Une avancée que les Palestiniens devraient suivre

«Cet accord de paix a établi un avenir visionnaire de prospérité dans la région pour les générations à venir», pense l'auteur.
Photo: Jack Guez Agence France-Presse «Cet accord de paix a établi un avenir visionnaire de prospérité dans la région pour les générations à venir», pense l'auteur.

Après avoir lu l’éditorial de Guy Taillefer dans Le Devoir cette semaine, j’ai dû m’arrêter et me demander comment quelqu’un pouvait prendre un accord de paix historique au Moyen-Orient et en trouver les aspects négatifs, avant même qu’il ne soit signé (« Implacable travail de sape », Le Devoir, 26 août 2020).

La réponse est que des gens comme lui à l’Ouest sont déçus parce qu’ils se sont convaincus pendant des décennies que, dans le conflit israélo-arabe, une partie a raison à 100 % et l’autre a tort. Par conséquent, il ne peut y avoir qu’une seule solution possible, qui est d’accepter toutes les demandes des Palestiniens sans qu’ils aient besoin de négocier ou de faire des compromis.

Cette approche simpliste de la résolution du conflit n’a pas réussi ailleurs dans le monde et n’a mené les Palestiniens nulle part. Elle est maintenant abandonnée par un autre État arabe, et de nombreux éléments indiquent que d’autres pays de la région suivront.

Cet accord de paix a établi un avenir visionnaire de prospérité dans la région pour les générations à venir. Par cet accord, Israël et les Émirats arabes unis ont donné la priorité au bien-être de leurs propres citoyens et se sont engagés à résoudre les désaccords passés.

Malheureusement, cette approche pragmatique et avant-gardiste n’a pas encore été adoptée par les Palestiniens et, à l’instar de Guy Taillefer, ils considèrent cet accord comme un nouvel obstacle à leur « cause ». Au contraire, cet accord devrait signaler aux Palestiniens que d’autres nations vont de l’avant et font la paix avec Israël parce que c’est dans leur intérêt national.

Les Palestiniens doivent retourner à la table des négociations sans aucune condition préalable. À cet égard, insister pour qu’Israël accepte l’Initiative de paix arabe (mise en avant pour la première fois par la ligue arabe en 2002) dans son ensemble, avant le début des négociations, est contradictoire en soi. Ce sentiment de droit, selon lequel on leur doit tout ce qu’ils demandent, a été la principale raison pour laquelle la paix entre Israël et les Palestiniens n’a pas progressé.

À ce jour, les Palestiniens, même les soi-disant modérés, se réfèrent au 14 mai comme étant la nakba — la catastrophe. À leurs yeux, ce qui constitue véritablement une catastrophe n’est pas le contrôle israélien sur la Judée et la Samarie ni les communautés juives qui y habitent, mais bien l’existence d’Israël tout court.

Les Américains proposent désormais un plan de paix, une occasion inédite de faire progresser un processus de paix qui répond aux préoccupations fondamentales en matière de sécurité. Ce plan doit être au minimum retenu comme point de départ pour la reprise des négociations de paix directes entre les Palestiniens et Israël.

Il est clair qu’une grande majorité d’Israéliens estime qu’une solution à deux États reste viable, de par les résultats des dernières élections au Parlement israélien, la Knesset. Israël est prêt à faire des compromis de taille pour pouvoir vivre dans la paix aux côtés de ses voisins palestiniens. Depuis plus de onze ans, Israël fait preuve de leadership et tente de laisser de côté toutes différences passées. Il est temps que cela soit réciproque.

Il n’est pas trop tard pour les Palestiniens de se rasseoir à la table des négociations.


 
14 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 29 août 2020 08 h 58

    Oui, mais il y aura toujours des conditions au préalable

    Bon, que l’État palestinien voit le jour et que la colonisation des territoires occupés par les colons juifs aux accents religieux cesse. En retour, on faudra qu’on accepte un jour qu’Israël a sa place dans le concert des nations et que Jérusalem est la capitale incontestée de l’état juif.

