Val-David, contester sans débattre

«Au cours des dernières années, les six MRC de la région ont voté en faveur de l’asphaltage de ce sentier régional. Cette décision n’a pas été prise à la va-vite», rappelle l'auteur.
Photo: Jean-Pierre Lavoie CC «Au cours des dernières années, les six MRC de la région ont voté en faveur de l’asphaltage de ce sentier régional. Cette décision n’a pas été prise à la va-vite», rappelle l'auteur.

Dans un texte d’opinion paru le 4 septembre dernier, M. Alfred Pilon conteste l’asphaltage du parc linéaire du P’tit train du Nord sur le territoire de la MRC des Laurentides. M. Pilon conteste la décision et la manière dont les autorités publiques ont pris celle-ci. Mais, dans son texte, rien ou si peu sur le fond de la question.

Pouvoir contester des décisions, c’est la base même de la démocratie, de la vie en communauté. Débattre, faire valoir ses arguments, c’est la manière de faire avancer les choses, de prendre de meilleures décisions. En juillet dernier, des initiateurs du projet ont tenu une rencontre publique à Val-David pour informer la population des fondements de cette décision d’asphalter le parc linéaire. Une fois les présentations faites, des opposants ont déposé une pétition contre ce projet et, dans un geste théâtral, ont quitté la salle, se refusant la possibilité de débattre lors de l’échange qui a suivi. Ils ont préféré demeurer entre gens convaincus d’avoir raison plutôt que de débattre sur les avantages et les inconvénients de ce projet.

Voici quelques éclairages sur ce projet qui méritent d’être connus pour mieux en comprendre les enjeux.

Le parc linéaire n’est pas un « sentier naturel » comme M. Pilon et plusieurs opposants à l’asphaltage le soutiennent. Cette piste est plutôt le résultat d’une intense activité humaine depuis 150 ans. Au 19e siècle, des hommes ont abattu des arbres, percé des montagnes de roche, nivelé le sol, remblayé une partie des rives de la rivière du Nord et de certains lacs pour finalement installer une voie ferrée. Et des trains ont transporté des ressources naturelles, notamment du bois, de la région vers Montréal et plus tard d’autres trains ont permis à des milliers de villégiateurs de découvrir les Laurentides. Dans les années 1990, lorsque la voie ferrée est devenue une piste pour cyclistes, marcheurs et skieurs, on a fait passer sous la piste les canalisations pour transporter du gaz « naturel ». Rien de naturel dans tout ça, même si aujourd’hui la piste permet de profiter de magnifiques points de vue sur les montages, des lacs et des rivières.

La Corporation du P’tit train du Nord n’est pas une organisation privée comme l’affirme M. Pilon. Il s’agit d’une organisation sans but lucratif dont le conseil d’administration est composé d’élus et de fonctionnaires de la région. Aucun représentant d’entreprise privée ne siège à ce conseil. Toutes les municipalités des Laurentides financent les coûts associés au parc linéaire. Au cours des dernières années, les six MRC de la région ont voté en faveur de l’asphaltage de ce sentier régional. Cette décision n’a pas été prise à la va-vite.

Les opposants à l’asphaltage n’évoquent jamais un des arguments majeurs en faveur de ce revêtement. Chaque année, lors de pluies abondantes et plus encore au printemps, des tonnes de poussière de roche qui recouvrent la piste cyclable se retrouvent dans les milieux humides, les ruisseaux et la rivière du Nord. Non seulement ce sentier n’est pas naturel, mais il pollue les cours d’eau environnants.

Par ailleurs, M. Pilon avance que les coûts de l’asphaltage et son entretien seront plus élevés qu’avec l’actuel revêtement. Lors de la rencontre publique de Val-David, les représentants publics ont clairement indiqué que ce n’était pas le cas. Le niveau des exigences pour la pose de l’asphalte fera en sorte que l’entretien sera nul pour une période de 20 ans, sinon plus. Alors qu’avec le revêtement actuel, les frais d’entretien sont élevés, particulièrement au printemps et lors de pluies abondantes.

