Zoom sur l’enseignement en ligne

«L’enseignement en ligne est une expérience complètement différente de l’enseignement en présence… tant pour l’enseignant que pour l’étudiant», estime l'auteur.
Photo: Olivier Douliery Agence France-Presse «L’enseignement en ligne est une expérience complètement différente de l’enseignement en présence… tant pour l’enseignant que pour l’étudiant», estime l'auteur.

Aussi bien le dire franchement, enseigner en ligne cet automne ne m’enthousiasmait pas vraiment. Comme tout enseignant, j’aime la salle de classe, je suis attentif aux réactions et aux interventions des étudiants, les interpellant, les taquinant parfois, me promenant d’une équipe à l’autre pendant les activités pédagogiques, conversant et répondant à leurs interrogations face à face. Et il y a souvent quelqu’un à la fin de la séance qui veut discuter d’une situation personnelle : ce sera un moment privilégié pour rassurer, encourager, réconforter.

Un environnement de téléenseignement comme Zoom, c’est un peu comme le plateau d’une émission de télévision, sauf qu’on en est à la fois l’animateur, l’invité, le régisseur, l’éclairagiste, le cameraman, le preneur de son et le réalisateur ! Tout ça se passe en direct devant cinquante étudiants et étudiantes dont on ne verra le visage que de quelques-uns. J’oubliais : il faut aussi surveiller le fil de clavardage sur lequel arrivent questions et commentaires, gérer la mise en équipes, repérer les documents pour le partage d’écran, les contrôles pour l’utilisation du tableau blanc et que sais-je encore, tout ça sans avoir l’air, devant sa caméra, d’un quidam perdu qui cherche ses clés !

On aura deviné qu’il est aussi futile d’amorcer une séance Zoom sans préparation que de partir en expédition au pôle Nord sans vivres ni équipement ! Préparation technique, bien sûr. Bonne idée de remplacer la connexion sans fil à son routeur par le fil bleu ad hoc. (On n’est jamais trop prudent en matière de bande passante et de fiabilité… The show must go on !). Caméra, micro, éclairage, fond de scène, paramètres Zoom : quoi choisir ? Quoi décider ?

Une expérience différente

Mais tout cela, c’est la partie facile ! L’enseignement en ligne est une expérience complètement différente de l’enseignement en présence… tant pour l’enseignant que pour l’étudiant. Il est irréaliste de faire en Zoom ce qu’on faisait pendant trois heures en classe. Contraint d’abréger les séances, on se tourne vers la pédagogie de la classe inversée : ce n’est plus l’enseignant qui livre la matière, ce sont les étudiants qui se l’approprient à l’aide de matériel idoine : capsules vidéo et documents PowerPoint avec narration, etc. On utilisera Zoom pour répondre aux questions et mettre son savoir à l’épreuve au moyen d’activités variées. Tout cela aura demandé une laborieuse préparation, sans compter le temps, plutôt long, pour apprivoiser Zoom afin de s’y sentir à l’aise. Après tout, on n’a jamais une deuxième chance de faire une bonne première impression auprès d’un nouveau groupe ! Cela dit, avec un sourire en coin, bien sûr, parce qu’en ces temps incertains et nouveaux, on peut heureusement compter sur la bienveillance de chacun.

À l’aube de cette nouvelle session, je me sens finalement bien préparé. Les défis de l’enseignement en ligne ne pèseront pas si lourd en regard du plaisir de retrouver mes étudiants, même virtuellement ! Cette pandémie et le confinement qui vient avec finiront bien par passer. Les contenus d’enseignement développés pendant cette déconcertante parenthèse seront encore utiles, et ce coutumier enseignement en classe se sera haussé au rang d’un précieux héritage social à chérir et à valoriser.