    Oui, les Palestiniens doivent retourner à la table des négociations, mais avec certaines conditions inaliénables au préalable comme celles invoquées dans le premier paragraphe. La paix au Moyen-Orient n’est pas seulement souhaitée et indispensable pour tous les peuples qui y vivent, mais pour la planète entière. Pour cela, il faut que tous les acteurs importants dans cette région du monde acceptent le fait indéfaillible et inaliénable que l’État d’Israël est là pour demeurer et qu’une solution à deux États est primordial à une paix durable.

    Enfin, ce n’est pas au Hamas, au Jihad islamique de négocier ou bien à des représentants du Congrès américain comme Rashida Tlaib et Ilhan Omar de s’ingérer dans ces négociations, mais bien aux représentants palestiniens dûment élus si on peut en trouver et qui fassent l’unanimité. Jamais, durant plus de 50 ans, on a vu des conditions plus propices à des accords de paix permanents. Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud. Demain, il sera peut-être trop tard.

  • Richard Lupien - Abonné 29 août 2020 10 h 14

    Tous ces dirigeants mondiaux qui année après année déplorent la Shoa et le traitement qu'a subit le peuple juif avant et pendant la deuxième guerre mondiale, détournent le regard depuis une vingtaine d’années des souffrances du peuple palestinien. Tous ces dirigeants qui font des courbettes devant les lobbyistes israéliens sont aussi responsables du sort infligé à ce peuple. Comment expliquer que le peuple juif qui a tant souffert sous le régime nazi fasse maintenant souffrir femmes, enfants et hommes jour après jour. Pourtant, un des préceptes de la religion juive dit qu'il ne faut pas faire de tort à son voisin.

    Quel politicien aura le courage ainsi que monsieur Mulroney l'a fait pour dénoncer l'apartheide en Afrique du Sud dans les années 80 pour dénoncer maintenant l'apartheid créé par l’état d’Israël, qui bafoue jour après jour les droits du peuple palestinien depuis plus d'une soixantaine d’années.

    Il y a cette résolution 282 votée par les Nations Unis qui interdit formellement toute construction en territoire occupé.

    Toute proposition offerte par de multiples intervenants, et elles furent nombreuses, à l'ONU par le passé en vue de normaliser la situation en Palestine ce sont vues bloquées par les États-Unis qui ont imposer leur véto catégorique.

    Près d'un million sept cents mille personnes ont signé la pétition du groupe de pression international AVAAZ ( auquel les chinois et les russes n'ont pas accès ) pour dénoncer la volonté d’annexer une partie du Territoire palestinien. C'est là le désir du premier ministre israélien de s'accaparer d'une grande partie de la Palestine.

    La Palestine est reconnue par les Nations Unies. Mais le gouvernement israélien veut en prendre le contrôle, en violation totale du droit international.

    Pratiquement tout le monde s’oppose à cette décision, mais la question est de savoir si quelqu'un va réagir. L'Europe et d'autres pays ont le pouvoir d’inciter Israël à renoncer, mais nos dirigeants doivent d'abord entendre un toll

  • Christian Beaudet - Abonné 29 août 2020 10 h 46

    La raison du plus fort

    Un accord conclu par un pays qui projette l’annexion de territoires conquis avec une monarchie riche de dollars du pétrole sous la bienveillance d’une administration américaine notoirement populiste et ayant des avions de chasse à vendre, un tel accord a un énorme déficit de crédibilité. Pour comprendre ce qui se passe rien ne sert de distribuer les torts entre les Palestiniens et les Israéliens, on n’a qu’à observer le rapport de forces.

  • Suzanne Girard - Abonnée 29 août 2020 11 h 29

    Respectueusement, monsieur le Consul général, j'ai du mal à croire à votre impartialité.