Il n’y a pas de pro-asphalte comme le laissent entendre les contestataires. Au moment d’aborder le problème d’érosion, le directeur général de la Corporation qui gère le parc linéaire, et le directeur de l’environnement (un biologiste) de la MRC des Laurentides cherchaient comme solution de revêtement tout sauf de l’asphalte. Ils ont fait faire des études, analyser dix revêtements différents et ont demandé l’avis des experts, notamment ceux de Vélo Québec qui fait partie des plus importantes organisations au monde en matière de vélo. Pour des pro-asphalte, on repassera. C’est sur cette base que le conseil d’administration de la MRC a pris sa décision. Entre croyance et science, chacun fait son choix.

Enfin, une précision pour éviter de me faire accuser de tous les maux. Avant de participer à la rencontre publique, j’étais contre l’asphaltage, par principe et sans avoir plus d’information sur ce projet. Avec les informations obtenues lors de cette rencontre, j’ai conclu que l’asphaltage était l’avenue la plus pertinente, notamment sur le plan de l’environnement.

[…] Bien sûr, l’asphaltage ne présente pas que des avantages. Cette solution soulève notamment un enjeu de sécurité. Toutefois, la sécurité est déjà un enjeu avec le revêtement actuel. Et cet enjeu de sécurité n’est pas propre au parc du P’tit train du Nord, mais bien présent sur toutes les pistes cyclables.

 
 

Une version précédente de ce texte d’opinion, qui citait par erreur un certain M. Lafond, a été corrigée.


 
7 commentaires
  • Robert Charland - Abonné 8 septembre 2020 08 h 23

    ... Et débattre en connaissance de cause!

    Cette analyse est très juste et va bien au-delà de la réaction épidermique – soi-disant verte – qui a caractérisé la majorité du mouvement de contestation au projet. Les arguments avancés sont pertinents et vérifiables. Je connais bien le sentier du P'tit Train du Nord pour l'avoir « roulé » sur ses 200 kilomètres depuis ses débuts. J'ai pu constater, à titre d'utilisateur, l'évolution des aménagements ainsi que les effets comparés de l'érosion sur les sections pavées et non pavées. Je partage aussi sans aucune retenue l'avis de l'auteur sur l'enjeu de sécurité soulevé. Le comportement des cyclistes, qu'ils soient expérimentés ou non, et ce, quelle que soit leur allure, est une variable avec laquelle il faut toujours prudemment composer... peu importe le revêtement!

    Robert Charland

  • Gilles Delisle - Abonné 8 septembre 2020 11 h 54

    Asphalte ou non?

    Que ce serait agréable de rouler à 70km/heure et plus sur cette piste! J'en vois régulièrement de ces cyclistes sur l'accotemenmt de la 117, roulant à vive allure, presque à égale vitesse que mon auto sur cette route balisée à vitesse réduite.Imaginons ces coureurs qui viendraient rouler sur cette piste cyclable, alors que les enfants et les petites familles se promènent allègrement sur cette piste, encore familiale et toujours pour tous! Les coureurs de la 117 ne rêvent que de cette piste qui ,asphaltée , deviendrait ultra rapide pour ces coureurs! Et je ne parle pas de ces '' planches à roulettes'' , fauteuils roulants et autres ltypes de locomotions à roulettes qui viendraient augmenter le flot de ces nouveaux arrivants qui pourraient perturber le rythme tranquille des amateurs de vélos actuels.

    • Réal Bouchard - Abonné 8 septembre 2020 15 h 50

      Ces rouleurs fuient plutôt ces pistes grand public justement parce qu'ils ne peuvent rouler à pleine vitesse en raison de la présence des simples promeneurs, des familles et donc des risques de collisions.

    • Gilles Delisle - Abonné 8 septembre 2020 16 h 31

      M. Bouchard,

      C'est possible, mais je pense que les grands rouleurs ne peuvent rouler à la vitesse souhaitée, à cause de la piste inégale en terre battue.
      Gilles Delisle

  • Carmen Labelle - Abonnée 8 septembre 2020 17 h 46

    Un asphalte magique?

