Encore un cri du coeur

«46% des Montréalais âgés de 18 à 24 ans affirment ressentir des symptômes d’anxiété et de dépression, tout comme les jeunes à l’extérieur de Montréal sans doute», écrit l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «46% des Montréalais âgés de 18 à 24 ans affirment ressentir des symptômes d’anxiété et de dépression, tout comme les jeunes à l’extérieur de Montréal sans doute», écrit l'auteur.

Lettre adressée au premier ministre François Legault

Je suis découragé, exaspéré, triste. Depuis le mois de septembre, ma vie est devenue monotone ou les jours se ressemblent drôlement. Comme durant les mois de mars et avril d’ailleurs. Mes cours de maîtrise sont devenus virtuels. Mes travaux d’équipe sont devenus virtuels. Les discussions sont devenues virtuelles. Mes contacts sociaux sont devenus virtuels. Mes implications sont devenues virtuelles. Mes rêves le sont devenus aussi. Même ma relation avec mon ordinateur portable est devenue virtuelle. Je suis rendu un pro d’Instagram, de Snapchat et de Facebook. Mon écran est devenu mon avenir.

Mon quotidien se résume ainsi : écran, marche, dodo. Parce que oui, je prends des marches pour faire une pause d’écran. Je prends des marches pour vérifier si la nature est toujours à l’œuvre. Je connais mon quartier par cœur. Je connais le nom des rues par cœur. Je connais les routines de mes voisins par cœur. J’ai le temps de réfléchir, trop réfléchir même. Il y a des centaines de choses qui s’accumulent dans ma tête, mais sans en sortir. Je me pose beaucoup de questions sur ce qui se passe actuellement : la pandémie. Comment se fait-il que les jeunes enfants puissent aller à l’école, mais pas nous, les grands ? Comment se fait-il que les grandes surfaces de ce monde comme Costco, Walmart ou Canadian Tire restent ouvertes, mais pas les salles de sport, les salles de spectacle, les restaurants ? Comment se fait-il que des équipes sportives puissent jouer en respectant une bulle, mais que ce ne soit pas possible pour le sport étudiant ? Sommes-nous confinés pour nous protéger du virus ou pour protéger notre système de santé ? C’est juste un aperçu des questions que je me pose. C’est peut-être juste mon anxiété de jeune adulte, me direz-vous. Je me rassure en me disant que 46 % des Montréalais âgés de 18 à 24 ans affirment ressentir des symptômes d’anxiété et de dépression, tout comme les jeunes à l’extérieur de Montréal sans doute. La santé mentale est aussi importante que la santé physique, mais j’ai peine à penser que c’est la vérité. Ma propre santé mentale s’est détériorée depuis quelques mois. La pandémie a exacerbé mon problème, mais j’ai la chance d’être suivi moi, contrairement à d’autres…

Comprenez-moi bien, je ne remets en question ni la virulence du virus ni les décès qu’il provoque. Je tente simplement de vous sensibiliser aux conséquences de vos décisions et de vous demander quelques exutoires.

La soupape qui aidait ma santé mentale, je ne l’ai plus. Je ne peux plus voir mes amis, je ne peux plus aller à l’université, je ne peux plus m’impliquer « en présentiel », je ne peux plus aller au restaurant, au cinéma ou simplement me divertir devant une pièce de théâtre québécoise. Ça commence à être dur, très dur.

En plus, je constate que nous aurons un déficit de 15 milliards en 2020-2021 au Québec. Il faudra assurément quelques années pour revenir à l’équilibre budgétaire. Les blessures de cette pandémie prendront des années à guérir au Québec, peut-être comme la santé mentale de plusieurs Québécois et Québécoises.

Je vous partage un souhait en terminant : j’aimerais que vous considériez la possibilité de nous consulter, nous les jeunes, avant de prendre des décisions qui toucheront l’avenir, notre avenir. Parce que c’est nous, en fin de compte, qui vivrons avec ces blessures. Notre société ne sera plus jamais la même. Je crois bien que ce serait la moindre des choses d’être entendus.

Mais pour l’instant, je retourne en ligne. J’ai un cours. Après, je vais aller sur Facebook pour voir si je n’ai pas manqué quelque chose, puis je vais aller prendre une marche.

8 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 21 novembre 2020 07 h 37

    Enfin, vous pouvez vous consoler, vous pourriez vivre dans un pays du tiers monde puisque personne ne choisit ses parents et encore moins où il viendra au monde

    Bon. Pourquoi être découragé, exaspéré et triste, vous ne vivez pas dans un pays de guerre et vous savez où votre prochain repas viendra, item qui n’est pas particulier à tout le monde. Pour la pandémie, bien que la COVID-19 peut-être taxante sur votre santé, vu votre âge, vous n’en mourrez certainement pas. Ce sont les 60 ans et plus qui en meurent à 98%. Pour le reste, tout le monde vit la même chose que vous, mais la plupart ne s’en plaigne pas.

    Vous vous posez plusieurs questions, mais en fait, le tout revient à sa petite personne n’est-ce pas? Il faut profiter de ce temps en période extraordinaire pour meubler son quotidien et son âme. Demandez pourquoi les grandes surfaces de ce monde comme Costco, Walmart ou Canadian Tire restent ouvertes, mais pas les salles de sport, les salles de spectacle, les restaurants est une excellente question. Les grandes surfaces utilisent des moyens très stricts pour contrôler la contagion et en plus, ils ont des systèmes de ventilation performant. Pour les équipes de sports professionnels, encore une fois, ils ont les moyens financiers pour s’assurer de contrôler la pandémie. Pour les enfants à l’école, eh bien c’est simple, les plus vieux peuvent se garder tout seul alors que pour les enfants, on doit avoir des adultes à la maison, des adultes qui normalement travaillent.

