Revenir à l’essentiel en éducation

«Il apparaît
particulièrement
important de mettre le cap
sur le coeur de ce qu’est
l’enseignement, c’est-à-dire
une relation humaine», écrit l'auteur.
Photo: iStock «Il apparaît particulièrement important de mettre le cap sur le coeur de ce qu’est l’enseignement, c’est-à-dire une relation humaine», écrit l'auteur.

Je participais récemment à une table ronde. Par visioconférence, bien sûr. Des enseignants ainsi que des élèves du secondaire et un étudiant universitaire discutaient de ce que la pandémie révèle sur le plan de l’enseignement et de l’apprentissage. À la fin de la rencontre, l’animatrice a demandé aux élèves quelles propositions ils feraient à leurs enseignants s’ils en avaient la possibilité. Et vice-versa. Devant tant de lucidité de la part des adolescents, je les ai encouragés à disséminer leurs propos. Je m’en fais ici un porte-voix, tout en poursuivant la réflexion.

Indulgence. Plaisir. Relation. Conversation. Voilà l’essentiel de leurs suggestions, qui étaient formulées dans des termes semblables à ce qui suit.

« Ne pas mettre d’absence machinalement lorsque nous arrivons deux minutes après le début de la visioconférence. C’est souvent parce qu’il y a une difficulté de branchement. »

« Nous faire confiance et permettre que notre microphone soit allumé. Ce n’est pas très naturel de voir tout le monde rire d’une blague faite par notre enseignant sans qu’on puisse s’entendre. »

« Arrêter de donner du contenu pendant toute l’heure de cours. Ça devient fatigant et, puisqu’on ne peut plus voir nos amis après l’école, ce serait bien de pouvoir échanger avec eux tout en apprenant. »

« Faire autre chose que donner des lectures ou des vidéos. »

Revenir à l’essentiel. Voilà ce que ces jeunes demandent candidement et poliment. Et je parie qu’ils ne sont pas les seuls.

En ces temps de distanciation physique, il apparaît particulièrement important de mettre le cap sur le cœur de ce qu’est l’enseignement, c’est-à-dire une relation humaine. Le fait d’être en numérique n’anéantit pas automatiquement cet aspect relationnel, mais il le complique. Un effort supplémentaire est donc requis pour que l’écran ne fasse pas écran.

Il importe d’accepter de faire des choix pour préserver le cœur, sans toutefois y passer. Or, pourquoi nous entêtons-nous à poursuivre les mêmes objectifs de performance qu’en temps normal, comme si l’on faisait fi du fait que nous faisons face à un contexte exceptionnel ?

Par exemple, est-ce si dramatique d’escamoter des éléments de contenu ? L’apprentissage d’une discipline ne se réduit pas qu’à une accumulation d’information. C’est aussi une façon de penser, de réfléchir. C’est sans considérer que la connaissance réside aussi dans l’interaction.

Puisque la quantité d’enseignement n’est pas systématiquement garante de la qualité de l’apprentissage, pourquoi requérions-nous la prolongation de l’année scolaire en juillet, en échange d’une ou deux semaines de répit supplémentaires bien méritées pendant les Fêtes ? Si ce repos est salutaire pour tous et qu’il permet de nous recentrer sur l’essentiel, pourquoi ne pas nous accorder collectivement cette flexibilité ? A-t-on réellement besoin d’un tel minutage obsessif alors que la frontière entre la vie personnelle et professionnelle n’a jamais été aussi poreuse ?

Pourquoi, alors que de plus en plus d’études indiquent des seuils alarmants d’isolement, d’anxiété et de détresse psychologique, n’assouplissons-nous pas le fardeau de la performance en suspendant maintenant les examens ministériels ? Cela aiderait tout le monde à se recentrer sur un pilier fondamental de l’apprentissage : le plaisir.

Ces quelques exemples
pointent tous vers un constat semblable. En dépit d’une situation exceptionnelle nécessitant de l’adaptation de la part de tous, nous demeurons prisonniers de procédures et de pratiques que nous alimentons à certains moments, et dont nous sommes victimes à d’autres.

Alice, Florence, Thomas et Virginie nous ont plutôt rappelé de revenir à l’essentiel.

L’essentiel, ce n’est pas de passer coûte que coûte à travers un cahier d’exercices ou un recueil de textes. L’essentiel, ce n’est pas d’élaborer un plan quinquennal alors que nous ne savons pas ce qui se passera au printemps. Ni de « paperasser » sur le parachèvement compulsif d’un formulaire A-38. Ce qui est cardinal, c’est la dimension relationnelle.

