Le gouvernement doit se ressaisir

«L’augmentation récente du nombre de tests positifs fait vaciller la belle assurance que François Legault et ses ministres avaient réussi à retrouver», pense l'auteur.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «L’augmentation récente du nombre de tests positifs fait vaciller la belle assurance que François Legault et ses ministres avaient réussi à retrouver», pense l'auteur.

Le gouvernement du Québec est en train de l’échapper. Après plusieurs mois relativement calmes, le système de santé a pu reprendre son souffle et les écoles ont pu accueillir à nouveau leurs élèves. Tout cela paraît aujourd’hui bien loin. L’augmentation récente du nombre de tests positifs fait vaciller la belle assurance que François Legault et ses ministres avaient réussi à retrouver. La panique s’installe. Nous sommes à un moment clé de cette crise.

Il existe de bons outils en sciences sociales qui permettent d’organiser de manière rationnelle la réponse à un choc, qu’il soit de nature économique, social ou sanitaire. On considère que les décideurs doivent alors répondre à trois questions. Premièrement, il faut se demander quel est l’objectif réaliste que l’on désire atteindre. Ensuite, il faut trouver la stratégie la plus efficiente pour atteindre cet objectif. Finalement, il faut réfléchir aux effets négatifs inhérents à toute stratégie et s’assurer que le remède n’aura pas trop d’effets néfastes à long terme.

Dans le cas d’une épidémie, plusieurs objectifs sont envisageables. On peut par exemple souhaiter l’éradication complète du virus. On peut aussi viser une immunité collective (naturelle ou non) qui rendrait la menace certes endémique, mais moins dangereuse.

Quel objectif ?

Bien qu’il soit difficile de cerner clairement l’objectif actuel du gouvernement québécois, je crois comprendre qu’on souhaite diminuer le nombre de cas pour éviter d’engorger les soins intensifs de nos hôpitaux. Cela pose problème, car ces deux aspirations ne sont pas des objectifs, mais plutôt des indicateurs de performance. Il est d’ailleurs tout à fait envisageable que le nombre de tests positifs augmente de manière importante sans que le nombre de cas nécessitant des hospitalisations suive une courbe similaire.

Si on reconnaît que le gouvernement n’a pas d’objectif actuellement, on peut se demander lequel a le plus d’avenir. Disons tout de suite que l’éradication du virus par une suite de confinements et de déconfinements est extrêmement improbable. La mise au point d’un vaccin efficace est un objectif réaliste, mais le temps nécessaire pour y arriver sera long et mènera peut-être à un cul-de-sac. Reste l’immunisation naturelle, la plus probable, mais aussi la plus risquée à court terme.

Passons maintenant à la question de l’efficience. L’efficience n’est pas la même chose que l’efficacité. Elle vise plutôt à trouver la stratégie permettant d’atteindre un objectif avec une bonne certitude aux coûts les plus faibles possible. On cherche alors les instruments de politique publique ayant des gains marginaux élevés. Certaines initiatives sanitaires sont très efficientes. On pense au port du masque dans les milieux de soins, au lavage de main fréquent et à certaines mesures de distanciation physique. D’autres sont efficaces, mais ne sont peut-être pas efficientes. La fermeture de certains lieux publics, le port du masque dans la communauté et le confinement social sont des exemples.

Il est tout à fait légitime de prendre une position maximaliste et de souhaiter l’application de toutes mesures pouvant potentiellement améliorer les chances d’atteindre un objectif. Mais il faut alors avoir un objectif clair et reconnaître que les coûts alors imposés à la population sont en partie évitables. Le gouvernement du Québec ne fait ni l’un ni l’autre.

