Tout dans le même panier de l’ignorance

«Le sport amateur vient de tomber dans ce spectre très large de dangerosité qui va du bar de karaoké à la bibliothèque», écrit l'auteur.
Photo: iStock «Le sport amateur vient de tomber dans ce spectre très large de dangerosité qui va du bar de karaoké à la bibliothèque», écrit l'auteur.

Comme pour la culture et la restauration, inclure le sport d’équipe dans l’ensemble des risques significatifs de contagion confirme l’impression grandissante que les analyses des milieux d’éclosion — le nerf de la guerre pour déterminer si un milieu reste ouvert ou non — sont « faites à la mitaine », sans considération de l’histoire récente.

À quoi sert d’annoncer en grande pompe la mise en place d’une application de recherche de contacts volontaire à faible valeur ajoutée pour la connaissance des causes d’éclosion si déjà on n’est pas en mesure de colliger les données de base selon les activités ?

Le sport amateur vient de tomber dans ce spectre très large de dangerosité qui va du bar de karaoké à la bibliothèque. Le hockey vient d’être mis sur la glace. Notre groupe bulle a eu huit semaines (24 joutes) pour s’adapter au nouveau contexte de la pandémie. Dans l’aréna, le masque est obligatoire dans les corridors. Dans les chambres, les joueurs sont à deux mètres de distance minimum. Je prends ma douche chez moi. Résultat, personne n’a entendu parler d’une éclosion récente dans ce sport.

Le seul cas médiatisé d’éclosion de COVID-19 au hockey s’est passé en Estrie en mars dernier. Un voyageur l’a transmis à ses coéquipiers, pas lors du jeu, mais bien dans le party de bière qui a suivi. Or, plus personne de mes coéquipiers retraités ne voyage, ils vivent seuls ou en couple, la visite des enfants et le souper entre amis sont désormais proscrits, le bar de l’aréna est fermé.

Où sont les rassemblements ?

L’analyse de risque élémentaire nous impose de choisir des créneaux qui ont un impact significatif sur la contagion. Le gouvernement a bien compris que l’éducation, le milieu de travail, les grands rassemblements et les réunions chez soi sont des sources de contagion importantes.

Mais sans chiffres à l’appui, l’inclusion dans le même panier de risques des milieux encadrés du sport, de la culture et de la restauration est un signe de paresse intellectuelle flagrant. Compte tenu du nombre limité de personnes impliquées et du faible temps relatif passé dans l’activité, mettre l’accent sur des activités à peu d’impact n’aide pas à améliorer la connaissance.

Autre aberration, la définition des zones rouges.

En une seule journée, les 4,1 millions d’habitants de la CMM, la moitié de la population du Québec, sont passés dans le rouge. La CMM couvre une surface de 4259 km². Ça n’a plus rien à voir avec la définition ancienne de la ville, basée sur la densité de population. On oublie que la CMM est une définition élargie de territoire pour une seule raison, planifier le transport régional pour le motif travail/étude. Cette vue de l’esprit n’a aucun rapport avec la vie de quartier et les autres motifs de déplacements comme le loisir de proximité ou le magasinage.

En grande partie, le taux d’infection en Montérégie est en bas de la moyenne québécoise. Avez-vous remarqué que la distance entre Contrecœur et Vaudreuil-Soulange est de plus de 130 km ? Vous rappelez-vous ce cri du cœur d’une propriétaire de restaurant à Beauharnois ? « On a pris toutes les précautions pour s’ajuster au nouveau contexte, nos clients sont contents, ne nous tuez pas. »

Le gouvernement vient d’accorder 50 millions de dollars pour compenser les pertes en culture. Au lieu de plonger tout le monde dans l’oisiveté, le simple bon sens n’aurait-il pas été de prendre une partie de cet argent pour monter une banque de données et permettre à l’industrie d’expérimenter et d’innover ? Pourquoi ne pas impliquer les associations et les bénévoles pour colliger les données ?

Il ne suffit pas d’invoquer la science, il faut la pratiquer.

6 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 7 octobre 2020 08 h 36

    Mille fois bravo pour cette lettre !

    Et que dire de Radio-Canada qui ce matin répète avec angoisse qu'on a battu un record pour le nombre de cas détectés en une journée au Québec, sans mentionner qu'on teste deux fois plus qu'au printemps.

    Qu'on ait pas su planifier la prise en charge hospitalière de cette « deuxième vague » est affligeant. La caricature d'aujourd'hui du Devoir est éloquente sur cet échec.

    Je trouve déprimant d'obliger les enfants à porter des masques dehors.

  • Hélène Paulette - Abonnée 7 octobre 2020 13 h 50

    Respirer par le nez (avec ou sans masque)...

    Une chose est certaine, ce ne sont pas les gérants d'estrade qui vont améliorer la situation... Les réseaux sociaux, qui font de tout un chacun des experts en tous genres et accréditent toutes les thèses sans discernement du moment qu'elles génèrent des "likes", nous incitent à prendre la parole dans notre recherche d'approbation. Mais c'est très décevant d'un "professeur émérite", même frustré de son sport, qu'il manque à ce point à son devoir de réserve alors que les poches de résistance (anti-masques, complotistes et ados récalcitrants) mettent à mal la santé publique. Monsieur Lafrance, en sa qualité d'émérite, a certainement le moyen de s'adresser aux instances publiques pour faire valoir son point de vue sans alerter le citoyen lambda. D'après mon observation des pays qui s'en sortent le mieux, ce ne sont pas tant les mesures prises que le degré de ciivisme de la population qui fait la différence... Ce que le gouvernement vous demande monsieur Lafrance, c'est de sortir le moins possible. Alors faites le deuil de votre sport comme je fait le deuil de la culture et de mes billets de théâtre...