 
4 commentaires
  • Raynald Richer - Abonné 11 septembre 2020 07 h 14

    Belle description du travail de prof ces temps-ci

    Repeindre le tableau des enfants, le visser dans le garage, ajouter un deuxième écran et un iPad pour écrire des équations. Ajuster l’audio et l’éclairage et utiliser des bébelles de garage pour faire des démos. Faire la pieuvre numérique avec le sourire en espérant que rien ne plante…
    Je considère que je suis chanceux, j’ai de l’espace, du matériel et je suis à l’aise avec le numérique. Ce n’est pas le cas de tous mes collègues. La table de cuisine entourée d’enfants et/ou de chien ou de chat n’est pas l’endroit idéal pour donner un cours. De plus, toutes les matières ne sont pas égales devant Zoom. Certaines sont plus théoriques alors que d’autres exigent des manipulations. Il n’y a rien à faire, à moins d’avoir accès à une équipe de studio numérique et d’investir un très grand nombre heures dans la scénarisation, le montage, etc., il est impossible de monter un cours de 75 h en ligne et d’avoir le même rendement pédagogique.
    En fait, malgré toute la techno, il manque l’essentiel: le contact humain officiel et officieux. Après tout, enseigner c’est d’abord établir une relation humaine.
    On a tous hâte au retour dans le réel.

  • Cyril Dionne - Abonné 11 septembre 2020 09 h 29

    Zoom zoom zoom...

    Oui, il y a une appropriation intellectuelle à faire avec la technologie pour l’école à la maison. Tous ne sont pas doués de qualités intrinsèques et inaliénables qui découlent d’un 6e sens lorsqu’il en vient à labourer à travers les champs des plateformes numériques et de ses innombrables outils qui s’y rajoutent à la vitesse de la lumière.

    Ceci dit, la très grande majorité des cours universitaires peuvent être donnés à distance où la présence physique n’est pas nécessaire. Ceux qui affirment le contraire, eh bien, c’est une forme de non respect envers leurs étudiants et leur parcours scolaire qui les a conduit aux études postsecondaires. Ne vous en faites pas, l’écrémage intellectuel des apprenants a eu lieu il y a longtemps dans les écoles primaires et secondaires.

    Enfin, n’est-ce pas la forme de l’idéologie constructiviste la plus convaincante où l’étudiant construit son savoir à partir des ses connaissances antérieures? Cette appropriation du savoir peut se faire très facilement par les étudiants des cours postsecondaires, sinon, que font-ils là? On espère que rendu à ce niveau, ils peuvent lire, écrire et communiquer. Elle se situe où la polémique si la plupart des cours postsecondaires peuvent être donnés à distance? Pourquoi avoir toute une panoplie de professeurs émérites dans des structures physiques grandioses lorsque la pédagogie et l’apprentissage peuvent se faire aussi bien à distance qu'en présentiel? Malheureusement pour plusieurs, il voit leur rôle de gourou attitré disparaître en fumée dans les méandres de la technologie. Et le connectivisme est une science pédagogique d’aujourd’hui parce les connaissances sont toujours en mouvance.

    Nous en venons à la véritable raison qui porte les titulaires universitaires et leur syndicat à s’opposer à cette forme d’enseignement qui ne fera que s’accroître dans le futur immédiat; la perte d’emploi, de son standing et titularisation dans la société. Et voilà, tout est dit.

    • Marc Therrien - Abonné 11 septembre 2020 17 h 54

      Voilà, tout est dit de la part d'un enseignant à la retraite qui n'a pas à craindre la perte de son emploi et qui peut envisager l'avenir avec tout l'optimisme de celui qui a le loisir de désirer des changements qui ne l'affecteront pas.

      Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 11 septembre 2020 21 h 45

      Cher M. Therrien,

      J'ai toujours entretenu le même discours, avant et après. La bureaucratie, les syndicats et le statu quo, eh bien, cela n'a jamais été pour moi. Mais de cela, vous n'en savez rien évidemment. Enfin, mon mémoire pour ma maîtrise était basé sur la place grandissante de la technologie en milieu scolaire et qui s'intitulait originalement « L'école à la maison ».

      Zoom, zoom, zoom...