Les chefs: un monde d’hommes!

«Ce ne sont pas tant les règlements ou les modalités de recrutement de l’émission qui sont en cause, du moins jusqu’à preuve du contraire, mais le milieu de la gastronomie lui-même», souligne l'auteur.
Photo: Marc-André Lapierre Radio-Canada «Ce ne sont pas tant les règlements ou les modalités de recrutement de l’émission qui sont en cause, du moins jusqu’à preuve du contraire, mais le milieu de la gastronomie lui-même», souligne l'auteur.

La finale de lundi soir de la 10e saison de l’émission Les chefs ! a couronné un chef masculin qui a brillé par son originalité et sa ténacité. Dans cette finale de Radio-Canada, trois jeunes hommes s’affrontaient puisque la candidate féminine avait été éliminée à l’émission précédente. Au départ 13 candidats : 9 gars et 4 filles. Dès le départ, on est loin de la parité hommes-femmes.

Du côté des juges, trois hommes reconnus dans leur profession, Jean-Luc Boulay, Normand Laprise et Pasquale Vari. Pour l’animation une femme charmante, Élyse Marquis, mais tout le travail sérieux de coach, de motivation, de démonstration et de savoir-faire est assumé par un homme : le chef Daniel Vézina. On est encore plus loin de la parité.

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que le gagnant soit un homme.

Ce ne sont pas tant les règlements ou les modalités de recrutement de l’émission qui sont en cause, du moins jusqu’à preuve du contraire, mais le milieu de la gastronomie lui-même : une culture organisationnelle machiste avec des valeurs et des attitudes où excellent et dominent les hommes, regroupés en brigades comme dans l’armée et clamant leurs fameux cris de ralliement guerrier : « Oui chef ! »

La gastronomie est un monde d’hommes et la cuisine de tous les jours est essentiellement un monde de femmes, sauf lorsque l’on parle affaires : l’empire Ricardo en est l’illustration flagrante. Les hommes dominent aussi les émissions culinaires, outre l’omniprésence médiatique de Ricardo, mentionnons notamment Christian Bégin (Curieux Bégin) et Martin Picard (Un chef à ma cabane).

La situation gastronomique au Québec est à l’image de celle en France. Dans les pages du Devoir du 22 février dernier, on nous rappelait que « lors de l’édition 2019 du Bocuse d’or […] il n’y avait que 2 femmes sur 24 chefs participants et 1 femme dans le jury composé de 24 chefs », d’où la conclusion de la journaliste Catherine Lefebvre : « Manifestement, l’univers de la restauration est masculin. »

Prenons un seul exemple au niveau de la formation : l’ITHQ. 19 enseignants en techniques de cuisine, dont Pasquale Vari, et une seule femme. Côté technique de pâtisserie, qui demande peut-être plus de finesse (sic) c’est à peine mieux.

Sur 9 enseignants, 3 femmes. Pourtant, depuis la nomination en 2015 de la directrice générale, Mme Liza Frulla, l’ITHQ a connu un essor considérable et le dynamisme de l’institution est reconnu autant au Québec qu’à l’étranger. Seule ombre au tableau, l’institut perpétue la domination des hommes en gastronomie.

On soulignera la présence et l’excellence au Québec de plus en plus marquée de femmes cheffes de grands restaurants, mais le milieu demeure dominé par les hommes. Et que dire du harcèlement dont sont victimes les femmes qui s’aventurent dans ce monde d’hommes. À la lumière du mouvement #MoiAussi (ou #MeToo), où quelques chefs ont été accusés de harcèlement, voire d’inconduite sexuelle (le plus connu étant Mario Batali, à New York), les femmes ne sont pas toujours les bienvenues.

2 commentaires
  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 12 juin 2020 07 h 06

    Comme dans le milieu de la mode...une industrie pour les femmes où les hommes sont rois ...

    Je ne pense pas que les hommes soient de meilleur chef ou designer que les femmes c'est juste une injustice systémique...

  • Paul Gagnon - Inscrit 12 juin 2020 09 h 57

    Il faut faire comme dans « Le Couperet » (2005) de Costa-Gavras...

    ... éliminer la concurrence.
    Bref, les hommes.
    C'est parti!