Abolir les écoles privées n’aiderait pas à lutter contre le racisme

Selon les données du ministère de l’Éducation, environ 40% des élèves qui fréquentent une école privée québécoise sont issus de l’immigration, comparativement à 30% pour le réseau public.
Photo: iStock Selon les données du ministère de l’Éducation, environ 40% des élèves qui fréquentent une école privée québécoise sont issus de l’immigration, comparativement à 30% pour le réseau public.

C’est avec surprise que nous avons pris connaissance de la lettre d’opinion « Abolir les écoles privées pour agir contre le racisme » publiée dans Le Devoir le 17 juin. Cela démontre une méconnaissance de la réalité des écoles privées québécoises, lesquelles affichent une belle mixité et accueillent une population représentative des quartiers ou des municipalités dans lesquels elles sont situées.

Comme toutes les autres maisons d’enseignement, nous devons nous questionner sur la présence de racisme systémique entre nos murs. L’école joue un rôle clé dans l’éducation et la socialisation des jeunes, et a une responsabilité importante pour éradiquer le racisme systémique. Nous en sommes bien conscients et nous sommes ouverts à toutes les suggestions qui nous permettront de progresser. Mais abolir le financement des écoles privées, ce qui mènerait à la fermeture de la vaste majorité d’entre elles, ne réglera en rien le problème du racisme au Québec.

Selon les données du ministère de l’Éducation, environ 40 % des élèves qui fréquentent une école privée québécoise sont issus de l’immigration (1re ou 2e génération), comparativement à 30 % pour le réseau public. Cette différence s’explique notamment par le fait que les écoles privées sont plus nombreuses dans les grandes villes, où le taux d’immigration est plus élevé.

Les deux tiers des écoles privées sont subventionnées, ce qui les rend plus accessibles. Plusieurs offrent de l’aide financière aux familles moins fortunées. Cette aide provient des fondations des écoles auxquelles contribuent les anciens, les membres du personnel et les parents d’élèves actuels, dans une perspective de favoriser la mixité scolaire. L’attribution de l’aide financière se fait en fonction des revenus familiaux, et non des résultats scolaires.

Moins d’inégalités

Par ailleurs, l’affirmation selon laquelle le système d’éducation québécois serait le plus inégalitaire au Canada a été démentie dans une étude publiée récemment par le Groupe de recherche sur le capital humain de l’ESG UQAM. Cette étude démontre clairement que le Québec affiche de moins grands écarts que la moyenne canadienne entre les élèves les plus performants et les moins performants. C’est aussi le cas de la Colombie-Britannique, la province qui compte le plus fort pourcentage d’élèves qui fréquentent une école privée. Rien ne permet de conclure que la présence d’écoles privées subventionnées est source d’inégalités scolaires.

Il est vrai qu’au cours des derniers mois, alors que les écoles étaient fermées pour cause de pandémie, les écoles privées ont réussi à assurer une continuité des services éducatifs. Devrait-on les abolir parce qu’elles ont fait un bon travail pour soutenir leurs élèves ? Ne devrait-on pas plutôt profiter de leur expérience pour faire en sorte que tous les élèves québécois puissent bénéficier des mêmes services, advenant une deuxième vague de COVID-19 ? Nous sommes toujours ouverts à échanger et à collaborer avec les différents partenaires en éducation pour améliorer notre système d’éducation au bénéfice de tous les élèves.

15 commentaires
  • Pierre Grandchamp - Abonné 19 juin 2020 07 h 55

    Sur la question du système inégalitaire, je me fie à M. Guy Rocher et au Conseil supérieur de l'Éducation(2016)

    Nous avons 3 volets:1- le privé 2- ce que certains appellent "le privé du public": les programmes particuliers du public 3-la classe ordinaire du public.

