 28 novembre 2020 08 h 40

      Vous savez, ça fait longtemps que nos « gouvernemaman » assument une bonne part de ce qui devrait être une responsabilité personnelle. Hélas. Et vous pourvez être certain : un snowbird mal pris aura toute l'attention médiatique voulue et le(s) goubernement(s) vont se fendre en quatre pour rapatrier le veixu père ou la vieille mère tombée malade si loin des siens. Cynique ? Non, réaliste.

  • Réal Gingras - Inscrit 27 novembre 2020 08 h 25

    Ben voyons donc...


    Le ”snowbird” qui se déplace dans le Sud, y va normalement pour un long terme . Ce n’est pas la même chose que celui qui part à Cuba ou à la République Dominicaine pour deux semaines. Si ce ”snowbird” n’est pas contaminé à son départ , s’il ne l’ai pas depuis le mois de mars , s’il pratique les gestes barrières ici , il continuera à les pratiquer rendu sur place. Il part pour 4 , 5, 6 mois. Le risque n’est pas plus élevé qu’ici.

    Il y a grosso modo 60 millions de cas répertoriés dans le monde pour 8 milliards d’habitants. Cela ne représente pas plus que 0,8% de la population mondiale. Ça veut donc dire que 99,2% de la population n’est pas contaminé . Il faudrait aussi nous dire que la grande majorité des 60 millions est déjà guérie. Si vous montez dans l’avion avec une température de 96,5°, que vous descendez avec la même température et que sur place vous faites attention comme vous l’avez fait ici depuis mars. Où est le souci.

    … et que dire de celui qui doit partir en France par exemple pour des raisons familiales, pour accompagner un parent en fin de vie , pour des funérailles. Il appliquera de la même façon les consignes sanitaires dans le pays visité . Y a pas de souci là non plus. Alors s’il vous plaît, arrêtons de nous sortir tous les spectres du chapeau. Air Canada propose une assurance Covid et tout voyageur contaminé ou non doit se mettre en quarantaine à son retour au pays. Je ne suis pas d’accord avec votre analyse monsieur Tremblay. Vous alimentez l’alarmisme.

    • Michel Héroux - Abonné 28 novembre 2020 08 h 43

      Cher Réal Gingras, le commentaire de Monsieur Tremblay pèche par excès de réalisme. C'est vous qui avez la tête dans les nuages. Regardez sans lunettes rosesd l'état sanitaire de la Floride : mieux vaut être au Canada ou au Québec qu'aux États-Unis, présentement sans président en exercice pour diriger l'effort de combat contre la pandémie. De plus, la Floride est un des plus importants foyers d'écolsion de la Covid 19.

  • Claude Gélinas - Abonné 27 novembre 2020 08 h 54

    Le principe de précaution.

    Bien évidemment il y a une distinction à faire entre les courts séjours et un séjour de 4 à 5 mois sous un ciel plus clément.

    Pour les courts séjours, ne serait-il pas raisonnable que les voyages soient interdits sauf pour des raisons valables, courts séjours précédés et suivis au retour d'un test établissant que le voyageur n'est pas porteur du virus ainsi + 14 jours de confinement.

    Quant aux longs séjours ne devraient-ils pas au départ être précédés d'un test mais également au retour avec confinement obligatoire de 14 jours. En outre, en raison du fait que ces longs séjours déconseillés par la Santé publique ne sont pas essentiels, une assurance santé privée devrait couvrir les frais médicaux, dispensant ainsi l'ensemble des contribuables qui respectent les consignes de payer pour ces séjours d'agréments.

    Ce qui s'appelle assumer ses choix et prendre ses responsabilités