La réforme du PEQ nous concerne tous

À gauche de la photo, le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne À gauche de la photo, le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette

La pandémie a touché tout le Québec, mais la nouvelle mouture du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), annoncée jeudi dernier par Simon Jolin-Barrette, vient donner le coup de grâce à des dizaines de milliers d’immigrants et dévoile une vision inquiétante pour l’avenir du Québec.

Puisque le diable est dans les détails, allons à sa rencontre.

Dans cette nouvelle mouture du PEQ, il sera demandé d’un à trois ans d’expérience professionnelle à tout diplômé du Québec avant de pouvoir présenter une demande de résidence permanente.

Pourtant, en fonction du diplôme obtenu, la durée d’expérience professionnelle requise pourra dépasser celle du permis de travail délivré à la fin du diplôme ; il sera donc très compliqué pour ces étudiants de rester au Québec après leurs études.

De plus, cette réforme place le Québec au même niveau que les autres provinces, où une année d’expérience professionnelle est déjà requise avant de faire une demande de résidence permanente.

Le Québec pouvait se targuer d’être une province où il était plus facile de s’installer après ses études, ce ne sera désormais plus le cas. Pour le Québec, cela a des conséquences bien concrètes : ses établissements d’éducation perdront soudainement leur avantage compétitif.

Un nombre peu négligeable de cégeps et d’universités sont en partie financés par les droits de scolarité élevés que paient les étudiants étrangers. Nous pensons particulièrement aux cégeps en région et à tous les Québécois qui les fréquentent, pour qui les possibilités en éducation pourraient diminuer, en même temps que le nombre d’étudiants internationaux dans la province. Ces derniers auraient avantage à choisir d’autres provinces, qui profiteraient de leur expertise.

Les talents internationaux

Pour les travailleurs, le tableau est encore plus sombre. Là où le reste du Canada demande un an d’expérience professionnelle (voire moins, dans certaines provinces) avant de pouvoir faire une demande de résidence permanente, le Québec demandera désormais trois ans.

Pourtant, la plupart des permis de travail ouverts ne couvrent même pas cette durée.

Pour obtenir trois ans d’expérience, il faudrait systématiquement passer par un permis de travail fermé. Ces permis sont rares et demandent beaucoup de temps et d’argent à l’employeur, représentant donc un frein important à l’attraction des talents.

De plus, ces permis empêchent les travailleurs de changer d’employeur ou de quitter un emploi, sous peine de devoir quitter le pays ; les abus liés à ces permis sont très documentés.

Avec cette réforme du PEQ, le Québec se priverait, pour les prochaines années au moins, de milliers de travailleurs qualifiés.

Ces travailleurs iront là où ils pourront obtenir un statut moins précaire, c’est-à-dire dans n’importe quelle autre province du Canada.

Le Québec se priverait également de milliers de travailleurs que nous qualifions d’essentiels depuis plusieurs mois. En effet, les personnes ayant des emplois des catégories C et D ne seront plus admissibles au PEQ. La pandémie a prouvé au gouvernement que ces travailleurs doivent être davantage valorisés.

Pourtant, il décide de ne pas leur ouvrir ses portes.

Nous sommes à une période charnière de notre histoire, après une pandémie qui a remis de nombreux compteurs à zéro. C’est le moment idéal, pour nous tous, de réfléchir au Québec de demain.

Plusieurs générations d’immigrants ont enrichi et fait du Québec un endroit qu’on aime ; il est difficile de penser que nous pourrons sortir de la crise de la COVID-19 sans eux. Cette réforme illustre une vision peu ambitieuse de l’avenir de notre province. C’est donc ça, la « nouvelle normalité » ?


* Signataires : Claire Launay, conseillère associée en affaires publiques, arrivée au Québec en 2011 ; Thibault Camara, scientifique de données, arrivé au Québec en 2014 ; Clément Sageste, comédien et étudiant en photographie, arrivé au Québec en 2015 ; Fanny Lemaire, architecte, arrivée au Québec en 2018 ; Aurélie Bellisi, recherchiste et réalisatrice, arrivée au Québec en 2018​

Cosignataires : Catherine Fournier, députée de Marie-Victorin, née au Québec ; Andrés Fontecilla, député de Laurier-Dorion, arrivé au Québec en 1981 ; Julius Grey, avocat, arrivé au Québec en 1957 ; Noémie Veilleux, présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec, née au Québec ; Jade Marcil, présidente à Union étudiante du Québec, née au Québec ; Bochra Manaï, docteure diplômée de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et professionnelle du communautaire, arrivée au Québec en 2009 ; Cheolki Yoon, Centre des travailleuses et travailleurs immigrants (CTI), arrivé au Québec en 2011 ; Simon Telles, président de Force Jeunesse, né au Québec