Le troisième élément à prendre en considération est l’estimation des coûts à long terme des décisions gouvernementales. Il y a une riche littérature portant sur les conséquences délétères sur les libertés publiques et les droits de la personne de mesures prises dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Les coûts économiques et sociaux de la lutte contre la drogue sont également bien documentés. Avec une ministre de la Sécurité publique qui fait peu de cas des risques de dérives possibles et qui semble se plaire à resserrer l’étau de la répression, il y a un danger réel que le Québec se trouve, une fois la crise passée, dans une nouvelle normalité nous éloignant un peu plus d’un modèle libéral classique.

Dans une société démocratique en santé, les forces de la gauche défendraient nos droits, alors que celles de la droite protégeraient nos libertés. Un compromis serait possible. Le gouvernement mettrait en place une stratégie réfléchie avec un objectif clair. Dans le contexte actuel, la peur a presque tout balayé. Si les théories dominantes en études électorales sont exactes, le gouvernement caquiste paiera le prix de son incurie le moment venu. Mais en attendant, il doit se ressaisir. C’est urgent.

24 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 6 octobre 2020 04 h 06

    6 mois plus tard

    Voici quelques années Radio-Canada TV (maintenant ICI) mentionnait à la fin des bulletins de nouvelles "une heure plus tard dans les maritimes". Avec le Gouvernement Legault, cela est devenu 6 mois plus tard au Québec.
    Vous mentionnez que ce gouvernement doit se ressaisir de son incurie... Incurie moult fois qui a été moult fois démontrée, comme si ne nous étions pas rendu compte dès le début, à la première intervention du trio Legault-Arruda-McCann.
    En fait, il s'agit de bonimenteurs de première classe. Bonniments ne servant qu'à se "couvrir les fesses". Cela en est ridicule. Mais il y a pire, toutes ces personnes du GV - incluant les gens des oppostions - dorment au gas, et le tout est branché sur une bouteille géante.
    Cela est est rendu que Legault se découvre une "ancêtre indienne" pour démontrer qu'il prend à coeur ce qui c'est produit dernièrement avec le décès de Madame Joyce... Quant à y être, pourquoi pas un vieil ancêtre viking, ou romain, ou de l'australopithecus afarensis Lucy. Heureusement qu'il n'est pas un chrétien pratiquant, et que le Québec ne pratique plus "fort fort", car alors sa grand-grand-grand, gand-maman aurait été Ève en personne.
    Quant aux diverses "associations professionnels" qui en mettent et en remettent dans les banalités, elles devraient, surtout les gangs de pédiatries et de psychologies expliquer ce qui est si dommageable vie durant pour un enfant (ou un adulte) de porter un masque, de ne pas être en classe, etc. Les petits lapins roses sont semble-t-il selon ces corpations dites professionnelles maqués à vie par d'énormes stigmates par le simple fait qu'ils porteront un masque... Comment cela se fait-il que ce gouvernement ne leur ferme pas "le casseau". Pire, ce gouvernement les écoute et fait sien ces bouffonneries délirantes.
    Une personne qui perd son père ou sa mère parce qu'elle ne portait pas comme exemple un masque (cause de contamination). À les croire, et entendre parler, cela ne laisse rien comme stigmate. Misère.

    • Robert Parisé - Abonné 6 octobre 2020 18 h 02

      Je ne suis pas d'accord avec votre opinion concernant les pédiatres
      Un amis de mon fils a fait une tentative de suicide jeudi dernier. Tentative directement reliées aux contraintes mis en place par le gouvernement pour la gestion de la Covid. Un jeune de 19 ans qui fait une tentative de suicide, ca laisse de GROS stigmate...
      Si le gouvernement continue dans cette voie, sa gestion de la covid engendrera plus de dommage collatéraux que la covid elle même.

      Il y a d'autre voie que la peur, d'autre façon d'agir.

  • Maxime Prévost - Abonné 6 octobre 2020 05 h 52

    Où est la gauche au juste?

    Un rare et excellent exercice d'analyse «managéria»l de cette déficiente gestion de crise: merci.

