Abolir les écoles privées pour agir contre le racisme

Au secondaire, quatre élèves sur dix fréquentent l’école privée à Montréal (39%) et à Québec (42%), déplorent les autrices.
Photo: iStock Au secondaire, quatre élèves sur dix fréquentent l’école privée à Montréal (39%) et à Québec (42%), déplorent les autrices.

L’éducation est le déterminant le plus important de la santé de la population. C’est un fait bien connu en matière de santé publique. Plus une population est instruite, plus ses membres sont en bonne santé et vivent longtemps. Une éducation de bonne qualité pour tous les enfants et les jeunes est donc un garant d’équité et de santé pour l’ensemble de la population.

Malheureusement, le système scolaire québécois est reconnu pour être le plus inégalitaire au Canada, entre autres à cause de la place importante qu’occupe l’école privée. Un élève québécois sur cinq (21,5 %) va au privé, comparativement à 7,8 % pour l’ensemble du Canada. Au secondaire, quatre élèves sur dix fréquentent l’école privée à Montréal (39 %) et à Québec (42 %). S’ajoute à cela le fait que 82,9 % des enfants issus de l’immigration de première génération vont à l’école publique et qu’il y a beaucoup plus d’élèves de groupes racialisés en milieux défavorisés (où la possibilité d’accéder aux écoles privées est difficile, voire impossible). Concrètement, cela signifie qu’en raison de notre système scolaire à deux niveaux, les plus aisés sur le plan socio-économique et ethnique reçoivent une meilleure éducation et vivent en moyenne en meilleure santé et plus longtemps que leurs homologues moins favorisés.

Les inégalités que ce système a entretenues au fil du temps viennent de s’aggraver avec la mauvaise réaction du ministre de l’Éducation à la pandémie de COVID-19.

Dans un récent projet de recherche sur la COVID-19 mené par la chaire Myriagone de l’Université de Montréal, on voit que les jeunes de 13 à 19 ans racontent des histoires très différentes sur leur expérience de la pandémie. Ceux des écoles publiques se sont sentis abandonnés par le système, lâché. Ils étaient pleinement conscients que la réponse du système éducatif à la pandémie leur laissait peu de possibilités d’apprentissage. Ils savaient également que leurs homologues du système privé prenaient de l’avance dans la vie étant donné les privilèges que le système scolaire privé leur offrait. En contrepartie, les jeunes des écoles privées ont raconté que, pendant la pandémie, leur scolarité s’était déroulée comme d’habitude : des journées remplies d’enseignement, de devoirs et de projets, comme avant la pandémie.

Un appel à l’audace

La recherche sur les iniquités sociales au Québec démontre que les citoyens québécois privilégiés sur les plans racial, ethnique et socio-économique ont accès à l’enseignement privé en raison de leur capacité de payer. Cela signifie que le racisme structurel commence, au moins en partie, avec notre système d’éducation à deux vitesses. Les gens, et particulièrement les jeunes du monde entier, dénoncent, par le biais du mouvement Black Lives Matter, le racisme systémique endémique dans nos pays. Ils demandent un changement — un monde meilleur et plus juste. Même notre premier ministre, M. François Legault, parle de la nécessité d’une évolution tranquille pour améliorer la condition des peuples racisés. Il a même créé un comité de travail pour traiter de la question. Il se dit pragmatique et cherche des solutions pragmatiques.

Nous lui proposons, ainsi qu’à la CAQ et à toute la population québécoise, de penser avec audace à la société que nous voulons construire au Québec après la pandémie. Une des solutions est simple : cesser d’investir des fonds publics dans l’école privée, obliger les écoles privées à accueillir davantage d’élèves en difficulté et provenant des milieux racisés et augmenter le financement des services aux élèves dans le réseau public. La mixité socio-économique et ethnique n’est pas seulement importante en matière de citoyenneté et de cohésion sociale, elle améliore les résultats de l’apprentissage pour tous.

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