Les artisans du Musée des beaux-arts de Montréal

«J’appuie pleinement le conseil d’administration et son président qui ont pris une décision réfléchie et courageuse pour le bien du Musée des Beaux-arts de Montréal», affirme Pierre Bourgie.
Photo: Andrea Wright Flickr CC «J’appuie pleinement le conseil d’administration et son président qui ont pris une décision réfléchie et courageuse pour le bien du Musée des Beaux-arts de Montréal», affirme Pierre Bourgie.

Ma famille et moi avons eu l’immense privilège de nous associer il y a 13 ans déjà au Musée des beaux-arts de Montréal lors de la construction du pavillon qui porte le nom de mes parents et qui abrite la splendide salle de concert que je porte dans mon cœur et que je soutiens avec enthousiasme par l’entremise de ma fondation, Arte Musica, qui est en résidence au Musée.

Le succès retentissant du Musée et l’immense estime populaire dont il bénéficie
aujourd’hui sont l’œuvre d’une cohorte d’employés compétents et engagés animée depuis une quinzaine d’années par sa direc-trice Nathalie Bondil, dont le dynamisme, l’ouverture d’esprit et les talents de communicatrice ne sont un secret pour personne. Nous lui devons beaucoup. Elle aura marqué son époque, comme d’autres l’auront fait avant elle. Nous n’avons qu’à penser à l’ouverture du Pavillon de la paix et des ateliers éducatifs financés par
Michel de la Chenelière. Elle aura su conquérir le cœur des Montréalais et des Québécois.

Malheureusement, les dernières années auront été marquées à l’interne et à l’abri des regards par une lente mais constante dégradation du climat de travail. Plusieurs employés, au fil des ans, ont partagé avec moi, sous le sceau de la confidentialité, leurs frustrations, leurs inquiétudes et parfois même leur colère. J’ai pris acte, avec consternation, de nombreux départs volontaires d’employés compétents ayant accumulé parfois de longues années de bons et loyaux services.

Manifestement, Nathalie n’aura pas su entendre ces voix discordantes que nul pourtant ne pouvait ignorer.

Aujourd’hui, le mal est fait. Cette crise aurait pu être évitée, mais en la déplaçant sur la place publique pour des raisons personnelles, Nathalie aura sans doute fragilisé le Musée qui, rappelons-le, doit aussi son succès au soutien de ses bienfaiteurs. L’argent est frileux, ne l’oublions pas. Aurais-je consenti à associer ma famille au Musée lors de la construction du Pavillon d’art canadien et québécois dans un contexte de pareille tension ? Poser la question est y répondre.

Dans les circonstances, j’appuie pleinement le conseil d’administration et son président, qui ont pris une décision réfléchie et courageuse pour le bien du Musée des beaux-arts de Montréal. La décision de ne pas renouveler le contrat de Nathalie Bondil s’imposait.

Ma famille et moi poursuivrons notre association avec le Musée avec la même détermination et confiants dans l’avenir. Je resterai un ambassadeur convaincu et passionné.

J’aurais souhaité voir Nathalie quitter le Musée par la grande porte, elle le méritait. Elle aura choisi un autre chemin.


 
4 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Abonné 16 juillet 2020 21 h 28

    La mauvaise cible.

    "Plusieurs employés au fil des ans ont partagé avec moi... leurs frustrations, leurs inquiétudes et parfois même leur colère... Aujourd’hui le mal est fait. Cette crise aurait pu être évitée, mais en la déplaçant sur la place publique pour des raisons personnelles, (Madame Bondil) aura sans doute fragilisé le Musée qui, rappelons-le, doit aussi son succès au soutien de ses bienfaiteurs." - Pierre Bourgie

    Il est quand même étrange d'apprendre que certains employés s'autorisent à partager leurs états d'âme, que ces derniers soient justifiés ou non, avec des gens qui, hormis leur apport financier supposément désintéressé, ne sont censés entretenir aucune relation de nature administrative avec le musée.

    Le bris de confidentialité se situe bien davantage à ce niveau que dans la sortie publique d'une directrice qu'on vient de mettre cavalièrement à la porte après plus de douze années de loyaux services.