5 commentaires
  • Danièle Jeannotte - Abonnée 16 novembre 2020 08 h 33

    Quelle drôle d'idée

    « Arrêter de donner du contenu pendant toute l’heure de cours. Ça devient fatigant et, puisqu’on ne peut plus voir nos amis après l’école, ce serait bien de pouvoir échanger avec eux tout en apprenant. »
    Donner du contenu pendant un cours? Mais à quoi pense-t-on? Comme si le but de l'éducation était de transmettre des connaissances!

    • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 17 novembre 2020 19 h 25

      C'est vrai ça, apprendre à l'école, c'est bien trop difficile!
      Il faudrait que l'enseignante se contente de revenir à l'essentiel: donner des bonbons!

    • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 17 novembre 2020 22 h 57

      Il s'agit d'une relation dialectique transcendantale: l'enseignante donne les bonbons et les élèves les prennent. Ils partagent ainsi une unité fondamentale en vertu de l'identité des contraires hégélienne: et même, en vertu de cette identité, les élèves sont les vrais enseignants car ils enseignent à l'enseignante comment aujourd'hui donner. Au final, ce sont eux les vrais maîtres et possesseurs du savoir authentique, et c'est pourquoi leurs désirs immédiats doivent être au centre de la relation pédagogique, ce que de grands pédagogues de l'assessment ont compris. C'est aussi pourquoi au final de l'évaluation, les évaluateurs notent «bonbon reçu» ou «bonbon non reçu», les mesures trop nuancées et quantitatives étant inutiles dans l'évaluation de l'apprentissage.

      En toute probité intellectuelle, il faut bien sûr préciser ce que l'on entend ici par le paradigme de savoir authentique: c'est que l'essence même de la relation relative est le bonbon en tant qu'isomorphe au feu héracilitien, à l'instar de l'énergie en physique quantique relativiste. Et voilà, l'essence du processus de l'éducation ramenée à cette substantifique moelle si chère à RABELAIS. Une fois cette transcendance atteinte par l'esprit absolu hégélien, à quoi bon des données probantes sur l'apprentissage humain et des recherches universitaires longitudinales s'étirant sur des années de collecte de mesures méticuleuses? D'allleurs, elles sont démodées dès qu'elles sortent: 2+2 = 4 ou tenir un raisonnement rigoureux, ça peut changer rapidement selon l'air du temps et la mode sociale. La notion même de nature humaine n'aura bientôt aucun sens puisque de nouvelles races apparaissent: le système devra avoir au moins deux vitesses en fonction de ces races.

      Ainsi solidement fondé sur la dialectique carburant à l'ex falso sequitur quodlibet, il est certain que nous nous comprenons Mme JEANNOTTE. Étant donné notre grande collégialité, vous pensez que nous pourrions publier un article dans une revue?

  • Patrick Daganaud - Abonné 17 novembre 2020 08 h 21

    AIMER, ÉDUQUER ET ENSEIGNER NE SONT PAS INCOMPATIBLES.

    Ces trois actions essentielles sont les bases de l'éducation.

    Aimer est une condition nécessaire, mais non suffisante : éduquer, c'est aussi aider à apprendre que l'effort doit être présent pour surmonter les obstacles et générer le plaisir d'apprendre.
    Lire n'est pas un péché mortel...

    Enseigner (idéalement de façon explicite), c'est aider à acquérir les savoirs de base sans lesquels il est impossible de se construire.
    C'est illusoire de croire que les bases peuvent être escamotées.
    C'est également illusoire que de croire qu'elles peuvent être enseignées par quelqu'un qui ne les possède pas.

    Éduquer, c'est être en relation d'aide.
    Il est vrai que la situation actuelle cristallise à cet égard de factices relations d'aide à distance et que les rappels de ces étudiants quelque peu désemparés imposent de réfléchir à l'impératif du présentiel.

    incidemment, il en sera de même relativement au télétravail.
    Sauf dans une vie monastique (et encore...), la pratique de l'isolement et de la solitude n'est pas gage de santé mentale.

  • Ginette Cartier - Abonnée 17 novembre 2020 19 h 38

    Et que vaudra vraiment le diplôme de ces élèves qui veulent moins de contenu et plus de plaisir?