Porter ou ne pas porter le masque, telle n’est pas la question

«Les consignes sanitaires s’adaptent au fur et à mesure, au rythme des publications d’études scientifiques», écrit l'autrice.
Photo: Getty Images / iStockphoto «Les consignes sanitaires s’adaptent au fur et à mesure, au rythme des publications d’études scientifiques», écrit l'autrice.

Si vous espériez lire une énième opinion différente sur le port du masque dans le contexte de la pandémie actuelle, détrompez-vous.

Tous les jours, parcourant les réseaux sociaux qui occupent aujourd’hui une place prépondérante dans notre quotidien, je survole nombre de publications, de blogues et d’articles qui exposent chacun leur vision propre du port du masque et des mesures de distanciation sociale, espérant rallier à leur cause de nouveaux disciples. Parfois, ces « messies » apparaissent avoir une certaine crédibilité en raison de leur profession, qu’il s’agisse d’une personne détenant un doctorat dans un domaine pertinent au contexte pandémique ou d’un professionnel qui a de l’expérience dans nos milieux de santé éprouvés par la COVID-19. « Ne devait-on pas cibler seulement les milieux à risque, les CHSLD et les hôpitaux ? » ; « Le confinement aurait dû être imposé beaucoup plus tôt ! » ; « Laissez les enfants jouer ensemble » ; « Le masque est inutile, enlevez-le !  » Ajoutez à cela une panoplie de fausses informations qui circulent sur le Web et vous obtenez une véritable caverne d’Ali Baba !

Où se situer maintenant ?

Il demeure important de se le rappeler : le SRAS-CoV-2 est un nouveau virus. Nouveau pour moi en tant qu’infirmière clinicienne, nouveau pour les médecins avec qui je travaille à l’urgence, nouveau pour les scientifiques, nouveau pour n’importe quel citoyen.

Nouveau pour les membres du gouvernement et de la Direction générale de la santé publique.

Ah, ça, on tend à l’oublier.

Il est si facile de partir à la dérive, se laissant emporter par cette vague égocentrique, de suivre ce mouvement populaire de lynchage public, défendant avec acharnement nos opinions personnelles et écorchant au passage tous ceux avec qui nous sommes en désaccord sur ce sujet si chaud qu’est le coronavirus. Une corde sensible vient d’être touchée lorsque le port du masque est abordé, invitant avec lui la délicate notion des droits et libertés. Quel casse-tête ! C’est ce que doivent se dire chaque jour le premier ministre Legault, le ministre Dubé, le Dr Arruda et les autres acteurs qui les entourent lorsque vient le temps de prendre des décisions qui affecteront tout le Québec. Je n’aimerais pas être à leur place. Et d’ailleurs, vous non plus.

Pourtant, être témoin de prises de parole de citoyens et même de professionnels de la santé qui affirment leur point de vue personnel sur les mesures sanitaires n’est pas rare. La COVID-19 est devenue pour certains la raison de taper sur la tête de son voisin et d’oublier le professionnalisme que requièrent les ordres professionnels dont nombre acteurs du réseau de la santé font partie.

Cette guerre d’opinions a fait un grand perdant.

Ce perdant, c’est l’aîné qui ne peut quitter sa chambre pendant des semaines, car d’autres aînés de sa résidence viennent d’être déclarés positifs.

Ce perdant, ce sont les ressources en santé mentale qui sont plus que débordées en raison de l’augmentation des demandes de services auprès des personnes seules et dépressives.

Ce perdant, ce sont les proches d’un professionnel de la santé qui est décédé des suites de la COVID-19.

Ce perdant, c’est n’importe quelle personne qui se sent perdue entre les consignes données lors des points de presse du gouvernement, l’opinion personnelle d’un médecin antimasques publiée sur Facebook et l’entrevue diffusée à la radio avec un docteur en anthropologie indépendant.

Ça peut autant être vous que moi.

