Évitons de créer une injustice en tentant d’en corriger une

«Après l’annonce du Programme de régularisation du statut des
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Après l’annonce du Programme de régularisation du statut des "anges gardiens" par le gouvernement fédéral, plusieurs personnes ont dénoncé l’injustice de celui-ci pour de nombreux demandeurs d’asile qui sont laissés pour compte», écrit l'auteur.

Le programme de régularisation du statut des « anges gardiens » n’est pas parfait, certes, mais au moins il reconnaît le travail des « anges gardiens » de première ligne. C’est quand même mieux que rien !

On se souviendra de l’appel à l’aide du gouvernement du Québec au début du confinement pour le recrutement de préposés aux bénéficiaires (PAB). « On a besoin de bras ! », disait le premier ministre François Legault. Des centaines de personnes avaient répondu à l’appel afin de donner de leur temps, entre autres, dans les CHSLD. On a alors constaté que plusieurs demandeurs d’asile œuvraient déjà dans ce domaine, mais également plusieurs personnes qui étaient en attente d’un statut au Canada.

Dans le contexte actuel, en attendant une deuxième vague annoncée, il apparaît tout à fait logique de souhaiter conserver ces gens en poste. Ces demandeurs d’asile sont déjà formés et font souvent partie d’une équipe de travail. Pour ce faire, leur accorder le statut de résident permanent est la voie appropriée afin d’éviter leur expulsion du Canada et, par le fait même, de perdre cette main-d’œuvre précieuse en période de pandémie.

Après l’annonce du Programme de régularisation du statut des « anges gardiens » par le gouvernement fédéral, plusieurs personnes ont dénoncé l’injustice de celui-ci pour de nombreux demandeurs d’asile qui sont laissés pour compte. Il est question d’agents de sécurité, de personnel d’entretien ainsi que d’employés en cuisine qui occupent ces emplois au sein du système de santé québécois. Ces personnes souhaitent la régularisation du statut de ces travailleurs essentiels.

Bien que je puisse être favorable à cette demande, je crois qu’il faudrait toutefois éviter de créer une autre injustice en tentant d’en corriger une. Ainsi, plusieurs demandeurs d’asile occupent un emploi qui a été classé comme essentiel par le gouvernement du Québec au début de la pandémie. On n’a qu’à penser aux employés d’épicerie, aux commis de stations-service, aux commis en pharmacie, aux livreurs d’épicerie, aux cuisiniers ou aux employés de services de garde, pour ne nommer que ceux-là.

Devrait-on régulariser également le statut de ces personnes ? Que dire également à la mère de famille, demandeuse d’asile, qui a perdu son emploi comme femme de chambre à cause de la COVID-19 et du père de famille, également demandeur d’asile, qui lui a perdu son emploi de serveur toujours à cause de la COVID ? Ne devrait-on pas inclure ces personnes qui se trouvent aussi dans une situation de vulnérabilité dans le programme ?

Il est beaucoup question des demandeurs d’asile qui ont été « anges gardiens », mais on semble oublier que plusieurs personnes qui ne sont pas des demandeurs d’asile, mais qui sont malgré tout en attente d’un statut au Canada (demandes humanitaires, réunification familiale), ont aussi travaillé dans un emploi jugé essentiel, par exemple comme préposés aux bénéficiaires. Ces personnes ne devraient-elles pas être incluses dans le programme de régularisation également ?

Je me répète, le programme n’est pas parfait, mais c’est quand même mieux que rien… Assurons-nous d’abord que ceux qui ont droit au programme actuel de régularisation de statut y auront accès rapidement et que le traitement de ces dossiers soit fait dans des délais raisonnables. Il serait absurde que ces personnes doivent patienter pendant trois ou cinq ans avant d’être fixées sur leur sort.

Il sera toujours temps plus tard d’élargir le programme aux autres personnes en attente d’un statut occupant un emploi classé essentiel, comme les préposés aux bénéficiaires !


 
9 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 22 août 2020 08 h 09

    Parlons ici de la définition de réfugié

    D’emblée, on doit le dire, ce ne sont pas des demandeurs d’asile, mais bien des gens qui ont demandé d’être reçu comme réfugiés. La définition d’un réfugié, selon la convention de Genève, dicte implicitement que se sont les craintes d'être persécuté du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, et qu'on se trouve hors du pays dont nous avons la nationalité et qu'on ne peut du fait de cette crainte, se réclamer de la protection de ce pays dont on se qualifie. Ici, on ne parle aucunement de réfugiés économiques.

    L’appel à l’aide du gouvernement n’allait pas vers ces gens, mais plutôt aux citoyens de la population québécoise. Et ce ne sont pas « les bras » qui ont fait une différence lorsque le Québec est devenu est des pires endroits pour la COVID-19. Combinez à une bureaucratie hors contrôle et qui n’était pas imputable, les gens sans formation, sans préparation et sans éducation, n’ont pas allégé le fardeau de la pandémie, mais l’ont accentué.

    Justement, pour éviter des injustices, au niveau des réfugiés, parce que c’est de cela qu’il s’agit, comment peut-on dire qu’on accepte des gens qui ont triché parce qu’ils avaient de l’argent pour payer des passeurs et soudoyer des gens tout en venant d’un pays sûr alors que les vrais réfugiés se morfondent dans des camps misérables autour de la planète? Non, le programme n’est certainement pas parfait, mais pour qu’il soit juste, il faut que le processus pour les réfugiés soit suivi afin d’aider les gens qui répondent à la définition de « réfugié ».

