Les aînés ont droit aux arts et à la musique dans les milieux de soins

«En raison des indéniables bienfaits des arts, et en particulier la musique, l’accès à ceux-ci serait élevé au rang de droit fondamental, comme certains autres services sont considérés comme essentiels ou prioritaires. […]», affirment les signataires.
Photo: iStock «En raison des indéniables bienfaits des arts, et en particulier la musique, l’accès à ceux-ci serait élevé au rang de droit fondamental, comme certains autres services sont considérés comme essentiels ou prioritaires. […]», affirment les signataires.

Frappée de plein fouet au milieu de sa saison artistique, la Société pour les arts en milieux de santé (SAMS) assiste impuissante au drame qui se joue actuellement dans le réseau de la santé, notamment dans les CHSLD où elle présente la très grande majorité des 1000 concerts qu’elle organise en milieux de soins chaque année.

Les 40 000 personnes qui résident dans les CHSLD — et pour qui le confinement est un « mode de vie » perpétuel — ne sont pas anonymes, sans histoire. Il s’agit de nos mères, pères, grands-pères et grands-mères, frères et sœurs. Il s’y trouve de nos amis, des personnes qui ont été jadis nos enseignants et professeurs et des artistes qui ont marqué nos vies. Pour toutes ces personnes, la vie est souvent aride. Elles ont un grand besoin de soins de qualité, mais aussi, faut-il le rappeler, de beau, de bon… et d’art.

Alors que le premier ministre Legault rappelle quotidiennement que « les aînés sont notre priorité », nous, de la SAMS, qui avons appris à connaître ces milieux depuis la création de notre organisme il y a 10 ans, vous demandons de consacrer et de pérenniser par un geste fort, de nature législative, la place des arts dans ces milieux. À l’instar de la France, dont le Code de santé publique prévoit explicitement que les contrats des établissements publics comportent un volet social et culturel, le Québec devrait inclure dans sa propre Loi sur la santé publique une disposition analogue. Une telle disposition pourrait notamment prévoir l’adoption de mesures semblables à celles contenues dans la convention « Culture et santé » conclue entre les ministères français de la Santé et de la Culture visant à promouvoir une politique de la santé qui prenne en compte toutes les dimensions de la personne et à favoriser l’accès du plus grand nombre aux pratiques artistiques.

De telles mesures contribueraient d’ailleurs à un meilleur respect des objets de la Loi sur les services de santé et les services sociaux. Elles permettraient non seulement d’agir positivement sur les facteurs déterminants de la santé et le bien-être par des actions de prévention et de promotion, mais également de favoriser le recouvrement de la santé et du bien-être, la réadaptation, l’épanouissement et l’autonomie des patients. Elles concourraient de plus à la réduction des inégalités subies par cette population, en favorisant l’atteinte de niveaux comparables de santé et de bien-être accessibles au reste de la population, un objectif dont on peut dire qu’il n’est aucunement atteint, comme l’actuelle pandémie le révèle au plus grand jour.

En raison des indéniables bienfaits des arts, et en particulier la musique, l’accès à ceux-ci serait élevé au rang de droit fondamental, comme certains autres services sont considérés comme essentiels ou prioritaires. […]

Une telle reconnaissance devrait être accompagnée d’un soutien financier approprié. À l’instar de la Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement des bâtiments et des sites gouvernementaux et publics (connue comme la politique du 1 %), qui a récemment permis de substantiellement investir dans la commande de 13 œuvres d’art au CHUM, nous souhaitons voir un financement stable, conséquent et récurrent versé aux établissements de santé afin qu’ils puissent inclure les arts, et en particulier la musique, dans leur politique de soins. Tout comme le Musée des beaux-arts de Montréal, qui par un geste concret et novateur souhaitait accepter les ordonnances du médecin comme billets d’entrée, nous pensons qu’une telle pratique doit être élargie de façon à pouvoir aussi « prescrire » des arts et de la musique aux aînés en milieux de soins. Réussir à faire chanter des patients aphasiques, amener une personne souffrant d’alzheimer au réel l’espace d’un instant, faire battre des mains un aîné déprimé sont des prouesses régulièrement réalisées lors des concerts de la SAMS, ce qu’aucun médicament n’a réussi à ce jour. Accessibles à une fraction du coût et sans effets secondaires, ils démontrent quotidiennement que l’art vivant rend vivant !

Alors que le premier ministre veut faire du sort des aînés une priorité pour les mois et les années à venir, il importe de nous mobiliser comme société afin d’offrir de meilleures conditions de vie à ceux et celles qui méritent de vivre dans la dignité et avec les bienfaits des arts, en particulier de la musique.

*Signataires : Daniel Turp, président émérite, et Françoise Henri, directrice générale, de la SAMS ; David Levine, ex-p.-d.g. de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal ; Winston McQuade, président de l’Orchestre symphonique de Laval et artiste actif en CHSLD ; François Reeves, cardiologue d’intervention au CHUM et à la Cité-de-la-Santé de Laval ; Isabelle Peretz, professeure à l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neurocognition de la musique

1 commentaire
  • Monique Desy Proulx - Abonnée 6 juin 2020 10 h 51

    Bien dit!

    Je suis bien sûr tout à fait d'accord avec ce propos, moi qui suis musicienne, mais en plus, je lève mon chapeau à cette écriture limpide et directe. Vive la musique!

    Monique Désy Proulx