Il devient alors impératif d’être conscient de la portée de ses paroles et de ses actes. Tout comme la mission première des ordres professionnels est la protection du public, posons-nous la question : est-ce que je contribue au bien-être de ceux qui m’écoutent ?

La science évolue, ce n’est pas nouveau. Les connaissances sur le COVID-19, elles, sont nouvelles. Les consignes sanitaires s’adaptent au fur et à mesure, au rythme des publications d’études scientifiques.

Nous avançons, par essais et erreurs, car faute de ligne de conduite préexistante, il ne peut y en être autrement.


 
16 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 2 septembre 2020 06 h 00

    «La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres.»

    Mes droits et ma liberté s'arrêtent s'ils piétinent sur les autres. Je n'ai pas le droit de fumer en public, je n’ai pas le droit de déranger les autres avec ma musique assourdissante, et je n'ai pas le droit de conduire à la vitesse que je désire.
    Ceux et celles qui chialent contre le port du masque en se prétendant des philosophes, en effet, ils masquent la bêtise humaine.
    En anglais on dit: «God must have loved fools, he made so many of them!» Traduction: (Dieu a dû aimer les imbéciles, il en a fait tellement)

  • Mario Gallant - Abonné 2 septembre 2020 06 h 05

    L'opinion d'un connaisseur ne suffit pas toujours...

    Qui accepterait de se faire opérer aux intestins par un plombier, même si ce dernier a une opinion poussée du contenu, ce n'est pas le bon spécialiste. En matière de pandémie, l'opinion d'un manifestant antitout vaut pas mieux que celle du plombier....

    Mario Gallant
    Ste Luce

    • Françoise Labelle - Abonnée 2 septembre 2020 08 h 23

      L'anti-élitisme forcené aboutit à l'absurde, comme vous le soulignez bien, M.Gallant. Un démagogue n’hésite pas à se payer l’élite, après avoir rincé ses intestins au Drano. Il ne faut pas non plus accepter une opinion parce que c'est le grand Dr Raoult qui la professe. Il faut suivre les débats et faire son opinion en se basant sur des données. Y en aura pas de facile!
      Mieux vaut suivre l'avis des experts en santé, qui peut être contesté par d'autres experts, que celui d'une seule personne bardée de médailles. Même si, comme le souligne Mme LaRose, la nouveauté du virus a pris les experts au dépourvu, sauf dans des pays déjà éprouvés par le passé comme la Corée du sud (6 décès par million; 95 fois moins que la Suède et les USA, selon Worldometer).
      Je ne peux «aimer» votre commentaire qu'explicitement, n'ayant pas de compte FB.

      Par contre, je vois mal comment éviter le confinement strict des aînés en résidence, à la lumière de l'exemple des CHSLD ayant paré à l'hécatombe: quarantaine très stricte des employés moindrement suspects, gel du mouvement de personnel à l'intérieur des établissements, confinement des patients. Le maintien à la maison n'est pas une solution pour tous. Il faut chercher à adoucir l'isolement du confinement. À l'ère des bidules électroniques, il me semble que ça devrait se faire, même si c'est un succédané (un mieux que rien). Un écran/caméra en circuit fermé avec un seul piton reliant trois ou quatre patients, par exemple.

  • Danièle Jeannotte - Abonnée 2 septembre 2020 08 h 35

    La lucidité, ça fait du bien

    Merveilleux, ce commentaire de Mme LaRose. Merveilleux d'équilibre et surtout de lucidité. Devant cette jungle où tout un chacun essaie de se faire remarquer en disant n'importe quoi, ça fait du bien d'entendre la voix de la raison.

  • Cyril Dionne - Abonné 2 septembre 2020 09 h 08

    La science obscure des nouveaux et méchants virus au Québec

    Ah ! « Ben ». Le SRAS-CoV-2 est un nouveau virus. Oui, peut-être, mais il n’en demeure pas moins qu’il est dans la même famille que les autres coronavirus où aucun vaccin n’a jamais été trouvé pour aucun de ceux-ci.