    Oui, il est aussi absurde que les gens doivent patienter des années alors que leur situation est claire et qu’ils ne se qualifient pas en tant que réfugiés. Ils devraient être retournés chez eux et les appeler à faire une demande d’immigration en bonne et due forme. C’est cela être juste et équitable.

    • Danielle Dufresne - Abonnée 23 août 2020 09 h 38

      C'est pas mal le sens de ma réflexion.

  • Jean Lacoursière - Abonné 22 août 2020 09 h 32

    Après trois lectures...

    ...je ne comprends toujours pas cette lettre d'opinion.

    • Marc Therrien - Abonné 22 août 2020 12 h 02

      Selon ma compréhension, il serait injuste pour l'auteur que tous les réfugiés qui ont travaillé dans des emplois considérés essentiels ne puissent être traités également dans le processus de régularisation de leur statut. Il y aurait donc des travailleurs plus essentiels que d'autres parmi les essentiels, ce qui est bien entendu décevant pour les exclus.

      Marc Therrien

    • Pierre Grandchamp - Abonné 23 août 2020 07 h 46

      A M. Lacoursière

      Le vrai réfugié, en arrivant, obtient le Certificat de sélection du Québec et, plus tard, la résidance permanente du Canada.Ça, c’est un réfugié.

      Le demandeur d’asile arrive par le chemin Roxhan et prie Dieu qu’on l'’accepte , éventuellement , comme réfugié. IL doit attendre d’être convoqué par la Cour de l’Immigration du Canada. Normalement, ce devrait prendre 6 mois; mais ça prenait plus ou moins 2 ans, avant la pandémie. S’il n’est pas accepté, il a 2 choix : 1-il retourne dans on pays 2-il va en appel. Pis il aura une réponse dans 2-3 ans.La Cour de l’Immigration est terriblement en retard; et léÉtait avant la pamdémie.. On me dit que plus ou moins 40% sont refusés en première instance.

      Or, durant la pandémie, des demandeurs d’asile ont travaillé dans les services de première ligne dans les CHSLD.Pour cette raison, les 2 gouvernements ont accepté d’en faire des réfugiés, sans passer par l’étape normale de la Cour de l’Immigration. A situation spéciale, mesure spéciale! Suis d’accord avec cela.

      Doit-on accorder le statut de réfugiés à des demandeurs d’asile ayant travaillé, durant la pandémie, dans des services qui n’étaient pas de première ligne?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 23 août 2020 09 h 27

      M. Therrien écrit : « Selon ma compréhension, il serait injuste pour l'auteur que tous les réfugiés qui ont travaillé dans des emplois considérés essentiels ne puissent être traités également dans le processus de régularisation de leur statut »

      Certains *anges gardiens* ayant travaillé dans les CHSLD ne sont pas des réfugiés. Ce sont des demandeurs d’asile. Ils voudraient qu’on leur reconnaisse le statut de réfugiés.

      Je connais une famille de demandeurs d’asile arrivés le 1er mai 2018, par Roxhan.Ils n’ont pas encore été convoqués par la Cour de l’Immigration. Ils n’ont pas travaillé dans les CHSLD. Pourquoi certains DEMANDEURS D'ASILE, ayant travaillé dans des services de 2e ligne durant la pandémie et arrivés après eux, obtiendraient le statut de réfugiés avant eux, pcq ils ont travaillé dans des services de 2e ordre? Elle serait là l’INJUSTICE!

    • Jean Lacoursière - Abonné 23 août 2020 09 h 56

      Merci de vos explications !
      JL

    • Marc Therrien - Abonné 23 août 2020 11 h 46

      Il semble que j’aie été distrait par le commentaire de M. Dionne. Effectivement, le texte de M. Handfield parle de demandeurs d’asile. Peut-être que je pensais comme M. Dionne qu’il est plus naturel et logique d’être d’abord un réfugié avant d’être un demandeur d’asile, car pourquoi demanderait-on l’asile? Mais, on comprend que la demande d’asile permet de distinguer les réfugiés reconnus des réfugiés non reconnus qui seraient alors de simples explorateurs. Je suis toujours un peu amusé de voir comment les nuances sémantiques apportent parfois plus de confusion que de clarté.

      Marc Therrien

    • Pierre Grandchamp - Abonné 23 août 2020 13 h 13

      En complément. Autrement dit, il y a un système établi pour venir comme réfugié. Pis le gaffeur national du Canada, un certain Trudeau, a invité, à haute voix, des gens demeurant à l'extérieur du pays à s'en venir *illégalement", par Roxhan.Ça entrait à pleines portes.

      Pendant ce temps-là, la Cour de l'Immigration du Canada ne parvient même pas à donner des réponses en des temps minimalement logiques. Alors nous avons des tas de familles, arrivées par Roxhan, qui au bout de 2 ans sont dans l'inconnu. Et si elles sont refusés dans 6 mois, elles peuvent aller en appel en recourant aux services d'aide juridique du Québec. Pis, là, elles seront convoquées dans 2-3 autres années. Pendant ce temps-là, des enfants naissent; des unions de conjoints se font.

      Autrement dit, à mon humle avis, il faudrait fermer Roxhan. Pourquoi l'immense majorité de ces demandeurs d'asile arrivent-ils par le Québec?