Il est grand temps d’avoir une place Oscar-Peterson

Le pianiste Oscar Peterson en 1986
Photo: Bill Becker La Presse canadienne Le pianiste Oscar Peterson en 1986

J’ai choisi d’écrire cette lettre pour répondre à celle de M. Bernard Vallée, publiée le 5 novembre dernier et intitulée « Oscar Peterson à la place des Festivals, une fausse bonne idée ».

Je suis l’instigateur de la pétition pour renommer la station de métro Lionel-Groulx en l’honneur du jazzman et pianiste légendaire Oscar Peterson. Mon objectif était avant tout d’honorer M. Peterson, un grand Montréalais noir et un Québécois qui a atteint l’excellence et la renommée mondiale. Il est largement considéré comme l’un des plus grands musiciens de jazz de l’histoire. J’ai eu cette idée alors que j’étais en convalescence après avoir contracté la COVID-19 en avril dans un hôpital local où je travaille. J’ai eu la chance d’écouter la musique de M. Peterson, qui m’a rappelé l’effervescence des rues de notre ville et m’a ramené à un Montréal vibrant, éclectique et plein de vie.

J’ai donc lancé ma pétition dans l’espoir d’amasser au moins 2000 signatures. À ce jour, nous en avons recueilli près de 27 000. Des citoyens qui, comme moi, voulaient célébrer le quartier de la Petite-Bourgogne en renommant une station de métro emblématique en l’honneur de son fils natal. Mais la STM et l’administration Plante ont refusé.

J’ai donc décidé de me concentrer sur un secteur du centre-ville qui a un lien clair et présent avec la musique jazz et la joie de vivre de Montréal : la place des Festivals. C’est pourquoi, après avoir pris contact avec Ensemble Montréal, j’ai choisi d’appuyer leur motion visant à renommer la place des Festivals en « place Oscar-Peterson ». Une proposition que M. Vallée rejette en y opposant des arguments de fonctionnaire.

Vrai, il existe depuis 2009 un parc Oscar-Peterson dans la Petite-Bourgogne. Mais M. Vallée peut-il honnêtement nous dire que ce bout de terrain représente dignement l’ampleur de la contribution d’Oscar Peterson à l’histoire de la musique et à la renommée internationale de Montréal ? À lui seul, ce parc peut-il traduire toute la fierté de la communauté noire montréalaise devant les réalisations de l’un des siens ? La présence de ce parc arrivera-t-elle à inspirer les jeunes Montréalais comme moi, issus de la diversité ? À les faire persévérer pour aller jusqu’au bout de leurs rêves ?

Voilà, en quelques mots, la différence entre renommer un parc local et renommer une grande place prestigieuse située au cœur du centre-ville. M. Vallée nous oppose des règles de toponymie ; j’en fais plutôt une question de fierté et de vivre-ensemble. En tant que Montréalais, nous devrions tous être fiers de célébrer la diversité culturelle et la richesse de notre histoire, même si cela signifie qu’il nous faut parfois combler les fossés séparant nos communautés.

Pourquoi ne pourrions-nous pas honorer les Oscar Peterson, Félix Rouè Doudou Boicel, Rufus Rockhead ou même Jackie Robinson de la même façon et avec la même ouverture d’esprit que nous l’avons fait pour Robert Bourassa, Bernard Landry ou Gary Carter ? Pourquoi est-ce un problème ? Pourquoi, comme le suggère M. Vallée, devrions-nous cacher les noms de nos héros qui ont marqué notre ville ?

Montréal est une ville de jazz, et sa musique résonne de manière vibrante ici et dans le monde entier. Célébrons notre ville musicale remplie d’artistes des quatre coins du globe. Rendons hommage aux réalisations des Montréalais qui ont énormément contribué à l’histoire de notre ville. Mon Montréal a toujours été courageux et à l’avant-garde du changement. Montrons au monde à quel point nous pouvons être ouverts et progressistes.

À voir en vidéo