Nous sonnons l’alarme pour l’avenir des services publics

«La réalité, selon Statistique Canada, c’est qu’un dollar investi dans les services publics rapporte en moyenne 1,10$ au PIB québécois, alors qu’un dollar d’investissement dans le secteur primaire rapporte autour de 0,80$», écrivent les signataires.
Photo: Getty Images / iStockphoto «La réalité, selon Statistique Canada, c’est qu’un dollar investi dans les services publics rapporte en moyenne 1,10$ au PIB québécois, alors qu’un dollar d’investissement dans le secteur primaire rapporte autour de 0,80$», écrivent les signataires.

Le Québec vit actuellement une crise sans précédent. Nous posons aujourd’hui un geste à la hauteur de ce qu’impose la situation : nous unissons nos voix, celles des 500 000 travailleuses et travailleurs des services publics que nous représentons, dont plus de 75 % sont des femmes, pour demander au premier ministre et à son gouvernement de choisir, d’abord et avant tout, le bien-être de la population québécoise.

Sur le terrain, dans le réseau de la santé et des services sociaux et celui de l’éducation, dans les organismes gouvernementaux et dans la fonction publique, nous sonnons l’alarme depuis fort longtemps. Nous avons utilisé toutes les
tribunes à maintes reprises pour avertir les gouvernements successifs que les bris de service étaient imminents. Malheureusement, la pandémie nous donne raison en mettant en lumière ce qu’on savait déjà : après des décennies de négligence étatique, nos services publics sont à terre. Il faut rebâtir.

Ce que ça prend pour y arriver, nous sommes les mieux placés pour le savoir. Ensemble, nous occupons tous les titres d’emploi du secteur public. C’est nous qui permettons à l’État de remplir ses missions ; nous soignons, nous enseignons, nous accompagnons les Québécois quotidiennement. Dans les derniers mois, nous nous sommes donnés comme jamais pour répondre aux besoins. Or, nos efforts et notre volonté ne suffisent plus. La relève n’est pas au rendez-vous et plusieurs de nos collègues, à bout de souffle, choisissent de quitter leur emploi.

Il faut de façon urgente s’attaquer aux problèmes de pénurie de main-d’œuvre qui touchent maintenant l’ensemble des services. Pour ce faire, le gouvernement doit donner un solide coup de barre, tant sur le plan des conditions de travail que sur celui du salaire. Pour réussir à attirer et à retenir le personnel dans nos réseaux, il faut réparer les pots cassés. Ces 20 dernières années, nos conditions de travail se sont détériorées de façon draconienne et notre pouvoir d’achat s’est dégradé considérablement puisque nos salaires n’ont pas augmenté au même rythme que l’inflation. Les besoins sont importants, les investissements doivent l’être aussi.

Nous demandons à M. Legault et à ses ministres de ne pas céder aux mêmes dérives austéritaires que leurs prédécesseurs. Les derniers gouvernements ont pris l’habitude de parler d’investissements lorsqu’ils donnent des centaines de millions, voire des milliards aux grandes entreprises, alors qu’ils qualifient la plupart du temps de dépenses les montants dévolus aux services publics. Le choix des mots n’est pas innocent ; il entretient cette idée que les services publics offerts à la population coûtent trop cher. La réalité, selon Statistique Canada, c’est qu’un dollar investi dans les services publics rapporte en moyenne 1,10 $ au PIB québécois, alors qu’un dollar d’investissement dans le secteur primaire rapporte autour de 0,80 $.

D’ailleurs, les économies qui se sortent le mieux des crises économiques sont celles des pays qui ont un filet social important, soutenu par un secteur public solide. La crise sanitaire actuelle le démontre aussi plus que jamais. Quand on doit ralentir de grands pans de l’économie à cause des défaillances du système de santé, ou quand on voit les répercussions des fermetures d’écoles, on constate qu’il ne pourra y avoir de véritable reprise sans réinvestissements massifs dans les services à la population.

Notre plaidoyer d’aujourd’hui en est un pour l’avenir du Québec. Nous sommes au cœur des services publics et nous sommes aussi des citoyennes et des citoyens. Nous voulons assurer le bien-être de nos familles, de nos amis et de nos collègues pour les prochaines décennies et nous savons que c’est possible. M. Legault, nous avons collectivement les moyens de faire mieux ; c’est une question de choix et de volonté.