    Un asphalte qui ne requiert aucun entretien pendant 20 ans? Et vous les avez cru M.Dubé? Trouvez-moi un seul endroit au Québec où l'asphate n'a besoin d'aucun entretien même à court terme. De plus une surface asphaltée gèle plus facilement qu'une surface non asphaltée, toutes les entrées de la province le démontrent tous les hivers. Donc au bord de la rivière, là où le courant est souvent fort à la fin de l'hiver et au printemps, on peut facilement tomber et même glisser dans l'eau si la surface est gelée. Il faut arrêter d'être dupe des lobbys qui vont sortir toutes sorte d'arguments bidons présummément appuyés par de présumées études pour faire passer, et surtout nous faire payer leurs projets

  • Véronique Lebuis - Abonnée 8 septembre 2020 21 h 15

    Imposer sans débattre: réplique d'Alfred Pilon à Monsieur Gilles Dubé

    Le texte auquel vous référez a été co-signé par plusieurs personnes, je précise que je vous réponds à titre personnel. Vous avez raison. Je n’ai pas abordé le fond de la question, la pose d’asphalte. L’intention était d’aborder le fond du problème : ne pas consulter les citoyens sur la transformation radicale d’un sentier en milieu naturel, bref imposer sans débattre.

    Ce projet s’est affiché comme une réalisation de développement durable, plus sécuritaire et plus écologique; au vu des publications officielles de la MRC et de la corporation néanmoins privée du P’tit Train du Nord, rien ne permet de telles assertions. Comment concilier par exemple le large bandeau « développement durable » du seul dépliant promotionnel existant (en ligne) avec la déclaration de la DG de la MRC des Laurentides « au sens de la loi, on n’avait pas à faire de consultation publique »? Comment ne pas être stupéfait qu’on traite de la même manière celles et ceux dont le sentier est un milieu de vie 365 jours par année et la clientèle touristique qui y fera peut-être trois sorties de vélo plutôt que deux durant la saison?

    Vous faites heureusement la démonstration dans votre respectable opinion qu’il y a nécessité de nuances et d’explications. Peut-être avez-vous raison de défendre le bien-fondé de certaines décisions. Comme des centaines d’autres citoyennes et citoyens préoccupés, nous aurions aimé une véritable consultation plutôt qu’un simulacre d’assemblée animée par un seul point de vue et limitée à 40 personnes. Vous faites valoir que d’éminentes personnes ont pris de bonnes décisions pour nous. Dans le cas d’un dossier soulevant autant d’inquiétudes, notamment sur la sécurité des enfants et des ainés, je vous assure que je n’ai pas sous-traité mon droit de parole. Si la décision est si bonne, une vraie consultation aurait peut-être généré une acceptabilité sociale. Vous l’écrivez vous-mêmes : « débattre, faire valoir ses arguments, c’est la manière de faire avancer les choses, de pren

  • Eloi Amesse - Abonné 9 septembre 2020 13 h 41

    Réplique à Gilles Dubé

    L'argumentaire de M. Dubé est très pauvre et ne donne en rien raison à l'asphaltage. Que le sentier ne soit pas naturel n'est en aucun cas une raison pour qu'il le soit moins en ajoutant de l'asphalte dessus. Dailleur, la poussière de roche qui est si polluante sera-t-elle enlevée? Ce n'est pas parce qu'on mettra de l'asphalte dessus qu'elle arrêtera de se répandre dans la rivière. L'asphalte elle, ne se retrouvera jamais dans la rivière elle? Est-ce qu'on connait la toxicité de l'eau qui ruisselle sur une surface asphaltée? Il serait intéressant d'avoir ces informations. Mais chose certaine, l'argument laisse entendre que la poussière de roche ne se retrouvera plus dans l'eau. Comment? Et, sans connaître ça, je crois qu'il y a un consensus scientifique sur le fait que la poussière de roche est moins toxique que le goudron de pétrole qui sert à fabriquer l'asphalte... Ensuite, qu'une décision ne soit pas prise à la vas vite n'en fait pas automatiquement une bonne décision. Pour le fond de l'affaire, il semble qu'il s'agisse d'un problème d'érosion. Il serait bon d'en savoir plus à ce sujet. Mais est-ce que l'asphaltage n'est pas la solution la moins coûteuse? Si oui, nous faisons encore face à ce réflexe de ne pas faire attention à l'environnement parce que ce serait trop coûteux. C'est ce qui nous mène dans cette époque de crise écologique... Et pour finir, la question de la sécurité est évacuée comme si cela n'avait pas vraiment lieu d'être alors qu'elle est assez importante car l'asphalte permet au utilisateurs d'aller plus vite et d'être plus nombreux (planches, patin à roulette). Bref, cette lettre souffre d'un argumentaire assez pauvre et de plus au lieu de démontrer quoi que ce soit, M. Dubé tente de mettre du discrédit sur des gens plutôt que d'enrichir le débat.