L’intimidation des reporters doit cesser

«Plusieurs journalistes ont été insultés simplement parce qu’ils posaient des questions lors des points de presse quotidiens des autorités au printemps dernier», écrivent les auteurs.
Photo: Ronny Hartmann / AFP «Plusieurs journalistes ont été insultés simplement parce qu’ils posaient des questions lors des points de presse quotidiens des autorités au printemps dernier», écrivent les auteurs.

L’agression d’au moins trois journalistes lors de manifestations contre le port du masque obligatoire, la fin de semaine dernière, et les menaces qui ont suivi sur les réseaux sociaux sont hautement préoccupantes et nécessitent une réaction ferme de la part des autorités.

La FPJQ joint sa voix à d’autres qui ont décrié les événements, notamment la vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, qui les juge inacceptables.

Les journalistes qui couvrent un événement le font pour informer le public. Les injurier, les intimider, les agresser ou les empêcher de faire leur travail, de quelque façon que ce soit, prive non seulement le public de l’information à laquelle il a droit, mais brime également la liberté de la presse, un principe fondamental de toute société démocratique. Sans presse libre pour informer le public, la démocratie s’érode et c’est toute la société qui perd ses droits les plus fondamentaux.

La FPJQ estime que les autorités policières doivent faire la lumière sur ces incidents et doivent porter des accusations contre leurs auteurs. Les sanctions à appliquer contre l’homme arrêté pour menaces envers Kariane Bourassa ou toute autre personne qui se rendrait coupable des mêmes gestes devront envoyer à la société un message clair : l’intimidation envers les journalistes est intolérable et doit cesser.

Que ce soient les invectives et la canette de bière lancées au reporter de TVA Yves Poirier, le contact physique non désiré à l’endroit de sa collègue Kariane Bourassa, les insultes répétées au reporter de Radio-Canada Hadi Hassin ou les menaces proférées en ligne à leur endroit, il s’agit de comportements indignes d’une société comme la nôtre. Indignes et, dans les circonstances actuelles, dangereux. En effet, en s’approchant de Kariane Bourassa sans masque et en la touchant, alors que la COVID-19 continue de circuler, ces individus lui ont fait craindre pour sa santé et celle de son caméraman.

Les femmes journalistes, d’ailleurs, sont plus souvent visées par des agressions physiques ou à caractère sexuel. Comme le dénonçait elle-même Kariane Bourassa, « un câlin non désiré n’est pas moins pire qu’une insulte ou des menaces. Les femmes journalistes ne devraient pas avoir à faire leur travail en regardant constamment par-dessus leur épaule pour voir si quelqu’un va entrer dans leur bulle ». On se souvient, notamment, de l’agression visant Valérie-Micaela Bain, journaliste à Radio-Canada ; un individu s’était approché d’elle alors qu’elle couvrait le festival Osheaga, à Montréal en 2017, et avait tenté de l’embrasser. On a vu, également, l’émergence de phénomènes ayant pour but d’inciter les gens à crier des insultes obscènes et sexistes (« Fuck her right in the pussy ») au micro de journalistes lors de couvertures en direct.

Agressions, intimidation, insultes ; ces gestes se sont multipliés au cours des dernières années et la pandémie n’a rien arrangé ; plusieurs journalistes ont été insultés simplement parce qu’ils posaient des questions lors des points de presse quotidiens des autorités au printemps dernier. Il convient de rappeler ce qui est pourtant une évidence : les journalistes ne sont pas les courroies de transmission de qui que ce soit. Ils vérifient, questionnent, doutent, remettent en question. Autant le discours des autorités que celui de manifestants. Les empêcher de le faire, c’est s’empêcher, comme société, de voir les deux côtés d’une médaille.

Il existe une multitude de façons respectueuses de critiquer le travail des médias pour qui estime qu’il est mal fait, la violence n’en est pas une. Les gens qui justifient leurs actions violentes envers les médias en se disant victimes d’un grand complot visant à brimer leur liberté sont des agresseurs. La société doit les traiter comme tels.

