Nous sommes «Femme(s)»

«Ce portrait magistral de la Femme est à la fois un hymne et un hommage d’une immense beauté, mais aussi, paradoxalement, un profond cri du cœur», écrit l'autrice.
Photo: Sandra Calligaro «Ce portrait magistral de la Femme est à la fois un hymne et un hommage d’une immense beauté, mais aussi, paradoxalement, un profond cri du cœur», écrit l'autrice.

Réalisé par Yann Arthus-Bertrand et Anastasia Mikova, le documentaire Femme(s) qui propose un portrait en kaléidoscope de la Femme actuelle par le biais de 2000 témoignages provenant d’une cinquantaine de pays différents a servi à faire entendre des voix trop souvent oubliées. Je croyais n’y voir que quelques classiques revendications féministes et toute la force de la révolte. Sans plus. Ce que j’y ai trouvé est mille fois plus grand. J’en suis sortie franchement et profondément ébranlée.

Ce portrait magistral de la Femme est à la fois un hymne et un hommage d’une immense beauté, mais aussi, paradoxalement, un profond cri du cœur. Dans leurs témoignages, ces femmes ne se plaignent pas d’être femmes, mais soulèvent toute la complexité d’appartenir à ce genre dans toute société. Ce qui m’a frappée, de plein fouet, c’est de constater que malgré les écarts gigantesques entre les sociétés, malgré l’évolution de certaines et le recul d’autres, les revendications des femmes restent les mêmes. Partout. Elles souhaitent pouvoir choisir, être libres et entendues. Simplement. Choisir de vivre leur vie comme elles l’entendent, choisir de faire ce qu’elles souhaitent de leur propre corps, choisir de vivre la maternité (ou de ne pas la vivre) à leur façon, choisir de vivre dans des relations saines et égalitaires, choisir leur métier, choisir d’être éduquées, choisir d’être en sécurité. Elles souhaitent simplement pouvoir se libérer du poids d’être une femme et être respectées pour ce qu’elles sont. Point.

J’ai senti, le temps d’un instant, tout le poids de l’Histoire humaine qui reposait sur les épaules des femmes. Ces femmes qui tentent de faire évoluer leur société en se battant individuellement contre des structures, des croyances, des modèles, des idéologies, des politiques vieilles de milliers d’années. Des femmes battantes, résilientes, soumises, joyeuses, traumatisées, profondément tristes, optimistes, courageuses à qui l’on donne enfin la parole, à qui l’on offre une voix pour qu’on puisse, ensemble, admirer la complexité d’être une femme, mais aussi en reconnaître toute la couleur, la profondeur et la richesse.

Je me suis aussi sentie particulièrement unie à elles. Comme si ensemble, malgré la différence des origines, de l’histoire, de la langue, des cultures, on pouvait se tenir la main et ne former qu’une seule et même grande et belle entité. Une force pas si tranquille. Une puissance.

Ce documentaire m’a évidemment rappelé l’essai Le pouvoir de la colère des femmes de Soraya Chemaly. Cette colère féminine qu’on tente de gérer, de diminuer, de cacher pour ne pas déplaire est pourtant si légitime quand on entend ces divers témoignages. Entendons-nous. Nous sommes choyés au Québec de pouvoir vivre si librement et en harmonie les uns avec les autres. Nous avons certes encore du chemin à faire pour atteindre une totale équité, mais franchement, plus que jamais, quand on se compare, on se console !

Écoutons

Cela dit, j’ai ressenti une grande colère par moments et ce sentiment était dû au fait que les femmes ont encore, même en 2020, si peu de place pour s’exprimer. Elles doivent encore, peu importe la gravité des injustices qu’elles vivent, encaisser, refouler leurs émotions et idéalement, pour ne pas déranger, elles doivent se taire. Elles ne peuvent, pour bien des sociétés, exprimer leur colère, leur souffrance, leur tristesse, leur peur ; elles seront réprimandées, jugées, dénigrées, humiliées, rabaissées, ignorées pour avoir simplement pris la parole et avoir osé verbaliser. Pour avoir nommé ce qui les ronge. Il est grandement temps que nous acceptions cette colère et que nous considérions, comme l’autrice le dit, les sentiments comme des compétences. Donnons une voix à tous, à toutes, accordons de l’importance à ce qui semble parfois exagéré, trop intense et écoutons. Simplement et sincèrement. Écoutons les femmes autour de nous. Écoutons les histoires, les peurs, les ressentis, les émotions, les souvenirs, les rêves, les ambitions. Nous pourrons ainsi, peut-être, changer tranquillement les choses. […]  

Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Qu’est-ce qui a donné aux hommes, pendant ces milliers d’années, tous ces droits sur la femme ? Ne sommes-nous pas fondamentalement égaux ? Tous les arguments historiques, sociologiques, idéologiques, religieux, culturels qui semblent valables et raisonnés, je les entends. Intellectuellement, je les comprends. Mais ils n’ont aucune valeur pour moi. Je continuerai donc de chercher, de m’intéresser.