    Avis de M. Guy Rocher de la célèbre Commission d'enquête Parent
    « Au Québec, on constate que « 90 % des élèves qui fréquentent une école privée sont dans un établissement favorisé », 10 % dans des écoles « moyennes » et aucun (0 %) dans une école défavorisée. Par contre, ce n’est que 6 % des élèves des écoles publiques qui ont la chance de fréquenter une école favorisée, tandis que 73 % se retrouvent dans des écoles « moyennes » et 21 % dans des écoles défavorisées. Il s’agit là d’un clivage social énorme, d’une injustice criante »-
    https://www.ledevoir.com/opinion/idees/485676/une-profonde-reforme-s-impose-en-education
    …………………………………………………………………………………………

    Avis du Conseil supérieur de l’éducation

    « De plus, c’est au Québec que la proportion d’élèves allant à l’école privée est la plus importante au Canada, à 21,5 pour cent, contre 7,8 pour cent pour l’ensemble du Canada. L’école privée est subventionnée au Québec alors qu’elle ne l’est pas ou peu dans les autres provinces. »https://lactualite.com/actualites/rapport-du-conseil-superieur-de-leducation-inegalites-entre-ecoles-au-quebec/

    « Autrement dit, ceux qui en auraient le plus besoin ne profitent pas des meilleures conditions pour apprendre, ce qui est contraire à l’équité et aux principes énoncés dans le Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ)2 . Par ricochet, les enfants des milieux défavorisés et ceux qui éprouvent des difficultés d’apprentissage sont surreprésentés dans les classes ordinaires des écoles publiques, ce qui peut créer dans ces classes des contextes moins propices au développement, à l’apprentissage et à la réussite.
    http://www1.cse.gouv.qc.ca/fichiers/documents/publ

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 19 juin 2020 09 h 27

      Merci M. Grandchamp,
      Votre utilisation de l'argumentation statistique de Guy Rocher nous éclaire grandement.
      Quant à moi, je trouve que la mission éducative de la société québécoise est (ou devrait être) publique, laïque, égalitaire.

      Tout l'argent public devrait aller aux écoles publiques. Si l'on accepte l'existence des écoles privées, il faudrait logiquement que leurs fonds soient complètement privés. Et il faudrait que le contenu de leur programme éducatif soit conforme à la mission éducative québécoise.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 19 juin 2020 09 h 56

      A chaque automne, le Journal de Montréal publie l’étude de L’Institut Fraser sur l’analyse des résultats des écoles secondaires suite aux examens du MEQ, l’année précédente. A chaque année, j’étudie les résultats sur 2 critères : 1-le privé et le public dans chaque région 2-le public dans des régions plus à l’aise par rapport au public où il y a plus d’écoles défavorisées.

      Je me suis permis d’analyser les données de 2018. D’abord sur les 100 meilleures écoles sur 463, on y trouve 82 du privée. Sur les 18 du public, plusieurs offrent le programme international.

    • Daniel Trottier - Abonné 19 juin 2020 09 h 58

      J’ai déjà expliqué pourquoi je conteste la prise de position de Katherine Frohlich et Bärbel Knäuper, dans leur texte d'opinion dont le titre « Abolir les écoles privées pour agir contre le racisme » relève selon moi de l’expression d’une idéologie primaire, basée sur des données tronquées.

      Il faut prendre en considération la composition de l’effectif scolaire du privé, où la proportion de jeunes issus de l’immigration est supérieure à celle du secteur public. Si le privé n’était pas en partie financé par l’État, on peut penser que cette proportion diminuerait, compte tenu de la situation économique des familles issues de l’immigration de 1re et même de 2e génération. Cela dit, je déplore justement cet état de fait : que ces familles souffrent de conditions difficiles. La discrimination systémique y est pour quelque chose. Si vous voulez à tout prix accélérer le mouvement, augmentez ne serait-ce que de 50 % les droits de scolarité à l’école privée.

      On ne pourra reprocher à des familles modestes, peu importe leur origine, de rechercher ce qu’elles croient être le mieux pour leurs enfants. L’effet culpabilisant pour les parents de jugements non fondés sur la population scolaire du privé est contre-productif.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 19 juin 2020 10 h 46

      Dernière intervention.BIen sûr qu'Il ne faut pas faire disparaître les écoles privées.Mon intervention porte sur l'aspect inégalitaire du système que conteste le signataire de la présente lettre.