  • Stéfan Marquis - Abonné 7 octobre 2020 20 h 41

    Le pouvoir des mots

    Je remarque avec lassitude qu'une quantité alarmante de conformistes s'enchevêtrent sans vergogne dans le pli d'une moraline méprisante à l'endroit des individus qui osent partager leurs réflexions, leurs sentiments, leurs questionnements et leurs désaccords face aux décisions des dirigeants. Ces attaques par voie de nominettes de moins en moins subtiles débitent au compte de la masse consentente une inquiétante vacuité. Un vide qui, d'apparence, n'en est pas un. Elle comble l'espace à l'aide du vocabulaire sanctionné par l'État, mais plus conséquemment par les médias traditionnels. Ainsi surgit le Novlangue. Le Novlangue est peut-être une invention d'Orwell, mais de toute évidence, les réels avertissements de l'auteur sur les dangers de l'usage des mots ne semblent pas avoir traversé les synapses des harangueurs qui sévissent en série, interminables et écervelés.

    D'abord, le mot 'émérite' n'a pas de flou: il se dit d'une personne qui a une grande compétence. Déjà, en partant, le devoir de réserve devrait paratonner ceux et celles qui ont la grégaire rage des agressions verbales faciles au larigopharynx. Les récalcitrants, les complotistes, les gérants d'estrades; les anti-masques, les lambdas, les insouscients, et quoi encore... la rimbambelle s'allonge de jour en jour.

    Ensuite, le fait d'être citoyen émérite n'est pas fonction de facto de la pertinence d'un raisonnement valable ou utile. M. Lafrance démontre parfaitement dans son opinion libre qu'il en est aisément apte. Mais même un 'lambda récalcitrant' pourrait s'avérer en être l'heureux instigateur. Le complexe de supériorité aveugle le discernement. Donc que ce soit par le nez, par la bouche, ou par les pores de la peau, ce qui s'annonce déterminant dans cet avenir nébuleux sera le seuil critique d'oxygène qui parviendra à se rendre aux cervelles. C'est pourquoi, et vous me corrigerez M. Lafrance si je me plante, que le hockey nous parle tant. Il favorise la pensée oxygénée - et affranchie.

    • Hélène Paulette - Abonnée 7 octobre 2020 22 h 33

      Au delà de votre prose, par ailleurs assez intéressante, monsieur Stefan, nous faisons face à une très pernicieuse pandémie. Monsieur Lafrance a beau être émérite, il n'arrive pas à expliquer comment, dans un sport de contact, on peut éviter la transmission du virus, surtout quand on sait qu'on peut être porteur asymptomatique. Je trouve sa position assez égoiste pour ma part. Monsieur Lafrance peut, comme on a vu nombre d'athlètes, se maintenir en forme à domicile et s'oxygéner tout autant.

    • Stéfan Marquis - Abonné 8 octobre 2020 00 h 46

      Et au-delà de la vôtre, Mme. Paulette, y trouve-t-on... le Soleil? Qui sauve une âme sauve l'Univers entier. Ainsi en convient le Talmud. Donc sans prétendre sauver la vôtre, je m'y affaire pour bonne cause. Je vous offre la main pour vous sortir du pétrin. Si vous y craigner le COVID-19 (nom peu inspirant), la méningite, les oreillons, les micro-organismes résistants aux antibiotiques (moins inspirant encore), la tuberculose, la malaria (tiens!) ou le cholera - et j'en passe, ne la prenez pas. Autrement: suivez-moi.

      Ainsi avec tout le respect d'illustre inconnue que je vous dois (car seuls les inconscients varloppent les gens dont ils ne connaissent le tracé), dites-moi, quel est votre avis sur la Peste d'Athènes de 430 à 426 av. J.-C.? La Grèce Antique dura environ 650 ans, s'y l'on n'y joint pas la protohistoire millénaire qui la précéda. Au cours du sale fléau, Périclès lui-même, sombra, tragiquement. Pourtant, la postérité se souviendra de lui après vous et moi, passé cette très pernicieuse pandémie. Mais il faut cependant lire Thucydide:

      « En général on était atteint sans indice précurseur, subitement en pleine santé. On éprouvait de violentes chaleurs à la tête ; les yeux étaient rouges et enflammés ; à l'intérieur, le pharynx et la langue devenaient sanguinolents, la respiration irrégulière, l'haleine fétide. À ces symptômes succédaient l'éternuement et l'enrouement ; peu de temps après la douleur gagnait la poitrine, s'accompagnant d'une toux violente ; quand le mal s'attaquait à l'estomac, il y provoquait des troubles et y déterminait, avec des souffrances aiguës, toutes les sortes d'évacuation de bile auxquelles les médecins ont donné des noms. »

      Ce que les gérants d'estrades tentent, peut-être maladroitement selon vous, de vous dire est: ne perdez pas de vue l'immensité. Ce n'est ni à vous, ni à moi, ni à autrui, de fonder le Newspeak ou le maccarthysme. Les êtres humains doivent survivre, et pour cela, il faut voir plus loin que le bout de son nez.

  • Stéfan Marquis - Abonné 7 octobre 2020 22 h 34

    Ribambelle

    (Faute de frappe: dernière ligne, deuxième paragraphe... si la possibilité de corriger cette faute est possible, merci à l'avance. Sinon, je voguerai au courant qui ne sait couler que de l'avant!)