Je ne cesserai de parler de la condition de la femme dans mes cours au collégial parce qu’il s’agit, pour moi, d’un aspect fondamental de notre société. Comment réfléchir le monde, comprendre ce qui nous entoure si on ne prend pas le temps, ne serait-ce que quelques heures consacrées à un roman, à une pièce de théâtre, à un recueil de poésie, pour réfléchir à nos fondements, à notre base. Donnons-nous cet espace de discussion, de réflexion et d’expression. Nous en avons tous grandement besoin.

8 commentaires
  • François Beaulé - Inscrit 25 septembre 2020 08 h 07

    Les inégalités

    Contrairement à ce que prétend madame Sarrazin, l'égalité n'est pas fondamentale. Au contraire, les inégalités sont très répandues. Non pas seulement entre les hommes et les femmes mais aussi entre les hommes et entre les femmes. Entre les classes sociales et entre les peuples. La vie de Mme Sarrazin est très différente de celle d'une immigrante travaillant au salaire minimum au Québec. Très différente aussi de la vie de la majorité des femmes de notre planète. Si l'égalité était « fondamentale », on le saurait ! Et réduire la notion ou l'idéal d'égalité aux relations entre les hommes et les femmes est biaisé.

    On doit aussi constater les limites de la recherche de l'égalité homme/femme au Québec. D'une part, parce qu'elle ne diminue pas les inégalités sociales. D'autre part, parce qu'elle mène à un bouleversement démographique. Dénatalité, vieillissement de la population et forte immigration. Récemment des vieillards sont morts au Québec, abandonnés, déshydratés ou dans leurs excréments. Le Québec est devenu dépendant de l'immigration pour assurer des services. Et cette immigration provient de pays où l'égalité homme/femme n'existe pas.

    Les luttes féministes sont donc très insuffisantes pour mener l'humanité à une harmonie que l'autrice prétend constater au Québec. Les luttes sont nécessaires mais ne suffisent pas à fonder un monde meilleur.

    • Jacques Légaré - Abonné 25 septembre 2020 20 h 14

      François, discours anti-féministe (sans le dire) que tu nous assènes. Tu pointes les femmes comme responsables de la dénatalité...

      Le féminisme est une lutte pour l'égalité. La lutte pour l'égalité économique entre les humains en est une autre.

      L'inégalité entre les sexes perdurerait si la seule égalité économique existait entre tous les humains. Ce sont deux luttes distinctes avec des causes historiques différentes.

      Vive les Femen ! Elles connaissent Hypatie et continuent son combat.

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 25 septembre 2020 08 h 27

    Merci, je vais voir ce reportage sans faute ce week-end!

    " Comment en sommes nous arrivé là? Qu'est ce qui a donné aux hommes tout ces droits sur la femme...?"

    Je pense que ce sont les religions qui sont venus officialiser la place de la femme sur terre.
    Encore aujourd'hui 90% des gens sur terre croient en une des 3 religions monothéistes ou traditionnelles, hautement sexiste et qui prônent et promouvoient sans aucune gêne la soumission, le contrôle et même les sévices corporelles sur la femme.

    L'amélioration du sort des femmes sur terre est pratiquement impossible car la religion est trop puissante, en plus elle interdit la libre pensée et elle est profondemment encrée dans les moeurs, même des femmes.
    Méchant coktail....
    On le voit même ici avec ces femmes voilées qui se battent pour le droit d'être voilée, voir contrôlée par leur Dieu.

    Je ne pense pas que les religions soient un complot prémédité contre les femmes, quoi qu'il aurait été parfait, mais il y très certainement des groupes religieux qui se battent chaque jour très fort pour s'assurer que la femme ne soit jamais leur égal et c'est principalement eux qui nuisent directement le plus au développement des femmes, même ici au Qc, même si c'est minime si on se compare, c'est innaceptable.

    Je vois comme une responsabilité sociale le rejet des religions dans le format actuel, il faut être conséquent, féministe et religion c'est impossible!