    «Dans une société démocratique en santé, les forces de la gauche défendraient nos droits, alors que celles de la droite protégeraient nos libertés» : la droite a été au rendez-vous, mais où se terre la gauche depuis sept mois? Doit-on en conclure que la gauche et plus conformiste et facile à effrayer que le droite?

    Plus précisément encore: où sont les universitaires? «Entre deux Zooms on pourrait faire kekchose...» ?

    • Robert Marquette - Abonné 6 octobre 2020 16 h 33

      Et vous vous avez la vérité.

  • Hélène Gervais - Abonnée 6 octobre 2020 06 h 53

    Le gouvernement présentement

    entretient la peur afin d’avoir le pouvoir de gérer seul le Kebec. Les partis d’opposition n’ont plus de pouvoir depuis 6 mois. Votre lettre est très intéressante

  • François Poitras - Abonné 6 octobre 2020 08 h 10

    "Confusionisme" intellectuel

    « Bien qu’il soit difficile de cerner clairement l’objectif actuel du gouvernement québécois, je crois comprendre qu’on souhaite diminuer le nombre de cas pour éviter d’engorger les soins intensifs de nos hôpitaux. Cela pose problème, car ces deux aspirations ne sont pas des objectifs, mais plutôt des indicateurs de performance. »

    Que de confusion ! Le gouvernement ne cesse de répéter que l’objectif est d’éviter le débordement du réseau de la santé afin qu’il demeure opérationnel, tant pour les infectés de la Covid que tous ceux qui ont besoin de services de santé. En limitant les restrictions aux libertés individuelles et les fermetures d’entreprises selon des zones déterminées et leur niveau d’alerte.

    Face à cette crise, aucun État ne dispose de modus operandi établi ni de solution médicale imparable à court terme. Un simple survol des mesures prises à l’échelle mondiale révèle de grandes similitudes entre celles de Québec et de très nombreux pays.

    • Marc Therrien - Abonné 6 octobre 2020 16 h 51

      Voilà effectivement un bel exemple de comment la confusion peut survenir quand on se met à vouloir découper et segmenter un objet de connaissance, disons ici le plan d’action, à partir de cadres de référence différents, c’est-à-dire ici en vue de distinguer, le but, les objectifs, les moyens/actions, les critères/indicateurs de réussite ou d’échec, etc. Et pour rendre ça encore plus complexe pour ne pas dire compliqué, on ne peut prendre pour acquis que l’objectif du Gouvernement est nécessairement aligné avec celui des gouvernés, la « vox populi », qui auraient sûrement bien de la difficulté à s’entendre sur le leur si on se donnait la peine de les consulter. Il ne suffit pas que l’objectif du Gouvernement soit clair pour que le bon peuple y adhère facilement.

      Marc Therrien

  • Serge Pelletier - Abonné 6 octobre 2020 08 h 22

    Hihihi..

    Après que des journalistes eurent fait mention dernièrement (avec photos à l'appui) que la distance entre ces messieurs et dames ne respectait ce qu'ils demandaient à la population... Réaction de l'après gaffe (gaffe qui date du début des conférences de presse - voir à cet effet, entre autres, le "pupitreur' collé sur Mme McCann), l'apparition de plexiglass entre les conférenciers... Et toujours le "regardez nous-autres ont connait cela"...
    Pour les CHSLD, après coup; pour les écoles, après coup; même chose, pour le port du masque même chose après coup, etc. Toujours avec les mêmes raisons pour les retards: c'est nouveau, la science ne dit pas avec précision,etc. et la suprême de la suprême des justifications: "on construit l'avion en même temps".
    Et vous, M. Bodet, mentionnez que ce gouvernement doit se ressaisir. Non Monsieur, il doit quitté, et cela à la japonaise: les ministres y compris le premier y font acte de répendance devant les journalistes, tête basse, et démissionnent là. Ici, c'est le contraire, ils blâment tout le monde pour leurs propres erreurs...
    Petite question: sont-ils dans l'avion?