* Signataires : Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) ; Daniel Boyer, président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) ; Christian Daigle, président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) ; Sonia Ethier, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) ; Line Lamarre, présidente du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) ; Daniel Leblanc, président de l’Association professionnelle des gardes du corps du gouvernement du Québec (APGCGQ) ; Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) ; Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) ; Franck Perales, président du Syndicat des constables spéciaux du gouvernement du Québec (SCSGQ) ; Andrée Poirier, présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)

12 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 10 octobre 2020 10 h 41

    Vous faites ce qu'il faut...

    Continuez d'alerter l'opinion publique.Vous faites face à un gouvernement de centre-droit. La grève, vous en feriez les frais.Des travailleurs qui abandonnent leur emploi, c'est plus lent comme pression, mais c'est plus efficace...

    L'Etat est le premier responsable de fournir des services de qualité à la population; pas vous...

    Pour le moment, rien n'indique que le secteur des services devient trop lourd pour l'économie, au contraire.

    Bonne chance. Clermont Domingue,conseiller syndical au temps du gouvernement Lesage.

    • Nadia Alexan - Abonnée 10 octobre 2020 17 h 31

      « Le langage commun, chez bien des économistes, est que les pays qui ont de hauts niveaux de taxation, de syndicalisation et d’interventionnisme étatique risquent de mal s’en sortir dans un contexte de mondialisation.»
      Par contre, les études démontrent le contraire. Sur une période de 30 ans, les pays scandinaves s’en sont mieux sortis que les États-Unis et la plupart des pays d’Europe occidentale, ce qui ferait plutôt d’eux des modèles à suivre.
      Le produit intérieur brut (PIB) par habitant a généralement connu une plus forte croissance moyenne depuis 30 ans en Finlande (1,94 % par an), en Suède (1,84 %) et au Danemark (1,51 %) qu’au Québec (1,30 %), mais aussi qu’au Canada (1,38 %), aux États-Unis (1,66 %) ou en France (1,29 %).les niveaux d’inégalités y sont parmi les plus faibles des pays développés et que leur niveau d’endettement public ne s’élevait qu’à environ la moitié de leurs PIB en 2009, contre 82 % au Canada, 77 % et entre 85 % et 94 % au Québec.
      Plus important aussi, un taux très élevé de syndicalisation de 70 % dans les trois pays d’Europe du Nord est loin d’avoir été le handicap que certains disent au Québec (où ce taux est de 40 %), au Canada (29 %) ou aux États-Unis (11 %).
      Bref, les dépenses publiques réduisent les inégalités et augmentent la prospérité et le bonheur de tout le monde, riche et pauvre.

    • Marcel Vachon - Abonné 11 octobre 2020 15 h 03

      "...nos collègues, à bout de souffle, choisissent de quitter leur emploi". Un 5,000$ de plus et Oupss.... votre souffle reviendrait à la normale? Bizarre.

  • Pierre Labelle - Abonné 10 octobre 2020 10 h 58

    Souhait ou...

    Oui, souhaitons que François Legault et les ministres concernés transforme ces souhaits en réalité. Cela fait beaucoup trop longtemps que notre Québec est à la dérive. Bien qu'il soit vrai que le précédent gouvernement libéral en soit en majeur partie responsable, ce n'est pas une raison pour laisser les choses se déterriorer plus longtemps. Ça vas bien aller vous nous avez dit!!! Il est temps de le prouver.

  • Joël Tremblay - Abonné 10 octobre 2020 11 h 12

    Une position absolument désintéressée de la part des syndicats...

    Mais pourquoi, même si les sommes allouées aux différents services et systèmes publics augmentent sans cesse, l'efficacité et l'accessibilité diminue sans cesse?

    • Louise Lefrançois - Abonnée 10 octobre 2020 16 h 20

      Pas d'embauches, départs à la retraite sans être remplacé, mouvement de personnel trop fréquent et donc perte d'expertise. Personnel épuisé. Épidémie de dépressions et d'autre problèmes connexes à la senté mentale due à une charge de travail trop lourde. Pas de remplacement pour les vacances... Et j'en oublie. J'ai été 28 ans dans la fonction publique provinciale. Les primes et hausses salariales notables vont aux fonctionnaires e haut de l'échelle.