  • Nadia Alexan - Abonnée 25 septembre 2020 09 h 11

    Le poids de la religion. Les évangélistes s'apprêtent à renverser le droit à l'avortement.

    L'auteure demande: «Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Qu’est-ce qui a donné aux hommes, pendant ces milliers d’années, tous ces droits sur la femme.» La réponse est simple. Toutes les théologies de toutes les religions donnent la primauté et la supériorité aux hommes sur les femmes.
    Pire encore, les évangélistes s'apprêtent à enraciner une juge obscurantiste à la Cour Suprême, qui va dicter aux femmes quoi faire avec leur corps. c'est surprenant que les religieux s'inquiètent du sort du fœtus avant qu'il soit né, mais une fois née, ils s'enfichent carrément de son sort.

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 25 septembre 2020 10 h 34

      Je suis abasourdie en 2020 qu'on ne considère pas encore comme une évidence le lien direct entre la religion et le retard du respect des droits de la femme et de l'égalité des sexes dans le monde, et qu'en conséquence on ne les combattent pas.

      Comme la mal bouffe et l'obésité, la cigarette et cancer du poumon ect..

  • Claude Lamontagne - Abonné 25 septembre 2020 14 h 24

    Une belle réflexion

    Quelle belle réflexion vous nous partager, Madame Daphné Sarrazin. Merci. À 82 ans, je suis toujours heureuse de constater que de plus jeunes femmes prennent la relève pour réfléchir et faire réfléchir tous les gens, hommes et femmes de ce monde, sur la condition des femmes par rapport à celle des hommes. Oui, fondamentalement, tous les êtres humains devraient être égaux sur cette terre. Jouant chacun leur rôle, différent et complémentaire, avec tout le respect qui se doit. N’est-ce pas la clé d’une vie harmonieuse?

    Pourtant, il y a tellement d’hommes, de vrais mâles, qui croient que leur Dieu leur a donné une force supérieure dont ils doivent se servir pour vivre leur destinée et surtout, avoir du succès face aux autres! Ces hommes s’imposent au reste du monde et font tout pour soumettre celles et ceux qui les entourent à ce qu’ils comprennent des règles de la vie humaine. Les femmes sont pour eux des êtres faibles… Voilà!

    Je crois aussi que, malheureusement, les enseignements religieux ont un grand rôle à jouer dans le pouvoir qui est accordé aux mâles et qu’on appelle : la supériorité masculine. De ce fait, il est juste de dire que féminisme et religion ne s’accordent pas. Le Dieu auquel on nous demande de croire est un pur esprit de sexe mâle. Comme le disait mon beau-père : « Dieu est un homme : Il porte une barbe. » Moi, je me demande depuis longtemps si les esprits ont un sexe...

    Gaëtane Trahan Lamontagne

    • Jacques Légaré - Abonné 25 septembre 2020 20 h 09

      La barbe...

      «Votre sexe n'est là que pour la dépendance.
      Du côté de la barbe est la toute-puissance» (Molière).

      Ma réplique à l'auteur de «L'école des femmes»:

      «Notre barbe plus bas vit passer ta naissance
      Et que tu paies fort mal de ta reconnaissance» (Jacques Légaré)

  • Jacques Légaré - Abonné 25 septembre 2020 20 h 03

    «Je suis femme. Dieu ne m'aime pas. Il préfère le mâle qui tue, ce coq dément» (Maria Luisa Belleli).

    Pathétique ce discours de Madame Sarrazin.

    Elle se plaint d'un état peu relisant et elle refuse de pointer précisément le responsable. Pourtant, il est historiquement daté, fort connu des historiens modernes.

    Elle refuse même d'en questionner la source ou les causes en méprisant d'une chiquenaude l'ensemble des sciences humaines.

    Pourtant, l'auteure des «Fées ont soif» savait il y a près de 40, et Olympe de Gouge depuis 300 ans, et Hypathie depuis 2000 ans, qui ont été de tout temps les ennemies des femmes.

    Madame Sarrazin, le plus grand ennemi des femmes fut de tout temps les religions. Notamment les trois monothéismes.

    https://voir.ca/chroniques/prise-de-tete/2013/10/16/on-peut-se-le-dire-dieu-sil-existe-hait-les-femmes/
    +
    . «Le livre noir de l'Église catholique au Québec», sur les femmes : p. 283 à 301 + p. 389 + 426.
    +
    https://quebec.huffingtonpost.ca/jacques-legare/religions-ennemies-des-femmes_b_6817834.html

    Qui refuse le combat reste esclave toute sa vie, même parée de bijoux et que le temps qu'elle sera jeune et belle.