Notes

1: Exemples d'emplois de niveau de compétence C : réceptionniste de bureau, commis à la saisie des données, assistant de bibliothèque, facteur, assistant dentaire, aide-infirmier, gardien d'enfant en milieu familial, aide-enseignant au niveau primaire et secondaire, barman, serveur d'aliments et de boissons, réceptionniste d'hôtel, guide touristique, manutentionnaire, conducteur de camions…

2: Exemples d'emplois de niveau de compétence D : caissier, préposé de station-service, serveur au comptoir, portier d'hôtel, nettoyeur d'hôtel, manœuvre à la démolition, aide-mécanicien, manœuvre de travaux publics, aide-déménageur, manœuvre à la récolte, aide-jardinier, manœuvre de mine, manœuvre de l'exploitation forestière, manœuvre en métallurgie, nettoyeur de machines textiles , empaqueteur d'aliments congelés...

11 commentaires
  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 10 juin 2020 10 h 43

    Je suis pour cette réforme à 100%.
    Concentrons nos efforts sur des programmes pour aider sur nos milliers de décrocheurs à combler les secteurs en demande plutôt que de paresseusement se tourner vers l'extérieur à chaque fois.
    Ensuite, il sera peut être plus difficile de rester au QC pour ses étudiants étrangers mais c'est ainsi, le coût et la qualité de vie étant incomparable au QC versus le canada, le désagrément en vaut grandement la peine.

    Nous devons réduire le décrochage à tout prix et augmenter le nombre d'inscription et de diplômation chez nos jeunes Québécois.
    Voilà le défi, sinon, on ne fait qu'éteindre des feux.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 10 juin 2020 12 h 00

      je n'avais pas pensé à cet angle. Les immigrants médecins ou ingénieurs qui ne peuvent pas pratiquer, me semble abusif. Il faudrait en discuter et régler ça vite.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 10 juin 2020 13 h 13

      Connaissant ce ministre Jolin Barrette gaffeur, j’attends de voir les réactions des employeurs et des dirigeants scolaires de tous les niveaux. Je sais pertinemment que, en régions, certains programmes survivent en raison de la présence d’étudiants étrangers.

      J’ose espérer que ceux arrivés avant cette dernière annonce ne seront pas pénalisés.

      Je trouve dommage que cela sorte à ce moment-ci, alors que nos préoccupations sont ailleurs. Je regrette mais je me méfie de ce ministre!!!

  • Anne Bernard - Abonnée 10 juin 2020 12 h 10

    Il était temps que le PEQ soit recadré

    Cette réforme du PEC était non seulement nécessaire mais essentielle. Le programme était devenue un fourre tout et une voie de contournement au programme des travailleurs qualifiés ou les candidats doivent attendre de 3 a 4 ans avant d'être sélectionnés. Le PEQ fait les beaux jours des consultants en immigration qui recrutent des jeunes a l'étranger a fort prix et, la plupart du temps, les inscrivent dans des programmes de formation courte a MONTRÉAL et souvent en anglais, garantissant ainsi une voix de passage rapide a des jeunes qui n'ont pas fait de démarche de réflexion véritable sur leur désir d'émigrer et de sélectionner un pays plutôt qu'un autre. Ils arrivent ici très souvent dans la plus grande ignorance de leur future société d'accueil et par la suite, fiers de leurs études de 900 ou 1800 heures de formation, ils s'installent irrémediablement a Montréal alors que la grande majorité des besoins d'emplois sont en région. Le chat est sorti du sac cette semaine lorsqu'un étudiant dénoncait le nouveau PEQ parce que les futurs emplois dans son domaine d'études se situaient en région et qu'il disait être venus ici pour s'installer a Montréal. Voila pourquoi la régorme était necessaire. Ce n'est pas une réforme faite pour les candidats a l'immigration mais une réfome nécessaire pour les intérêts du Québec. On ne peut plus continuer d'avoir 2 Québec sociologique, celui de Montréal, multiethnique et anglicisé, et celui des régions ou tout se passe en francais, sans penser aux conséquences profondes que cela aura sur l'avenir de notre société, faut-il le rappeler une société minorité et fragilisée en Amérique du Nord. Nous demeurons l'une des sociétés les plus ouvertes au monde ( il suffit de se comparer) malgré ce que l'on veut nous faire croire.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 10 juin 2020 14 h 04

      D'accord pour un recadrement. Mais, certains programmes en régions pourraient être mis en difficultés sans la présence d'étudiants étrangers.J'attends de voir la réaction des dirigeants de nos institutions scolaires...