    • Marc Pelletier - Abonné 11 octobre 2020 10 h 15

      En effet, M. Joël Tremblay, il me semble plus que surprenant, qu'en pleine période de négociation syndicale des employés de l'État, ce soient les représentants syndicaux eux-mêmes qui dénoncent, alors qu'ils devraient eux aussi se regarder dans le miroir !

      D'autre part, je me désole que M. Legault ne soit pas en mesure de faire respecter sa parole et ses promesses sur le plan salarial en regard des préposés aux bénéficiaires nouvellement engagés, suite à leur formation !

      Est-ce que les syndicats dans la fonction publique seraient devenus plus puissants que le Premier Ministre ? Si la situation des infirmières avait été réglée plus tôt, elles seraient sans doute plus nombreuses au travail présentement : ne sont-elles pas, en quelque sorte, " prises en otage " présentement, tant par le gouvernement qui a les mains liées que par leurs puissants syndicats .

      N'en est-il pas de même, sinon pire, au niveau municipal ?

      Si M. Legault n'avait pas les mains liées face aux puissants syndicats, il aurait sans doute pu accorder aux infirmières déjà en poste, les augmentations de salaire qui leurs sont dues depuis longtemps, que leur situation à haut risque justifie d'autant plus, et que le premier ministre a reconnu depuis longtemps.

      Honte aux syndicats qui sont en partie responsable du présent désastre au Québec et que peu de journalistes osent blâmer, étant eux même syndiqués.

      Petite ou grande misère ?

      Qui paye la lourde note, en bout de ligne, pour les services auxquels les citoyens sont en droit de s'attendre et qu'ils ne reçoivent pas ?

      Oui, je me sens totalement libre d'exprimer le fond de ma pensée, comme je viens de le faire, mais je ne suis pas naïf au point d'être inconscient de ma fragilité face aux puissants.

    • Hélène Paulette - Abonnée 11 octobre 2020 14 h 05

      Lâchez les syndicatsqui ne sont pas responsables des énormes coupures dont fut responsable à prime abord le fédéral en coupant dans les transferts pour mieux subventionner l'industrie. Voyez où ça nous a menés. Malgré de nouvelles sommes allouées, puis coupées selon l'humeur de Wall Street et de leur fameuse cote, le gouvernement n'a jamais pu rattraper le retard des années 80 et jongle année après année avec de coûteuses restructurations et augmentations qui n'atteignent jamais les travailleurs pourtant au coeur du système.

  • Bernard Plante - Abonné 10 octobre 2020 12 h 54

    Problèmes systémiques, solutions systémiques

    "Dans les derniers mois, nous nous sommes donnés comme jamais pour répondre aux besoins. Or, nos efforts et notre volonté ne suffisent plus. […] Il faut de façon urgente s’attaquer aux problèmes de pénurie de main-d’œuvre qui touchent maintenant l’ensemble des services. Pour ce faire, le gouvernement doit donner un solide coup de barre, tant sur le plan des conditions de travail que sur celui du salaire."

    L'amélioration des conditions de travail peut toujours aider en partie, mais le problème étant systémique il faut modifier le système.

    Ce système, au fonctionnement bureaucratique, compartimenté et hiérarchique, créé et mis en place il y a près de 50 ans n'est plus en mesure de suivre le rythme et de faire face aux défis d'aujourd'hui. Et ce malgré les efforts (parfois surhumains) fournis individuellement.

    Or, changer le système implique une réflexion collective de toutes les parties prenantes concernées travaillant de concert. Ceci implique d'être prêt à explorer de nouvelles avenues et à implanter de nouvelles façons de travailler en synergie, ce qui implique par ricochet d'être prêt à revoir les règles et conventions syndicales pour permettre ces nouveaux modes de travail.

    Les syndicats et les employeurs sont-ils prêts à travailler ensemble de façon ouverte et sincère, et à ouvrir les conventions pour laisser leurs membres/employés expérimenter de nouvelles avenues? La clé s'y trouve. Pour le bien de tous.

    • Marc Pelletier - Abonné 11 octobre 2020 12 h 50

      @ M. Bernard Plante,

      Je souscris à votre conclusion, mais je ne vois pas à l'horizon suffisamment de lueurs d'espoir .

      J'attends toutefois des signes tangibles de la population face à la suggestion que vous proposez.

      Qui vivra verra !

  • Paul Gagnon - Inscrit 11 octobre 2020 09 h 40

    Heureusement que les signataires

    ne vont pas quitter, eux, leur emploi... sinon où irions-nous? Je vous le demande!