Peut-on se laisser une chance?

«Si nous critiquons les enseignants et les écoles, nos jeunes perdront leur courage», écrit l'auteur.
Photo: Adil Boukind Le Devoir «Si nous critiquons les enseignants et les écoles, nos jeunes perdront leur courage», écrit l'auteur.

Le 12 mars, nos adolescents ont appris que leurs écoles allaient fermer. À ce moment-là, personne ne pouvait s’imaginer qu’ils ne reprendraient pas le chemin de l’école avant la fin du mois d’août, exception faite des cours offerts à distance.

Certains ont travaillé dans des entreprises essentielles ou, depuis le début de l’été, pour compenser les effets pervers de la PCUE qui a offert aux cégépiens et aux universitaires des vacances payées. D’autres ont « sauvé des vies » en jouant aux jeux vidéo, en visionnant toutes les séries à la mode ou, encore, en clavardant pendant des heures. Combien d’entre eux ont vécu des ruptures amoureuses durant le confinement total ? Combien ont vu leurs parents se déchirer ? Combien ont été témoins des angoisses de leur entourage face au virus ? Combien ont consommé de la drogue ou de l’alcool pour ne pas toucher à leur propre détresse ? Bref, il est temps qu’ils retournent à l’école…

La Santé publique a ordonné des consignes sanitaires pour éviter l’engorgement des hôpitaux. Espérant que la propagation du virus s’estompe, elle a parlé du masque de bien des manières différentes avant de l’imposer. Et ces fameuses classes bulles que les enseignants redoutaient ? Puis, il y a eu les camps d’été, les clubs locaux de sport, les réunions de famille, les manifestations sans respect des consignes sanitaires… sans augmentation alarmante du nombre d’hospitalisations. Pourtant, les mesures étaient fixées dès juin dernier. Certaines écoles les ont respectées pour l’organisation de l’année 2020-2021 et ont essuyé diverses critiques. D’autres ont cru pouvoir organiser des activités parascolaires, comme dans la « vraie vie des gens hors des écoles ». Coincées par les mesures, elles viennent de comprendre que la Santé publique ne le permettait pas.

Depuis plusieurs jours, je prépare mes enfants à cette rentrée bizarre. Et une phrase qui revient souvent est : « Laissez une chance à vos profs, à votre école ! » Somme toute, les écoles doivent adopter des « règles » assez semblables à celles d’un l’hôpital, mais tellement éloignées de la culture scolaire. Peut-on leur reprocher d’avoir besoin de temps ? Bien sûr, le sport, les arts et autres programmes spéciaux sont précieux pour mobiliser les élèves. Et encore plus au secondaire qu’au primaire. Encore plus aujourd’hui, après cinq mois où les jeunes étaient « sur pause ». Et je comprends tellement les ados de ne plus rien comprendre.

J’ai le privilège de faire partie d’une table de discussion qui rassemble des expertises complémentaires pour soutenir le ministre de l’Éducation. Le 7 août dernier, il n’était nullement question de masques au primaire. Puis, Theresa Tam a fait une multitude de sorties de presse alarmistes pour encourager le port du masque dès 10 ans. Toujours est-il que le 10 août, la Santé publique a imposé le masque dès 10 ans. Que s’est-il passé entre le 7 et le 10 août ? Est-ce des scientifiques qui ont fait pression sur Horacio Arruda ? Est-ce que les syndicats sont montés aux barricades pour légitimement protéger leurs membres ? Peut-on seulement comprendre à quel point de nombreux adultes sont effrayés à l’idée de tomber malades ?

Est-ce que les enfants et les ados sont porteurs et transmetteurs ? Les données scientifiques sont contradictoires. Est-ce que prévenir vaut mieux que guérir ? Est-ce qu’il est préférable d’attendre quelques semaines pour voir si une seconde vague se pointera le nez dans le courant du mois de septembre, le mois des rhumes et autres gastros ? Est-il préférable de tempérer les ados pendant encore quelques semaines, plutôt que de prendre le risque que des foyers d’éclosion apparaissent d’une manière envahissante parce que nous aurions été téméraires ?

Je suis plein de compassion pour les ados ignorés depuis des mois. Plusieurs de mes jeunes patients ont manifesté leur désappointement devant l’annulation de leur option pour l’année. Ils ont peur que leur motivation ne tienne pas la route. Ils auront donc besoin d’adultes solides autour d’eux : parents et équipe-école. Si les adultes sont sereins, les jeunes auront plus de chance de rester mobilisés. Si nous critiquons les enseignants et les écoles, nos jeunes perdront leur courage. Nous devons appuyer les profs comme on a soutenu les « anges » durant le printemps. Et s’ils ont peur de tomber malades, peut-on leur donner une chance et tempérer nos critiques ?

Les mesures sanitaires ont certainement permis d’éviter l’engorgement des hôpitaux. Soit. Par contre, les effets collatéraux sont de plus en plus intenses. Il va falloir que, à un moment ou un autre, nous nous posions collectivement des questions pour savoir si la fin justifiait les moyens… D’ici là, serrons-nous les coudes, car notre communauté québécoise en sortira plus solidaire et mieux préparée pour affronter la probable crise économique qui s’en vient…


 
5 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 1 septembre 2020 08 h 06

    L'opération a été un succès mais le patient est mort

    Oui, il faut donner du temps au temps.

