Nous n’allons pas bien

Malgré notre hyperconnexion, il est difficile d’atteindre un public à qui on ne parle presque pas.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Malgré notre hyperconnexion, il est difficile d’atteindre un public à qui on ne parle presque pas.

Je n’ai pas la prétention de parler au nom de toute ma génération ni de toute la jeunesse québécoise. Je ne crois toutefois pas me tromper lorsque je vous dis que, de manière générale, nous n’allons pas bien.

En plus de nos vies sociales encloisonnées, de notre éducation radicalement déshumanisée, de nos activités sportives et culturelles annulées, l’actualité locale et mondiale nous projette dans un avenir où les changements climatiques et l’effondrement des écosystèmes rythmeront notre quotidien.

Nous sommes censés déployer nos ailes, mais en lieu et place, on se les fait couper. Tout ça pendant que l’horizon se bouche et que le ciel s’assombrit. Avec un tel programme, pas besoin de pédiatres pour comprendre que ce n’est pas la grande forme…

Pendant ce temps, notre premier ministre, François Legault, demande aux jeunes Québécois de « faire partie de la solution » pour lutter contre la crise sanitaire actuelle.

Les jeunes sont-ils cependant suffisamment écoutés hors pandémie pour que nous soyons encore attentifs quand des communications de crise doivent être reçues et appliquées ?

Nous sommes d’avis que, malgré notre hyperconnexion, il est difficile d’atteindre un public à qui on ne parle presque pas. Ça prend plus qu’une conférence de presse avec Sarah-Jeanne Labrosse et une publicité mettant en vedette Étienne Boulay…

Un sondage Léger, effectué vers la fin de la première vague de la pandémie, indiquait que 83 % des Québécois étaient d’avis que le gouvernement devrait en profiter pour en faire autant (33 %), sinon plus (50 % !) pour la lutte contre les changements climatiques et la protection de l’environnement. Chez les 18-34 ans, nous étions 64 % à dire que le statu quo n’est pas suffisant et qu’il faut en faire davantage.

Toujours selon ce coup de sonde, nous sommes 69 % à penser qu’au sortir de la pandémie, le gouvernement doit d’abord et avant tout chercher à améliorer la santé, la qualité de vie et l’environnement.

Nous attendons donc toujours un engagement ferme du premier ministre envers une relanceverte et inclusive, qui jettera les bases d’une transformation sociale et économique nous permettant de bâtir un avenir qui a l’air d’autre chose qu’une horrible succession de catastrophes et de deuils.

À quoi a-t-on droit à la place ? Un projet de loi sur les infrastructures (PL66) qui assouplit les règles environnementales pour accélérer la construction, un tramway qui semble loin de se mettre à rouler à Québec et des ministres qui appuient sans gêne l’horrible projet polluant et destructeur de GNL-Québec.

(Bruits de criquets)

Le gouvernement est non seulement à l’opposé des tendances globales qui consistent à arrimer la reprise économique avec les enjeux environnementaux, mais il est également déconnecté de la volonté des jeunes Québécois.

Je souhaite malgré tout que la récente offre de collaboration du premier ministre avec les jeunes puisse ouvrir un vrai dialogue. La grande majoritéd’entre nous entendra son appel et collaborera de bonne foi pour endiguer la deuxième vague de la pandémie.

Nous avons toutefois aussi espoir que, la prochaine fois que M. Legault fera appel à nous, ce sera pour nous dire : « Je veux seulement vous faire réaliser que vous faites partie de la solution… à la crise environnementale sans précédent qui nous frappe. »

Si j’étais plus vieille, je vous citerais peut-être une célèbre ligne d’Harmonium, mais je vous l’écrirai plutôt dans mes mots : vous nous avez mis au monde. Écoutez-nous ! Écoutez vos enfants. Ne nous abandonnez pas.

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