9 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 31 juillet 2020 01 h 42

    La diversité des idées est le socle de notre démocratie.

    Malheureusement, Trump a discrédité les médias avec l'accusation qu'elles produisent «les fake news.» Ses disciples croient qu'ils ont raison et ne cachent pas leur haine contre les personnes qui propagent des idées différentes des leurs.
    C'est le résultat de la censure moderne des idées au nom de la bien-pensance. Il faudrait enseigner un cours de la citoyenneté et le respect des idées en démocratie dans nos écoles.

  • François Beaulé - Inscrit 31 juillet 2020 07 h 14

    Information-spectacle

    Ce que défend la FPJQ en la nommant « droit du public à l'information » est dans le cas présent de l'information-spectacle, un show de télévision ayant pour but d'obtenir le maximum de spectateurs afin de vendre de la publicité.

    Le public n'a pas besoin de voir en direct des journalistes qui se mêlent à une foule hostile pour être informé de la tenue d'une manifestation. Si des manifestants ne veulent pas parler aux journalistes alors pourquoi insister avec des caméras qui filment la scène ? Pour faire un show, rien d'autre. Qui s'y frotte, s'y pique !

    En montrant des images sensationnalistes, les journalistes ne font qu'amplifier l'importance d'une manifestation. Ce qui a peu à voir avec le droit du public à une information sobre et rigoureuse.

    • Jacques de Guise - Abonné 31 juillet 2020 09 h 37

      À M. F. Beaulé,

      Moi aussi, ce lissage angélique de la conflictualité sociale commence à m'énerver gravement. Comme disait Shakespeare " If you can't stand the heat, get out of the kitchen"

    • Olivier Demers - Abonné 31 juillet 2020 17 h 01

      Si les manifestants ne veulent pas parler aux journalistes, et bien on ne devrait pas en parler ? Désolé mais c'est ce que je comprends xe votre commentaire... On dirait que d'après votre commentaire "Qui s'y frotte s'y pique", les journalistes font exprès d'y aller pour se faire insulter...

    • Françoise Labelle - Abonnée 31 juillet 2020 17 h 09

      M. de Guise,
      vous êtes cannibale?

  • LiLi Perez - Abonné 31 juillet 2020 08 h 13

    L'éducation sommes nous et nous avons échoué

    L'éducation a échoué, nous ne vivons pas dans le pays de Trump, nous sommes différents, mais il y a des îlots de population où les livres n'arrivent pas, ni n'arrivent jamais. La discipline fait défaut, n'importe quel mauvais homme peut venir vous menacer n'importe où et si vous n'êtes pas fort, vous devez garder la bouche fermée. De quelle liberté parlent le gouverneur principal et son équipe? La liberté des riches qui ne prennent pas les bus ou les transports en commun? La puissance de la force? ou la puissance de l'argent?

  • Roger Bertrand - Abonné 31 juillet 2020 09 h 10

    J'ai pleinement confiance...

    Les artisans et professionnels des médias font un travail que je considère sérieux, documenté, contre vérifié avant publication. S'il peut parfois s'insérer quelques erreurs dans certains écrits, c'est exceptionnel et non intentionnel, et certainement pas malveillant à mon avis. Voilà pourquoi il me semble important de continuer à nous nourrir de telles sources.

  • Raynald Rouette - Abonné 31 juillet 2020 09 h 52

    Le reflet d’une société qui se dégrade chaque jour de plus en plus

    Les réseaux et médias sociaux sont devenus une plaie pour l'humanité, tout le contraire de ce qu'ils promettaient.

    Ici même au Québec, il faut dire et reconnaître aussi que la polarisation et la compétition entre les médias traditionnels eux-mêmes ici a contribué à la détérioration du climat social.

    Le respect de l'autre et l'éducation traditionnelle ne sont plus valorisés étant le résultat le l'ère de l'enfant Roi et du décrochage scolaire depuis, tant par les divers gouvernements, les parents que les enfant eux-mêmes.

    Pas surprenant que beaucoup de professeurs d'expérience aient décidé de (décrocher) cette année et prendre une retraite anticipée malgré les pénalités...