    Ceci dit, plusieurs disent que l’année scolaire sera écourtée et notre coronavirus reviendra avec vengeance une fois que nous sommes confinés à l’intérieur à cause des intempéries climatiques de l’automne et de l’hiver. Ajoutez à cela une bonne dose de la saison des grippes et vous avez une tempête parfaite qui se prépare.

    Pourquoi? Parce qu’une récente étude de l’Université d’Oxford et du MIT a révélé que la mauvaise ventilation dans les endroits où la densité de la population est élevée, les écoles, la contamination par aérosols, les fines particules suspendues dans l’air, devient un facteur de risque majeur, masque ou sans masque. Or, la plupart de tous les bâtiments scolaires au Québec ont un système de ventilation inadéquat.

    Pour le reste, les ruptures amoureuses, les divorces ou la consommation de la drogue ou de l’alcool étaient bien présentes avec nous bien avant la pandémie même si celle-ci en a accentué les effets. Nous sommes à la croisée des chemins et on doit se demander si le remède n’est pas en train de tuer le patient. Au Québec, de toute façon, c’est l’échec complet en terme de gestion de crise avec près des deux tiers de décès au Canada et même pas le quart de sa population.

    Enfin, si on se concentrait sur les causes des « orages cytokiniques » chez les patients qui deviennent très malade avec la COVID-19? Pourquoi est-ce que deux personnes identiques en tout point au niveau la santé, une est très malade et l’autre asymptomatique? Quel gène cause la maladie? Si on exclue les causes de comorbidités et l’âge avancé, pourquoi est-ce que certains ont une réponse immunitaire exagérée face au virus?

    Si on saurait répondre à ces questions, on pourrait protéger les personnes à risque même sans vaccin efficace et la vie pourrait reprendre son cours normal. Mais tout cela n’est pas très sexy pour les pharmaceutiques et les milliards de dollars qui en découlent avec un vaccin efficace. Misère.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 2 septembre 2020 09 h 56

      Mme Labelle:" les décès en résidences pour aînés sont justement dus au laxisme face au confinement. "

      Quant à moi, ce serait dû, surtout,à l'erreur politique de ne pas avoir vu à combler les 10 000 postes de préposés manquants, quand c'était le temps.Trois médecins furent ministre de la Santé( Bolduc, Couillard, Barrette); pis Mme Mccan était gestionnaire en Santé.

      Quant au port du masque,on nage dans l'à peu près.Mais, j'estime qu'il vaut mieux être plus prident que mois.Le problème: c'est que les jeunes peuvent être porteurs asymptômatiques et peuvent le transmettre aux personnes à risques: à leurs grands -parents ou à leurs proches ayant des problèmes de santé graves..

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 1 septembre 2020 09 h 24

    Aucun enfant de moin de 18 ans devraient porter le masque et maintenir une distance à l'école, les récrés et les heures de repas ne devraient pas se faire dans la bulle de classe mais comme avant.
    À l'école la manipulation et la disposition du masque est contre productive, le lavage de main, le purel et le lavage des surfaces étaient suffisant.
    Aussi dès la sortie des classes, ils marchent en groupe, échangent gourde et cigarette, manipulent des objets commun, vont au parc et dans leur maison en groupe sans masque ni distantiation .
    Ce qui s'est passé entre le 7 et le 10 août? le ministre sous la loupe des syndicats et des médias pour sa supposé cruauté envers les enseignants qu'ils mettraient en danger volontairement chaque jour par manque de précision dans son plan, misère, à opté pour le modèle canadien, il a acheté la paix sur le dos des enfants, pour faire taire des lobbys alarmistes qui ne lisent pas les études sur le masque et conséquences chez les jeunes.

    • Françoise Labelle - Abonnée 1 septembre 2020 14 h 28

      M.Arès,
      si les chiffres font encore partie de la science,
      d'un les prévisionnistes suédois se sont plantés, https://www.bbc.com/news/world-europe-52395866
      et de deux, la Suède a connu 5 fois plus de décès que le Danemark, 9 fois plus que la Finlande, 12 fois plus que la Norvège et encore beaucoup plus que l'Islande. Et 96 fois plus de décès que la Corée du sud (575 par million contre 6) !!
      La Suède reste surtout endeuillée. Quant au Québec, les décès en résidences pour aînés sont justement dus au laxisme face au confinement et dans les mesures de sécurité et de gestion. Il ne faut pas confondre laxisme et pragmatisme.

      M. le neuroscientifique vous confirmera que l'émotion est nécessaire à la survie. Vous voulez plutôt dire que le cortex pré-frontal doit intervenir pour contextualiser l'émotion, en tenant compte des chiffres, par exemple.
      «La Suède affiche une lourde chute du PIB, malgré le non-confinement» La Presse, 5 août.