    Cette "dégradation du climat de travail" qui, suivant les dires de l'auteur, existait depuis longtemps au point même de provoquer le départ de plusieurs employés, n'a pas semblé préoccuper jusqu'à récemment le conseil d'administration et susciter des gestes de sa part. Il est donc surprenant qu'à partir du moment du dépôt du rapport et sans tenir compte de la suspension des activités du fait de la pandémie, on montre presqu'aussitôt la porte à la directrice pour n'avoir pas su régler à temps ce qui semble être un banal problème de relations de travail. Manifestement quelque chose ne colle pas dans ce scénario qui apparaît plutôt comme un règlement de comptes devant écarter les gêneurs.

    Car cet incident en masque un autre plus important: celui de l'ingérence du C.A. - et en particulier de son président - dans la gestion du musée, en particulier dans la sélection de son personnel cadre où les dés semblent pipés d'avance, favorisant des personnes apparentées aux donateurs.

    Une enquête s'impose et les principaux acteurs devront y rendre des comptes.

  • Ginette Masse-Lavoie - Abonnée 17 juillet 2020 00 h 49

    D'accord avec vous.

    Je suis tellement d'accord avec vous, monsieur! Après toutes ces années, quel regrettable gâchis. Certains ont beau dire que le MBAM n'en est pas à sa première tempête, celle-ci est énorme, elle nous laissera un goût amer et causera de lourds dommages.
    Ginette M. Lavoie

  • Raymond Labelle - Abonné 17 juillet 2020 02 h 58

    Fondements du congédiement: dénonciations anonymes et étude secrète.

    La CA du MBAM refuse de donner une copie de l'étude invoquée à l'appui du congédiement de Mme Bondil au gouvernement du Québec, son plus gros subventionnaire (voir: https://www.ledevoir.com/politique/quebec/582584/la-ministre-roy-veut-une-enquete-au-mbam )

    C'est assez extraordinaire - pour avoir l'air sérieux dans les médias, le CA dit qu'un "étude" sérieuse menée par un organisme sérieux a mené à la conclusion qu'il fallait congédier Mme Bondil.

    Mais le CA refuse au gouvernement du Québec, principal subventionnaire du MBAM, de voir cette étude!

    Ha, que telle chose soit démontrée par des "études" (soyons intimidés par la science) non citées et donc que l'on ne peut examiner et contester, on voit ça souvent dans plusieurs domaines.

    • Raymond Labelle - Abonné 17 juillet 2020 07 h 56

      "un organisme sérieux a mené à la conclusion qu'il fallait congédier Mme Bondil." L'organisme lui-même n'arrivait peut-être pas à cette conclusion dans cette étude, mais le MBAM dit s'appuyer sur les conclusions de cette étude dans sa démarche auprès de Mme Bondil en vue de corriger la situation supposément invoquée, qui aurait été réfractaire. Nous ne savons pas commment Mme. Bondil a été approchée et comment elle a réagi, sauf au vu des témoignages contradictoires invérifiables des uns et des autres.

      A-t-on profité de l'enquête de l'organisme pour se plaindre de blessures narcissiques à ses petits égos, le tout devenu par inflation un "climat toxique" ? S'il s'agissait d'inflation, bien sûr que Mme Bondil niait ou nuançait - ce qui a été présenté comme un "déni" donnant une jusitification supplémentaire à son congédiment. Mais nier ce qui est faux, exagéré ou placé hors contexte peut être un déni bien fondé.

      De plus, encore une fois, le MBAM ne veut même pas montrer cette étude au gouvernement du Québec. Ce qui est suspect.

      Bien entendu, comme tout les monde sauf les principaux intéressés, j'ignore ce qui s'est vraiment passé. Et encore, étant donné les éléments subjectifs que cela implique chez les principaux intéressés (une exigence légitime pour un, du harcèlement pour l'autre, prendre ses responsabilités pour l'une, vouloir tout contrôler pour l'autre, etc.), même ce que des principaux intéressés croiraient sincèrement peut refléter des biais cognitifs.