Monsieur Legault, remettez les enfants au coeur de vos priorités!

«Les données nous montrent qu’il y a actuellement très peu de transmission des enfants vers les adultes, et donc peu de conséquences sur la santé de la population», écrivent les auteurs.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Les données nous montrent qu’il y a actuellement très peu de transmission des enfants vers les adultes, et donc peu de conséquences sur la santé de la population», écrivent les auteurs.

Nous sommes de nombreux médecins de différentes disciplines qui souhaitons aujourd’hui donner une voix aux enfants du Québec, qui n’ont personne pour défendre officiellement leurs droits dans les débats publics entourant la pandémie. Selon notre évaluation des différents risques à la santé, ils paient actuellement un prix disproportionné en lien avec les mesures de prévention en place. S’il était pertinent de faire preuve de grande prudence au début de cette crise sanitaire sans précédent, la communauté scientifique a maintenant assez de recul pour réajuster le tir en ce qui concerne les écoles, les garderies et les camps de jour.

Voilà plus de trois mois que nous prenons connaissance chaque jour de la documentation scientifique et des données épidémiologiques entourant la COVID-19. Notre expérience clinique et celle de nos collègues du monde entier nous amènent à constater que les enfants sont majoritairement épargnés par le virus. Ils attrapent peu la maladie et souffrent rarement de ses formes sérieuses. Nous suivons en temps réel les rares éclosions dans les garderies et écoles du Québec : tout se passe bien. Les données nous montrent qu’il y a actuellement très peu de transmission des enfants vers les adultes, et donc peu de conséquences sur la santé de la population. S’il y a une deuxième vague à cette pandémie, il apparaît peu probable qu’elle soit causée par un assouplissement des mesures draconiennes actuellement en place. Bien sûr, nous sommes d’avis que la santé des éducatrices et des enseignants doit demeurer une grande priorité. Toutefois, nous croyons qu’il est assurément possible de lâcher prise sur certaines recommandations qui s’adressent aux enfants sans mettre les adultes à risque.

Jour après jour, nous sommes témoins d’importantes dérives dans l’application des mesures de santé publique qui compromettent sérieusement la santé et le bien-être de plusieurs enfants. Le ministère de la Famille et le ministère de l’Éducation envoient des instructions au terrain qui semblent surréelles aux yeux de plusieurs experts, mais également auprès de nombreux parents, éducatrices, enseignants et gestionnaires. En voici des exemples bien réels :

Ici une école qui dessine des carrés au sol dans lesquels les enfants doivent rester pour toute la récréation, sans interaction directe avec leurs amis. Ou une éducatrice de garderie qui doit faire la « police du 2 mètres » auprès des tout-petits bien malgré elle, armée d’une visière et d’un masque qui lui sont imposés. Rappelons que les contacts entre enfants et les jeux libres sont essentiels pour assurer un bon développement socioaffectif et langagier.

Là des moniteurs des futurs camps de jour qui reçoivent des directives selon lesquelles ils ne pourront pas aider un enfant à mettre de la crème solaire ou à remplir sa gourde d’eau, même en pleine canicule.

Ici une garderie qui interdit les livres, casse-têtes, crayons, poupées et ballons sous prétexte qu’on ne peut les désinfecter facilement. On privera donc des enfants de multiples occasions ludiques et éducatives durant des mois. Or, à ce jour, la transmission du virus par objets contaminés reste mal décrite, alors que c’est le lavage des mains fréquent qui est déterminant.

Monsieur Legault, est-ce la nouvelle normalité que l’on souhaite pour nos enfants ? Quelques mois dans la vie d’un tout-petit de 2 ans font toute la différence. Nous sommes conscients que votre gouvernement a déjà mené plusieurs actions pour mieux soutenir les familles, mais en tant qu’experts de la santé des enfants, nous demeurons très préoccupés par leur développement à court et à long terme. Nous vous demandons d’assouplir rapidement les mesures sanitaires dans les garderies, les écoles et prochainement dans les camps de jour. Nous réclamons plus spécifiquement ces changements :

1- que la règle de distanciation de 2 mètres soit levée pour les enfants de 12 ans et moins ;

2- que le port du masque ne soit pas requis pour les enfants de 12 ans et moins ;

3- que des lunettes de protection soient fournies sur le terrain (plutôt que des visières), ainsi que des masques transparents permettant aux enfants de voir les sourires et les lèvres des adultes ;

4- que toutes les activités sportives individuelles ou en groupe pour les enfants et adolescents reprennent dès que possible ;

5- que l’utilisation du matériel éducatif et le partage des jouets soient de nouveau permis, sans nécessité de désinfection entre chaque usage.