    Cela dit, il est peut-être nouveau pour les membres du gouvernement et de la Direction générale de la santé publique du Québec, mais il l’a été aussi pour tout le monde. N’est-ce pas les experts médicaux de l’Ontario qui nous avaient donné l’heure juste en ce qui a trait à notre cher SRAS-CoV-2, et ceci au début de mars, en nous donnant non seulement les mesures à prendre pour éviter des décès inutiles, mais aussi la durée qui allait s’échelonner non pas durant des semaines, mais bien des années? Pardieu, après de multiples hésitations, on nous a présenté un modèle d’un autre pays. Et quelques mois plus tard, le Québec est devenu le 3e au monde pour le nombre de morts par million de population.

    Pour l’histoire des masques, est-ce que vous pourriez m’expliquer pourquoi tellement de travailleurs de la santé, qui le porte correctement et assidûment, ont été infectés?

    Enfin, comme scientifique, n’êtes-vous pas d’accord qu’on devrait s’attarder sur les causes des « orages cytokiniques » chez les patients qui deviennent très malade avec la COVID-19? Pourquoi est-ce que deux personnes identiques en tout point au niveau de la santé, une est très malade et l’autre asymptomatique? Quel gène cause la maladie? Si on exclue les causes de comorbidités et l’âge avancé, pourquoi est-ce que certains ont une réponse immunitaire exagérée face au virus? Si on saurait répondre à ces questions, on pourrait protéger les personnes à risque même sans vaccin efficace et la vie pourrait reprendre son cours normal.

    Pour le perdant, l’aîné qui ne peut quitter sa chambre pendant des semaines, car d’autres aînés de sa résidence viennent d’être déclarés positifs, je n’ai point besoin de leçon à ce sujet. J’ai perdu ma mère au mois de juin que je n’ai pu visiter.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 septembre 2020 10 h 49

      « le Québec est devenu le 3e au monde pour le nombre de morts par million de population »

      Cela vous va bien de vous exprimer doctement sur des questions pour lesquelles vous n'avez manifestement pas plus d'expertise que le commun des mortels. Mais vous pourriez au moins vous abstenir de persister dans la désinformation.

    • Cyril Dionne - Abonné 2 septembre 2020 15 h 35

      Bon, il semble encore que certains n'ont pas encore digéré ma petite farce sur la philosophie et les sciences molles.

      En passant, qu'est-ce que donne 5 764 (nombre de décès du Québec à l'heure de ce commentaire) ÷ 8,45 (population du Québec en million - 2020) ? Et bien, c'est 682 morts par million de population.

      Selon le site www.worldometers.info/coronavirus, le pays qui a le plus de morts par million présentement est le Pérou (876). La Belgique est en 2e place (853) et ensuite vient le Québec, qui est solidement en 3e place (682). L'Espagne occupe la 4e place (623) dans ce palmarès à oublier.

      Ah! La désinformation.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 septembre 2020 22 h 00

      Et le Massachusetts en est 1314. Il est vrai que ce n'est pas un pays, lui non plus.

    • Cyril Dionne - Abonné 2 septembre 2020 23 h 42

      Ah! Le Massachusetts est un état. Au Québec, nous nous considérons comme un pays en devenir. Pas beacoup de référendums au Massachusetts depuis 50 ans.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 septembre 2020 05 h 58

      Que l'un aspire à un statut politique de pays et l'autre pas, c'est évidemment majeur quand on essaie de comprendre comment la pandémie s'y est développée... Soyons sérieux.

  • Vincent Choquette - Abonné 2 septembre 2020 10 h 38

    Ouf

    C'est sans doute le texte le plus rafraîchissant que j'aie lu sur ce sujet jusqu'à maintenant.
    Merci de resituer la question.
    Vincent Choquette, abonné