Retrouver l’essentiel

Des pays pourtant très affectés par la pandémie comme l’Espagne, l'Autriche ou comme ici l'Italie, sont les chefs de file de ce vaste mouvement de réouverture, écrit l'auteur.
Photo: Vincenzo Pinto Agence France-Presse Des pays pourtant très affectés par la pandémie comme l’Espagne, l'Autriche ou comme ici l'Italie, sont les chefs de file de ce vaste mouvement de réouverture, écrit l'auteur.

Si la crise sanitaire continue d’affecter l’ensemble de la planète, elle montre aussi à quel point le monde est interrelié, rapproché par cette épreuve extraordinaire. C’est la beauté à laquelle je me rattache, celle d’une fragilité partagée, l’inverse du repli sur soi. Les initiatives numériques se succèdent, démontrant l’importance de notre vie culturelle. Il faut néanmoins avoir la lucidité, la clairvoyance de reconnaître que rien ne remplace la rencontre entre public, artistes et créateurs, dans un espace physique partagé. C’est l’essence même de notre humanité. Le numérique est un palliatif, une solution imparfaite du court terme. À long terme, il sera au mieux un complément.

Cette clairvoyance doit se prolonger dans la reconnaissance de la mission sociale du travail des artistes, des créateurs, au même titre que la santé et l’éducation. La culture est partie intégrante de la formation du citoyen, elle joue un rôle fondamental dans la santé, dans son maintien, pour une humanité éprouvée en quête de repères justement humains et face aux extraordinaires incertitudes qui surgissent actuellement. C’est précisément maintenant que la culture révèle sa nécessité, qu’elle peut pleinement servir de vecteur de cohésion sociale. À quelques semaines d’une rentrée encore très incertaine, nous sommes à des années-lumière de ce qui se fait ailleurs.

Il suffit de regarder un peu partout en Europe, où les exemples de reprise abondent. Chose remarquable, ce sont l’Espagne, l’Italie ou encore l’Autriche, très affectés par la pandémie, qui font figure de leaders dans ce vaste mouvement de réouverture. On propose des concerts distanciés en salle, aux confondantes allures de normalité (j’en ai moi-même fait l’expérience), ou de l’opéra en plein air pour des foules déjà beaucoup plus nombreuses. Le Teatro Real de Madrid présente jusqu’à la fin du mois une Traviata en version intégrale, avec une jauge réduite de moitié et sous de strictes consignes sanitaires, alors que Salzbourg inaugure une version remaniée de son mythique festival, conjuguant pendant un mois théâtre, concert et opéra, pour des assistances limitées à 1000 personnes à l’intérieur. Les places disponibles pour ces manifestations se vendent en un rien de temps. Les gens ont soif du contact vrai.

Il est déplorable qu’en comparaison, six mois après le début de la pandémie, les perspectives qui s’offrent aux arts vivants chez nous, et à l’ensemble du public québécois, soient limitées et toujours aussi peu concrètes. C’est une constatation terrible, alors que les consignes sanitaires demeurent pour plusieurs institutions antinomiques de la viabilité économique d’une éventuelle reprise.

Un festival comme Lanaudière n’existe que par la foisonnante richesse de l’écosystème artistique québécois, il s’y abreuve, été après été. Sans perspective claire de reprise, sans signal fort et rapide, c’est cet écosystème même qui est fragilisé — et plus le temps passe, plus s’aggravent les risques qu’il soit largement endommagé. Si l’on ne jette pas immédiatement les bases d’une véritable réouverture à moyen terme, en expérimentant avec les formats, les répertoires, en faisant la démonstration, surtout, de la viabilité effective de tel ou tel scénario, on expose la culture à des conséquences absolument dramatiques, alors qu’elle est la sève de notre société. Pour éviter l’enlisement, une volonté fédératrice doit se muer en action.

Le Québec est, dans tous les sens du terme, une exception culturelle. Il doit maintenant montrer la voie et jouer le rôle qui lui revient, celui de leader de la reprise pour les arts vivants en Amérique du Nord. Pour que la reprise économique, sociale, sanitaire et écologique soit durable, la culture doit en être le socle — et à l’horizon 2021, de vastes états généraux de la culture s’imposent, tant les défis demeureront nombreux et les réalités, diverses.

4 commentaires
  • Claude Saint-Jarre - Abonné 24 juillet 2020 08 h 49

    Appui

    J'appuie cette proposition vivante.

  • Paul Gagnon - Inscrit 24 juillet 2020 10 h 08

    Il vaut mieux un art vivant qu'un art mort

    d''où les difficultés, sans doute, de Madame Bondil.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 24 juillet 2020 10 h 35

      Mort ou vivant, l'art se doit d'être présent!!

  • Francine Moreau - Abonné 24 juillet 2020 13 h 13

    Que votre appel soit entendu !

    "Le Québec est, dans tous les sens du terme, une exception culturelle. Il doit maintenant montrer la voie et jouer le rôle qui lui revient, celui de leader de la reprise pour les arts vivants en Amérique du Nord." Stimulant, votre appel, et tellement juste, votre comparaison avec ce qui se fait déjà dans certains pays d'Europe ! Oui, immense soif de ces contacts directs avec nos artistes, merci, Renaud Loranger !