Monsieur le Premier Ministre, vous vous êtes toujours présenté comme un grand défenseur de nos enfants, il est maintenant temps d’agir pour assouplir les mesures qui leur sont imposées.

* Dre Marie-Ève Beauregard, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive

 

Dre Dominique Cousineau, pédiatre du développement, CHU Sainte-Justine

 

Dre Catherine Dea, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive, Université de Montréal

 

Dre Catherine Dery, pédiatre, CISSS de Chaudière-Appalaches, Hôpital de Beauce

 

Dre Véronique Groleau, gastro-entérologue pédiatre, CHU Sainte-Justine

 

Dre Annie Janvier, pédiatre néonatologiste, éthicienne clinique, CHU Sainte-Justine

 

Dr Francis Livernoche, pédiatre social, CHU Sherbrooke

 

Dre Karine Pépin, pédiatre, CHU Sainte-Justine

 

Dre Caroline Pilon Tremblay, pédopsychiatre, Hôpital Charles-Le Moyne

 

Dre Irena Stikarovska, psychiatre et psychiatre de l’enfant et de l’adolescent, CHU Sainte-Justine

 

Dre Caroline Têtu, psychiatre, CISSS de la Montérégie-Ouest, Hôpital Anna-Laberge

 

Dre Suzanne Vaillancourt, urgentologue pédiatre, CUSM

 

Dre Isabelle Viel-Thériault, infectiologue pédiatre, CHU de Québec-Université Laval


 
5 commentaires
  • Rose Marquis - Abonnée 8 juin 2020 07 h 22

    D'une même voix

    Quel texte pertinent, il ne reste plus qu,à ESPÉRER que le premier ministre et les ministres interpelés agissent dans le bon sens et de façon cohérente. Est-ce trop demander?

    • Cyril Dionne - Abonné 8 juin 2020 10 h 11

      Vraiment Mme Marquis?

      Bon, encore les pédiatres qui nous disent que la pandémie n'affecte pas les enfants. C’est faux et ils le savent. Ce coronavirus affecte tout le monde et personne n’est immunisé. Et nous en sommes seulement à la fin de la 1ère période de cette pandémie. Mutation, il y aura, spécialement cet automne durant la saison de la grippe. Vu que la COVID-19 est un virus du type ARN et non pas ADN, lorsqu’il se copie, il fait souvent beaucoup d’erreur (mutations). Aussi, ce dernier se copie par des séquences de gènes et donc, cela est très facile pour lui de copier quelques séries de gènes venant d’autres pathogènes de la grippe saisonnière. Non seulement il risque de devenir plus contagieux à l’automne, mais aussi plus virulent. Mais cela, vous le savez déjà cher pédiatres.

      Ce qui est surprenant, c’est la reprise de l’école alors qu’il restait seulement quelques semaines pour la fin d’année. Et cela, durant une époque de l’année où les grandes chaleurs se pointent du nez et où les intérêts des enfants sont ailleurs. Comme pédagogue, c’est ridicule. Il vaut mieux se préparer pour l’automne, en tout cas, pour les quelques mois que nous allons avoir pour l’école avant de subir la 2e vague.

      Pour les règles de distanciation, il va falloir apprendre à vivre avec ce virus puisqu’il risque de nous revenir à toutes les années. Pour le vaccin tant espérer, il faudrait savoir qu’ils n’ont jamais pu en trouver un pour les nombreux coronavirus qui existent déjà. Aucun. Nous risquons d’avoir seulement des remèdes pour alléger les effets néfastes de cette maladie, tout comme pour le Sida.

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 8 juin 2020 09 h 56

    Le gouvernement subit la pression de nos grands inquiets et anxieux, ceux qui vivent dans la " peur" payés à 100% de leur salaire: les enseignants, les éducateurs et tout le personnel scolaire.
    Depuis le jour 1 ils dramatisent et amplifient cette peur de contracter le virus et ainsi abandonnent nos enfants à eux même afin de rester bien chill chez eux.
    Je ne crois pas une seconde que tout ce cirque soit en lien avec leur sécurité et ceux de leur proche mais plutôt un réglement de compte avec le ministère et l'envie humaine de débuter leur vacance en mai.
    C'est tellement lâche et petit quand on sait les dommages collatéraux de cet isolement sur les enfants.

    À Montréal ils ont sabotés le retour à la normal, un retour urgent et tellement néssécaire pour les enfants et leur famille. La courbe le prouve les écoles auraient dù ouvrir le 25 mai sur l'île.