      Je sais que le groupement des " Manufacturiers et Exportateurs du Québec s'explique mal l'augmentation des délais de traitement des dossiers, de 20 jours à 6 mois".

      Cégep de Baie Comeau

      "En effet, en TACH) aménagement cynégétique et halieutique), 55 des 121 étudiants proviennent de l’étranger, soit 45 %. Cette proportion s’élève à 55 % en technologie forestière, soit 21 étudiants sur 38, et de 22 % en techniques de comptabilité et de gestion (5 sur 23).
      https://www.lemanic.ca/2019/11/06/le-cegep-de-baie-comeau-craint-les-impacts-de-la-reforme-de-limmigration/
      Aménagement cynégétique et halieutique (TACH) (Techniques d')

      UQAR
      Le nombre d’étudiants étrangers a bondi de 17 % à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), faisant en sorte que cet automne, ceux-ci sont 557 à poursuivre leurs études aux campus de Lévis et de Rimouski. https://www.lavantage.qc.ca/article/2019/09/16/un-nombre-record-d-etudiants-etrangers-cet-automne-a-l-uqar

    • Pierre Grandchamp - Abonné 10 juin 2020 16 h 15

      "Aujourd'hui, quelque 45 % des étudiants proviennent de l'international.". Cégep Matane.

      "Plus de 100 étudiants internationaux au Cégep de Thetford Mines."

    • Pierre Grandchamp - Abonné 10 juin 2020 17 h 57

      En conclusion. A mon oeil, le danger, c'est de perdre des étudiants brillants en rendant trop compliquée l'obtention du certificat de sélection du Québec....On verra!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 11 juin 2020 07 h 18

      "fiers de leurs études de 900 ou 1800 heures de formation"...En cela, vous évoquez un programme professionnel de niveau secondaire.

      L'Immense majorité des étudiants étrangers se trouve dans des programmes collégiaux ou universitaires: ce qui est très loin de " leurs études de 900 ou 1800 heures de formation,".

      Et le Québec sa satisferait certainement d'un 1800 heures de formation en "préposé(e) aux bénéficiaires".

      Donc, je suis d'accord pour un meilleur encadrement du système; mais je trouve déplorable la manière *bougonne* de fonctionner de ce gouvernement, par essais et erreurs.Je n'ai jamais accepté son ridicule test de valeurs reniant sa promesse électorale.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 11 juin 2020 09 h 16

      Le Québec manque ÉNORMÉMENT de soudeurs.Je sais que des employeurs font des pieds et des mains pour importer des soudeurs du Costa Rica. Oui, le Québec se satisferait d'un 1800 heures en soudure...ou encore d'un 1800 heures en ajustage mécaanique....ou encore en électromécanique.

  • Amour Violentine - Inscrite 10 juin 2020 18 h 04

    Confusion

    Cette réforme donne une mauvaise image à l'international. Le gouvernement donne l'impression d'avancer, de reculer, de se remettre en cause et de renoncer à sa promesse, Beaucoup ont recruté à l'étranger en espérant une intégration sur le sol Québec' Lorsque ces migrants ont tout abandoné (vente de maison, etc), on leur dit que finalement ce n'est pas possible de rester. Ca donne un mauvaise image en terme de crédibilité sur le plan de l'international. Il ne faut pas penser que tous les étudiants vont rester au Québec. Seul 1 étudiant sur 4 veulent rester, le reste retourne dans leur pays d'origine. Les étudiants retournant sont des ambassadeurs du Québec pour faciliter les échanges à l'international et pour donner une visibilité du Québec. Après l'élimination de 18,000 dossiers d'immigration, la liste de métier désuete et la non-tenu de promesse tenue sur les droits acquis, la question cruciale est de savoir si le ministre de l'immigration pourra siéger longtemps avec tous ces bevues.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 11 juin 2020 06 h 52

      Je suis absolument d'accord! J'ajouterais à cela son ridicule test de valeurs à des années lumière de sa promesse électorale.En immigration, ce gouvernement gouverne par la méthode d'essais et erreurs.