Nous sommes George Floyd

«Éduquons, dénonçons, formons et soyons vigilants pour exiger des actions concrètes, pour que cessent ces abus et ces discriminations raciales systémiques et subtiles, pour que l’on puisse enfin grandir et évoluer ensemble», demandent les signataires.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Éduquons, dénonçons, formons et soyons vigilants pour exiger des actions concrètes, pour que cessent ces abus et ces discriminations raciales systémiques et subtiles, pour que l’on puisse enfin grandir et évoluer ensemble», demandent les signataires.

Il y a exactement une semaine, le monde a été secoué par la mort tragique de George Floyd à Minneapolis. Un homme noir de 46 ans, mort sous nos yeux à cause d’une brutalité policière qui ne manque pas de nous rappeler d’autres événements tout aussi tragiques dans un pays décrit par Tocqueville comme « éminemment démocratique ».

Oui, l’homme noir George Floyd est mort asphyxié par un policier blanc dans cette première démocratie moderne issue des treize colonies devenues indépendantes en 1776, puis fédérée en 1787, et qui a fait élire son premier président noir en 2008, il y a seulement 12 ans.

Le plus frappant dans cette scène surréaliste, c’est l’attitude du policier dont le genou appuie brutalement sur la nuque de Floyd. Malgré son appel à l’aide, « s’il vous plaît, je n’arrive plus à respirer », le policier l’ignore totalement, comme si ce n’était pas un humain qui faisait appel à un autre humain qui mettait sa vie en danger de mort. Non, malheureusement, ce n’est pas une image captée lors d’un tournage d’un film fiction sur l’esclavage avant le milieu du XIXe siècle ! Cette scène aussi ignoble est réelle et ne s’explique que par le sentiment d’être super puissant, de détenir le pouvoir de vie ou de mort, d’être au-dessus de la loi.

Il est difficile de ne pas associer cette mort atroce à la couleur de peau de Floyd, car il est difficile de croire que les policiers se seraient comportés de la sorte s’il s’était agi d’un Américain blanc. Ils l’auraient sans doute arrêté et emmené au poste de police, ils auraient obéi à la déontologie policière, celle qui guide le corps policier pour assurer l’ordre et la sécurité, pour le bien de tous les citoyens sans distinction de race, de genre, de religion ou d’orientation sexuelle.

Cette histoire confirme, une fois de trop, l’existence de préjugés dans le corps policier, et ces préjugés sont le fondement du profilage racial subi par les Noirs. Il suffit d’un coup de téléphone pour que la police débarque et utilise une force excessive, comme dans le cas de Floyd, même pour des délits mineurs. C’est ce parti pris conscient ou inconscient qu’il faut dénoncer dans nos sociétés parce qu’il constitue un cancer contre le vivre-ensemble.

Devant cette tragédie qui s’ajoute au combat contre le coronavirus, il ne devrait plus y avoir d’un côté les démocrates et de l’autre les républicains, d’un côté les Blancs et de l’autre les Noirs, d’un côté les riches et de l’autre les pauvres… l’humanisme en nous devrait triompher pour que nous disions ensemble « plus jamais ».

Passer sous silence la mort de George Floyd serait manquer à notre devoir de dénoncer, de s’indigner et surtout d’agir en rappelant que, quelle que soit la couleur de notre peau, nous sommes le père, l’oncle, le conjoint, l’ami. De telles atrocités n’ont pas de place dans nos sociétés. Des policiers qui perdent le contrôle quand il s’agit d’une intervention impliquant une personne noire, cela ne devrait plus arriver. Du profilage racial, des soupçons non fondés et des contraventions basées sur des préjugés sont autant de maux qui ne favorisent pas un meilleur vivre-ensemble.

Venus d’ailleurs ou nés ici de parents venus d’ailleurs, nous sommes tous des citoyens à part entière. Nous méritons une société exempte de haine des uns envers les autres.

La mort de George Floyd nous rappelle à quel point certains acquis sont fragiles. Dans de telles situations, la première réaction est de montrer du doigt l’État, mais nous croyons qu’il est de la responsabilité de tout citoyen de prendre conscience de l’importance de dénoncer, de signaler des bavures et de refuser de colporter des préjugés, particulièrement sur les réseaux sociaux.

Je veux que ça change, tu veux que ça change, il veut que ça change, nous voulons que ça change. Et pourtant, il faut encore se battre pour être traités de façon juste et équitable.

La haine préméditée mène toujours à la mort de la communication sensée et civilisée, et il s’ensuit des violences physiques, verbales et psychologiques basées sur des idées préconçues sur les gens de couleur. Éduquons, dénonçons, formons et soyons vigilants pour exiger des actions concrètes, pour que cessent ces abus et ces discriminations raciales systémiques et subtiles, pour que l’on puisse enfin grandir et évoluer ensemble.

Si la mort de George Floyd nous a réellement touchés, nous devons tous nous engager à réagir à toute situation discriminatoire, injuste, raciste, homophobe, xénophobe. Prenons cet engagement individuellement et collectivement en sa mémoire !

* Signataires: Dieudonné Ella Oyono, président du Parti Québécois
Daye Diallo, président sortant, Force Jeunesse
Sabine Uwitonze, avocate et présidente du Jeune Barreau de Montréal 2019-2020
Olive Kamanyana, présidente LeaderPOL – Leadership politique pour les personnes d’ascendance africaine
Gabriel Bazin, vice-président, Ligue des Noirs du Québec
Emmanuel Bulamatari, coordonnateur, Comité d’initiative permanent des Afro-Québécois (CIPAQ)
Justin Djédjé, président, Communauté ivoirienne de la région de Toronto Cyrille
Ekwalla, journaliste et fondateur de l’Institut Néo-Québec
Michael P. Farkas, Youth in motion
Lénine Nankassa Boucal, fondateur et coordonnateur du cabaret de la diversité (Bas Saint-Laurent)
Ismaël Seck, Enseignant en adaptation scolaire
Richard Sharpe, 613/819 Black Hub and UNDPAD Push Coalition
Aimé Pingi, président du conseil d’administration de la Mosaïque Interculturelle (Abitibi-Témiscamingue)
Ousmane Mbaye, enseignant en sociologie
Christoph Boucar Diouf, entrepreneur et fondateur d’Intégration et diversité Côte-Nord
Ousmane Ndiaye, enseignant en techniques d’éducation à l’enfance
Léonie Mandang, présidente directrice générale de l’agence de communication Forman (Québec)
Faye Mbegou, urbaniste, membre de l’Amicale interculturelle (Sept-îles)
Assane Badji, président de JONENN conseil en management
Jean-Marie Vianney, journaliste
Ndeye Dieynaba Ndiaye, juriste et directrice OMIRAS
Lysiane Randriamarolahy, présidente Atalia conseils
Mbai-Hadji Mbairewaye, ancien chef intérimaire du parti municipal Démocratie Québec et animateur à CKIA FM

À voir en vidéo