Le maintien à domicile, une promesse non tenue

«Développer le maintien à domicile demande de s’appuyer sur des ressources humaines, technologiques, informatiques et sociales», rappelle l'auteur.
Photo: Dean Mitchell Getty Images «Développer le maintien à domicile demande de s’appuyer sur des ressources humaines, technologiques, informatiques et sociales», rappelle l'auteur.

Je suis entré dans le réseau de la santé et des affaires sociales, à la direction d’un CLSC, au début des années quatre-vingt. J’ai 80 ans et la situation actuelle m’amène les réflexions suivantes :

Depuis 40 ans, tous les gouvernements du Québec, quelles que soient leur couleur ou leurs allégeances, ont parlé du maintien à domicile comme un service ou un projet à développer. Aucun, je répète aucun, n’a tenu ses engagements. C’était un discours agréable à tenir en période électorale, mais impossible à tenir une fois au pouvoir. Évidemment on a trouvé toutes sortes de raisons pour justifier cette promesse non tenue !

Au début des années quatre-vingt, dans mon milieu rural et ouvrier, on voyait encore le centre d’accueil comme un milieu où il était bon de finir sa vie. On avait travaillé fort et l’État nous organisait une fin de vie agréable. Je me souviens même qu’à l’époque certains résidents avaient gardé leur voiture et pouvaient faire des sorties…

À la Commission Clair ou j’ai eu le privilège de siéger, on avait clairement établi que le Québec était, avec le Japon, une des sociétés qui vieillissaient le plus vite au monde. Rares sont ceux qui ont pris au sérieux cette constatation. Les gouvernements ont préféré passer à autre chose.

Pendant toutes ces années, le réseau des CLSC qui, en théorie et selon sa mission, était le mieux orienté vers une problématique de maintien à domicile n’a jamais été développé pour répondre à cette priorité. Même que, depuis la réforme Barrette, on les a intégrés dans une problématique hospitalière. Un désastre…

Et c’est le point le plus important ! Dernièrement, M. Claude Castonguay - considéré comme le père de l’assurance maladie au Québec - disait avec beaucoup d’à-propos que développer le maintien à domicile impliquait des changements culturels et pas seulement économiques. Ce qui veut dire, à mon sens, qu’il faut faire du maintien à domicile un projet et une réalité sociale et non un projet médical. Je me souviens qu’on avait soulevé cette réalité à la Commission Clair. Le maintien à domicile efficace suppose une vision sociale du vieillissement qui n’est pas une maladie, mais une réalité sociale. Je veux vieillir en société et non en institution qui s’évertue à faire croire que le CHSLD est un milieu de vie désirable. Bien sûr que le médecin de famille et le gériatre sont des acteurs importants dans une vision sociale du maintien à domicile, mais, à mon avis, c’est le travailleur social, conseillé par le médecin, qui doit prendre, avec la personne, la décision d’opter pour un encadrement institutionnel.

Développer le maintien à domicile demande de s’appuyer sur des ressources humaines, technologiques, informatiques et sociales. À titre d’exemple, je rappelle qu’en 1985, à l’occasion d’un stage d’étude à Stockholm, j’avais constaté qu’il y avait une auxiliaire familiale pour 4 bénéficiaires ; au même moment, au CLSC où je travaillais, Je pouvais compter sur une auxiliaire familiale pour 40 bénéficiaires.

La technologie actuelle permet heureusement de garder à domicile des personnes ayant besoin d’un encadrement plus avancé. Je pense entre autres à l’Internet qui permet la télésurveillance.

Enfin, un des côtés positifs de la situation difficile que nous vivons est peut-être de faire en sorte que les gouvernements cessent de promettre de développer le maintien à domicile, mais s’engagent à développer un véritable projet social qui permette de vivre en société avec les services qu’il faut. Faudrait-il en venir à désirer la création d’un ministère des Affaires sociales ? Je ne voudrais pas qu’on m’accuse d’être passéiste !

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