    Pour les cours en présentiel, pour certains ils représentent un inconvénient pour y assister en personne et pour plusieurs, une perte de temps. J’ai fait une maîtrise en formation à distance tout en travaillant à plein temps. Oui, il faut être très discipliné pour le faire. Oui, les travaux d’équipe et les discussions sont virtuels, mais dans mon cas personnel, on apprend plus. Votre participation est étalée au grand jour et la qualité de vos commentaires aussi. Oui, votre écran est votre avenir dans ce siècle de la 4e révolution industrielle. En fait, sommes-nous seulement une espèce d'automate naturel?

  • Raynald Richer - Abonné 21 novembre 2020 09 h 05

    Deux mesures que les universités pourraient facilement mettre en place

    - Les évaluations en présence pour sauver la validité des diplômes.

    - Permettre aux jeunes de faire des bulles de travail de 5 ou 6 personnes. Ils pourraient se rencontrer, échanger et travailler ensemble dans des locaux avec réservation.

    Ces deux mesures permettraient un meilleur transfert des connaissances et une meilleure validation.
    De plus, ça soulagerait un peu la lourdeur d’être confinée dans un petit appartement face à un écran toute la journée.

    Bien sûr, ça engendrerait certains coûts et demanderait un peu plus de travail de la part des administrateurs. Mais bon, ils devraient avoir un peu de temps libre ces temps-ci.

    • Richard A. Gotier - Abonné 22 novembre 2020 12 h 15

      Tout à fait en accord avec vous.
      «Vous vous posez plusieurs questions, mais en fait, le tout revient à sa petite personne n’est-ce pas?»

  • Céline Delorme - Abonnée 21 novembre 2020 09 h 59

    Sauver le monde

    Pour les intéressés à ce sujet, je suggère une publicité très touchante par l'Allemagne: Un ancien combattant de 2020 est vu dans le futur et rappelle ses souvenirs de 2020 quand il avait 20 ans. L'épisode démontre tous les sacrifices et le courage dont les jeunes ont dû faire preuve pour sauver leur pays, et sauver le monde.....

    https://www.youtube.com/watch?v=iZgmIx3FmKc

    • Cyril Dionne - Abonné 21 novembre 2020 16 h 29

      Pour notre cher Guide-Ambassadeur chez Radio-Canada, ce serait bien qu’il visionne « Un ancien combattant de 2020 » pour se sensibiliser au grand combat auquel il participe…lol. Ma blonde me l’avait « twitté » celle-là. Quel combat que nos combattants de la liberté mènent pour la survie de la société québécoise et du monde. Wow à la puissance de mille. On sait à qui on va attribuer le prix Nobel de la survie, du courage et de la résilience cette année.

      Et vous voyez, nul besoin de citer aucune philosophe vivant ou mort et enterré pour faire ce commentaire, même hors des heures de travail.

  • Marc Therrien - Abonné 21 novembre 2020 10 h 18

    Ce séisme existentiel qu’est l’ennui


    Cette crise sanitaire de la Covid-19 entraîne ce paradoxe à l’effet que bien que nous ayons plus de temps libre qu’auparavant, nous ne savons plus quoi en faire. Plusieurs éprouvent pour vrai ce malheur qu’avait pressenti Blaise Pascal il y a bien longtemps en pensant que l’humain était bien triste et dépourvu de ne pas savoir se reposer seul dans une chambre. Si dans les pays en guerre ou dits du tiers-monde, la lutte pour la survie est le sens de la vie qui s’impose de lui-même et qu’on n’a donc pas à chercher, ici on souffre tout simplement de l’ennui. « Qu’est-ce qui davantage que l’ennui provoque un vrai séisme existentiel? » a écrit Jon Hellesnes cité dans « Petite philosophie de l’ennui » de Lars Fr. H. Svendsen.

    Paraît que l’espoir réside dans le fait qu’on a appris à séparer l’essentiel de l’accessoire à travers les processus de confinement et de déconfinement : travailler ou étudier, manger et dormir. La famille faisant partie aussi de l’essentiel justifiera qu’on autorise des petits rassemblements à Noël. C’est là qu’on verra combien de gens ont pris goût au confinement et à l’isolement social après y avoir trouvé sécurité, réconfort voire même un mieux-être et soient moins motivés par la liberté maintenant qu’ils sont plus conscients du risque de vivre qui vient avec.

    Marc Therrien

  • Marc Therrien - Abonné 21 novembre 2020 10 h 21

    Ce séisme existentiel qu’est l’ennui (suite)


    Par ailleurs le repli sur soi que favorise cette crise sanitaire n’entraîne pas nécessairement un recentrement réflexif sur soi duquel jaillira un moi nouveau débarrassé des angoisses existentielles qui le tenaille. Un repli sur soi prolongé qui aurait pour conséquence que les individus deviennent encore plus fragiles aux sollicitations du monde extérieur et en viennent à manquer d’intérêt pour les interactions sociales avec des inconnus qui représentent une menace à leur santé et sécurité personnelle participerait davantage au renforcement de cette société schizoïde que Roland Jacquard annonçait dans son livre « L’exil intérieur : schizoïdie et civilisation ». Il se peut que le survivant de la COVID-19 soit plus que jamais celui que Jacquard décrivait comme « sur-contrôlé de l’extérieur, décorporalisé, désexualisé, hypernormalisé, l’homme de la modernité, quoi qu’il en ait, sera de plus en plus l’image même de l’homme administré coulant une existence paisible dans des sociétés d’abondance totalitaires – sans jamais prendre conscience que si ses besoins y sont satisfaits, c’est au détriment de sa vie même. »

    Marc Therrien