    En réaction à l'éditorial de Guy Taillefer, « Implacable travail de sape », paru dans Le Devoir, 26 août 2020, monsieur le Consul général, vous dites vous demander, entre autres, : «comment quelqu’un pouvait prendre un accord de paix historique au Moyen-Orient et en trouver les aspects négatifs, avant même qu’il ne soit signé »? Ne vaut-il pas mieux, en effet, y réagir avant qu'on ne puisse plus intervenir?

  • Bernard Dupuis - Abonné 29 août 2020 12 h 27

    Un texte d'un paternalisme éhonté

    L’éditorial de Guy Taillefer posait la question fondamentale de ce qui restait aux Palestiniens pour négocier. Non seulement on leur a enlevé la propriété de leurs terres, mais on leur enlève leurs droits fondamentaux : droits à l’autodétermination, droits au développement économique et culturel.

    Il me semble que le texte ci-dessus présente un paternalisme exacerbé. Les Israéliens sont armés jusqu’aux dents et peuvent facilement imposer leurs propres solutions. On peut affirmer n’importe quelles calomnies pour miner la crédibilité des Palestiniens.
    Dire que la plupart des pays arabes sont prêts à suivre l’exemple des Émirats apparaît de plus en plus comme faux et de plus en plus comme un autre procédé de propagande paternaliste.

    Donner la moindre crédibilité au plan proposé par Trump et les Américains apparaît comme le comble de la duplicité. Comment avoir confiance dans le plus grand menteur des présidents de l’histoire des États-Unis? Pour qui nous prend-on?
    e premier geste à poser de la part des Israéliens serait de se débarrasser définitivement de toute suprématie paternaliste de la sorte.

    Bernard Dupuis, 29/08/2020.

    • Pierre Robineault - Abonné 29 août 2020 13 h 01

      Vous avez plus que raison ! Cette intervention d'un consul relève du plus pur et hoteux culot!

    • Richard Lupien - Abonné 29 août 2020 15 h 18

      Partout on réagit

      En éditorial publié le 2 juillet 2020, dans le journal Le Monde à Paris, il est écrit que l'Union Européenne doit réagir de manière forte, claire et concrète à la volonté du premier ministre israélien d’annexer une partie des territoires palestiniens occupés.
      Laura-Julie Perrault écrit ds la Presse+: «....en lisant De la paix à la prospérité, le document de 181 pages préparé par la Maison-Blanche, on a surtout une pressante envie de prendre un stylo rouge pour modifier le vocabulaire utilisé tellement il est loin de la réalité. L’administration Trump a beau avoir passé trois ans à fignoler sa proposition, elle n’a trouvé ni le temps ni le moyen d’impliquer une des deux parties du conflit, les Palestiniens. Le document semble surtout montrer la « bonne entente » entre la Maison-Blanche et Benyamin Nétanyahou. »

      Les Palestiniens ne sont pas les seuls à avoir roulé les yeux jusque dans le fond de la tête. L’ancien premier ministre israélien Ehoud Olmert, dans une lettre ouverte publiée dans le Jerusalem Post, est tout aussi sceptique. Selon l’ancien leader issu du même parti que Nétanyahou, la proposition trumpienne n’est même pas « une base pour commencer une négociation » et encore moins « une recette pour la réconciliation historique entre [les Israéliens] et les Palestiniens », a écrit l’ancien politicien, qui craint plutôt une détérioration de la situation.
      Il nous suffit de parcourir la presse étrangère à travers le monde pour constater que l'arrgancne sera jamais reconnue.

      Dans le Washington Post, du 2 juillet 2020, Ilan Goldenberg qui est l'ancien directeur of the Middle East Security Program at the Center for a New American Security; et qui a participé au département d'état lors des négociations dans le conflit israélien-palestinien déclare que seul la reconnaissance d'un État palestinien serrait la réponse appropriée contrairement à une annexion. Que d'aller de l'avant avec cette volonté d'annexion serait de mettre les bâtons dans les rou