Le racisme envers les Autochtones, bien plus qu’une histoire de pommes pourries

«De nombreuses études ont montré qu’au contraire, les interpellations discriminatoires et la remise de constats d’infraction se sont multipliées à l’endroit des personnes marginalisées et racisées malgré ces formations», écrivent les autrices.
Photo: Mario Beauregard La Presse canadienne «De nombreuses études ont montré qu’au contraire, les interpellations discriminatoires et la remise de constats d’infraction se sont multipliées à l’endroit des personnes marginalisées et racisées malgré ces formations», écrivent les autrices.

La présentation de Ian Lafrenière, nouveau ministre des Affaires autochtones du gouvernement du Québec, à l’émission Tout un matin mercredi, à Radio-Canada, laisse pour le moins perplexe sur sa capacité à travailler avec les communautés autochtones pour mettre fin au racisme systémique et aux discriminations que vivent ces dernières. Rappelant à plusieurs reprises qu’il a été policier, il semble en avoir gardé les mêmes principes d’analyse en regard des pratiques discriminatoires que subissent les personnes et les communautés autochtones. En effet, les perspectives policières et syndicales sur les profilages exercés par les organisations policières utilisent régulièrement l’analogie des pommes pourries pour rendre compte du fait que les pratiques de profilage sont le reflet de l’action de quelques individus seulement et qu’il suffit de les enlever du panier pour que l’organisation policière soit exemplaire.

Dans notre témoignage à la commission Viens à l’automne 2017, nous avons repris cette analogie classique qui renvoie les questions de profilage à des questions individuelles pour dénoncer cette lecture et montrer qu’au contraire, le panier de pommes lui-même devait être transformé à travers ces politiques et ces pratiques institutionnelles pour mettre fin aux traitements discriminatoires qui portent atteinte aux droits fondamentaux des personnes et des communautés marginalisées et racisées.

Plus encore, nous montrions, en poursuivant l’analogie, qu’il faut s’intéresser au verger lui-même, en renonçant à faire des services policiers une réponse aux problèmes sociaux et communautaires, pour lesquels ils n’ont pas nécessairement le mandat, la formation, ni les outils appropriés. Remplacer les pommiers par d’autres arbres fruitiers que sont des réponses sociales et communautaires est une voie nécessaire et urgente à mettre en place pour mettre fin aux profilages et accompagner les personnes et les communautés marginalisées et racisées dans leur plein développement.

Recul

M. Lafrenière a également rappelé qu’il avait participé à la mise en place de formations dans le cadre du premier plan de lutte contre le profilage racial et social au SPVM. Force est de constater que ces formations n’ont pas porté leurs fruits. De nombreuses études ont montré qu’au contraire, les interpellations discriminatoires et la remise de constats d’infraction se sont multipliées à l’endroit des personnes marginalisées et racisées malgré ces formations. Le bilan de ce plan de lutte réalisé par la Commission de la sécurité publique de la Ville de Montréal a permis de conclure à l’absence d’avancées réelles en matière de lutte contre les profilages.

Il est plus qu’urgent de changer de cap. C’est sur l’ensemble de ces niveaux qu’il faut travailler avec les personnes et les communautés qui subissent des pratiques discriminatoires dans les services publics. Se limiter à des sanctions individuelles ne suffit pas. Avoir le courage d’aborder de front les causes structurelles et systémiques de ces pratiques discriminatoires constitue une nécessité pour promouvoir un Québec plus juste, plus égalitaire, où la couleur de la peau, l’origine ethnoculturelle ou la condition sociale ne devrait plus être une fatalité.

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