    Comme si c'était eux les grandes victimes, j'ai perdu énormément de respect pour les enseignants, éducatrices et tout le personnel scolaire ...eux qui accusent enfants et parents d'être des rois...hu hum...

    Alors on attend le retour princier de ces "exceptions", on verra leur condition, faudra peut être les applaudir???

    Ils ont abandonnés leur responsabilité face aux enfants et à la société pour des raisons absolument non rationnelles et le gouvernement doit jouer le jeu sinon Legault et Roberge deviennent des ogres mangeurs d'enfants et tueurs d'enseignants.

    Les enfants n'auront pas eu leur ange gardien malgré les stats alarmantes....et le ministre Roberge à fait ce qu'il a pu mais avec Sylvain Malette, impossible d'avancer .

    D'une maman montréalaise de deux garçons d'âge primaire ultimement déçu du système scolaire publique au Qc.

  • Patrick Daganaud - Abonné 8 juin 2020 13 h 02

    Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà (Blaise Pascal)

    Que l'on mette les « SCIENTIFIQUES » proconfinement dans une grande salle de CHSLD avec les « SCIENTIFIQUES » prodéconfinement et, comme animateur, le Pharmachien pour leur dire comment produire des données probantes...
    Ajoutons les tenants de la formation à distance et leur lot de pratiques exemplaires.
    Il va sortir de là un concentré de recettes d'apprentis-sorciers, toutes contradictoires, plombées par les intérêts et les croyances politiques.

    Voici lmes croyances. Elles n'ont rien de scientifique.
    Je crois que la vie des jeunes ne pourra pas demeurer baliser par les règles déshumanisantes actuelles sans impacts majeurs sur leur santé psychoaffective.
    Je crois que la synergie des apprentissages en présentiel est irremplaçable par l'ordinateur, en particulier chez les plus jeunes.
    Je crois que les dérives du traitement accéléré d'informations parcellaires réduisent la compréhension des phénomènes complexes, entre autres dans leurs dimensions humaines et irrationnelles.

    MAIS JE SUIS SÛR QU'IL SE COMMET UNE HÉCATOMBE SCOLAIRE À MORT LENTE :
    J'ai vu, je sais que LE SACRIFICE des plus vulnérables d'entre les jeunes (appelés ÉHDAA dans le système scolaire) A DEVANCÉ DE LOIN LE CORONAVIRUS et la dénonciation des conditions du déconfinement par l'Association des pédiatres du Québec...

    Ce SACRIFICE dure depuis des lustres de laxisme et de léthargie intitutionnalisées.
    C'est celui de 20 % de tous les écoliers du Québec, faute de plans adéquats d'intervention, d'évaluations expertes préventives, de ressources humaines et financières, malgré les énergies colossales des gens du terrain, enseignants et autres, enrayées par les règles de gestion administrées avec la complicité docile des directions des établissements scolaires et amplifiées par le cloisonnement de deux grands réseaux, scolaire et de santé et de services sociaux.

    QUI HURLE CETTE HORREUR?
    NOUS SACRIFIONS POURTANT LA MAJORITÉ DE NOS ENFANTS HANDICAPÉS ET EN DIFFICULTÉS DE TOUTES SORTES !

  • Jana Havrankova - Abonnée 9 juin 2020 10 h 41

    Cocon stérile

    Au début de la pandémie, il était compréhensible que la Santé publique recommandait des précautions strictes ne sachant pas comment le virus allait se comporter. Mais trois mois plus tard, des leçons pratiques auraient pu être tirées des observations concernant ce virus pour rajuster les fameuses précautions.

    Pour ce qui est des enfants, il a été documenté qu’ils transmettent rarement le virus et qu’ils font rarement une maladie grave. Et c’est notre Santé publique qui le dit !
    https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/covid/3007-enfants-risques-infections-transmission-covid19.pdf

    Certaines des données scientifiques sont bien établies, d’autres moins. Il convient donc d’analyser les risques-bénéfices, alors que la certitude absolue n’existe pas (ce qui est d’ailleurs vrai pour bien des choses). Présentement, imposer aux enfants les mesures de distanciation physique, surtout entre eux, apparait exagéré.

    Évidemment, si on espère un risque zéro, il faudra mettre nos petits dans un cocon stérile, leur défendre de traverser la rue, faire de la bicyclette, grimper dans les arbres. J’ai choisi le mot stérile pour son double sens : 1. exempt de germe et 2. qui n’aboutit à rien de positif.