      Finalement, j’ai comparé les données de 2 collèges privés dans mon coin avec celles de 2 écoles publiques, dans mon coi, ne dispensant pas de programme particulier. N.B. EHDAA+handicapés, problèmes d'adapatation/et ou d'apprentissage

      École privée A; 4.1% d’élèves en retard……14.0% EHDAA…….3.5% échecs
      Moyenne en français :73.4%......En maths : 79.1%

      École privée B; 2 % d’élèves en retard……13.7% EHDAA…….6.5% échecs
      Moyenne en français :76.1%......En maths : 82.7%
      ………………………………………………………………………………………………

      École publique C : 29.9 % d’élèves en retard……47.8 % EHDAA……22.4% échecs
      Moyenne en français :66.1%......En maths : 65.3%

      École publique D : 31.7% d’élèves en retard……38.4% EHDAA…….31.8% échecs
      Moyenne en français :59%......En maths : 71%

    • Pierre Grandchamp - Abonné 19 juin 2020 12 h 30

      @ M. Marcoux

      "L'inégalité" se manifeste, aussi, avec la loi sur la laïcité s'appliquant à l'école publique; mais, aucunement, à l'école privée.Alors le/la prof au collège privé Saint-Sacrement ne serait pas en situation d'autorité. Bon! Mais, le/la prof ``a l'école publique Gérard-Fillion le serait.

    • Marc Pelletier - Abonné 19 juin 2020 12 h 57

      M. Pierre Grandchamp,

      Raison de plus pour injecter plus de $$$ dans les écoles publiques, tout en y ajoutant des spécialistes en nombre suffisants, car cette lacune ressemble trop à ce qui se passe dans le CHSLD.

      L'école privé donne de bons résultats, alors, raison de plus pour y conserver le statu quo afin de ne pas la faire plonger vers le bas....

      Il faut s'assurer, en lui donnant les outils suffisants, que l'école publique puisse viser, sinon atteindre, ce même niveau de réussite.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 19 juin 2020 15 h 21

      En complément.

      La question de système inégalitaire, en ce qui me concerne,n'a jamais été une patente idéologique mais le fruit d'une constation, année après année. Surtout, depuis 15-20 ans, avec l'apparition des programmes particuliers au public. Cela se manifeste clairement quand on analyse les résultats de l'Institut Fraser, suite aux examens du Ministère.

      Je connais une école secondaire publique, en région, non située au centre régional et s'y trouve un collège privé tout près à moins de un kilomètre......et une autre collège privé. bien coté. à quelque 20 km....Selon les données de Fraser, dans les relevés de 2014 à 2018, elle se situe dans les 10 dernières sur 420. Pourquoi? Parce qu'en plus d'en perdre au profit du privé, elle en perd un bon nombre qui s'en vont dans des programmes particuliers dans des écoles publiques situées dans le centre régional.

      P.S. Je comprends parfaitement le privé de se défendre.

  • Marc Pelletier - Abonné 19 juin 2020 08 h 57

    Ramener les pendules à l'heure

    Merci M.David Bowles de donner l'heure juste avec des références qui démontrent la crédibilité de votre propos.

    - Vous mentionnez, selon les données du Ministère de l'éducation, que 40 % des étudiants au privé sont issus de l'immigration, alors que le public en reçoit 30 %.

    - Vous dites aussi que des Fondations, dans des écoles privées viennent en " aide aux familles moins fortunées : je confirme en tant qu'ancien d'un de ces établissements.

    - Vous soulignez que " le Groupe de recherche sur le capital humain de l'ESG UQAM " a établi qu'il y avait moins d'écarts dans le résultats des plus performants et des moins performants. Il en est de même dans les écoles privées en C.B., selon votre propos.

    - En période de pandémie, les écoles privées au Québec ont " Fait ce que doit ", alors que le public, pour x raisons, n'a pas su ou pu livrer la marchandise : d'ailleurs ce constat est bien connu du grand public.

    À nouveau merci M. Bowles pour votre texte d'opinion, car des idéologues partisans nous guident parfois sur de fausses pistes pour promouvoir leur cause.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 20 juin 2020 10 h 04

      M.Pelletier à lire cette article au sujet d,Un enseignante idéologue, à chaque jour, dans une classe *ordinaire*..


      "Cette pandémie me démontre en pleine face à quel point c’est inégal. J’ai des élèves en situation d’échec qui auraient peut-être pu s’en sortir mais qui risquent de ne pas y arriver parce que leurs parents n’ont pas d’ordinateur."

      https://www.lapresse.ca/actualites/education/2020-06-20/l-ecole-publique-secteur-regulier-l-ecole-mal-aimee

  • Marc Pelletier - Abonné 19 juin 2020 09 h 16

    Décrochage

    J'aimerais connaître, à titre de comparaison, le taux de décrochage dans les écoles publiques et dans les écoles privées.

    Si le % est égal, ce dont je doute, je remettrais en doute ma conviction qu'il ne faut pas égaliser par le bas, en n'ayant qu'un système public à offrir à nos enfants.

    Jusqu'à preuve du contraire, je crois encore qu'il n'y a pas de risque à prendre : l'histoire récente vécue dans les écoles lors de la pandémie conforte mon avis sur ce sujet.

  • Christian Beaudet - Abonné 19 juin 2020 09 h 26

    Ça se voit pourtant à l’œil dans les cours d'école!

    M. Bowles allez voir les cours d'écoles publiques à ville Vanier et celles des écoles privées de Sillery. En sélectionnant les élèves par concours d'entrée et par la capacité de payer des parents il n'y a pas de discrimination au sens légal mais il y a bel et bien un favoritisme systémique et une barrière à la mixité sociale. Les enfants des écoles privées voyagent par le monde mais pas dans les quartiers pauvres de leur propre ville.

  • Daniel Trottier - Abonné 19 juin 2020 10 h 13

    Les avis du Conseil supérieur de l'éducation (CSE)

    Le CSE est-il idéologique ? Lorsqu’il choisit de ne pas prendre en considération certaines données de recherche pour mieux épouser une thèse et alimenter sa pensée unique, il y a de quoi se poser des questions. La récente étude des profs de l’UQAM Haeck, Lefebvre et Merrigan, citée par Francis Vailles (La Presse Plus, 10 juin) et David Bowles, démonte point par point le préjugé tenace selon lequel notre système d’éducation est le plus inégalitaire au pays.

    Extrait du commentaire de Francis Vailles: « Le système scolaire du Québec fait aussi bien que le Danemark et la Finlande, tant pour l’écart de résultats riches-pauvres que pour celui entre les plus doués et les moins doués.» Rappelons que ces pays sont souvent cités en exemple par les nombreux donneurs de leçons qui encombrent nos médias et nos facultés. » Source : The Evolution of Cognitive Skills Inequalities by Socioeconomic Status across Canada (https://bit.ly/30SoQsO).
    Le jour où le CSE citera cette recherche, je serai porté à nuancer mes observations sur ses penchants.

    Ah oui : les écoles catholiques de l’Ontario sont publiques, bien sûr ! Pas besoin de majuscules, M. Grandchamp, détendez-vous. Mais convenez qu’il s’agit d’une situation unique, d’un régime séparé issu de notre constitution. La Cour suprême du Canada a déjà confirmé qu’en raison de l’article 93 de la Loi constitutionnelle de 1867, l’Ontario avait le droit de financer les écoles séparées catholiques (https://bit.ly/3fxhPBM). On a souvent glosé en ces pages sur la nécessité de cesser le financement public de nos écoles religieuses privées au Québec, avouez que ça ne manque pas de sel.