Ne pas se concentrer uniquement sur la cote R

«Au-delà d’avoir des médecins avec d’excellents résultats scolaires, nous avons aussi besoin de médecins qui possèdent des qualités personnelles et des aptitudes humaines supérieures», affirment les auteurs.
Photo: Getty Images «Au-delà d’avoir des médecins avec d’excellents résultats scolaires, nous avons aussi besoin de médecins qui possèdent des qualités personnelles et des aptitudes humaines supérieures», affirment les auteurs.

En réponse à l’éditorial de monsieur Myles du 20 avril (« Niveler vers le bas ») concernant le nivellement par le bas causé par la suspension de la cote R, nous nous permettons d’apporter quelques nuances quant à l’admission aux études médicales au Québec.

Depuis 2008, les facultés de médecine québécoises francophones effectuent des mini-entrevues multiples (une série d’une dizaine de courtes entrevues ou mises en situation échelonnées sur environ 90 minutes) pour ajouter l’évaluation de compétences « non académiques » (p. ex. la communication, le professionnalisme, l’empathie) dans le processus de sélection. Contrairement à ce que vous insinuez dans votre texte, nous avons la conviction que les meilleurs médecins ne sont pas uniquement ceux qui ont une excellente cote R. Au-delà d’avoir des médecins avec d’excellents résultats scolaires, nous avons aussi besoin de médecins qui possèdent des qualités personnelles et des aptitudes humaines supérieures. Pour évaluer ces éléments et nous l’avons précisément mesuré au cours des dernières années parmi les candidats admis, la cote R, comme variable isolée, ne nous apparaît pas comme étant un outil valide ; par conséquent, il ne faudrait pas la mettre sur un piédestal comme étant l’outil majeur permettant de sélectionner les meilleurs candidats.

Une autre limite de la cote R, à laquelle vous faites référence, est son problème d’équité. En effet, plusieurs recherches réalisées à travers le monde démontrent que cette cote R est influencée positivement par le statut socioéconomique, notamment le revenu des parents et le niveau d’éducation parentale. Il est facile d’imaginer qu’un candidat qui a dû travailler pendant ses études collégiales pour subvenir à ses besoins ne parvienne pas à atteindre la même cote R qu’un candidat qui peut se concentrer à 100 % sur ses études. Néanmoins, la résilience et le parcours de vie du premier candidat en font possiblement un aussi bon candidat que le deuxième.

Considérant que nous avons besoin de médecins à la foiscompétents et qui représentent l’ensemble de la diversité québécoise, il est donc important de ne pas se concentrer uniquement et principalement sur la cote R. Contrairement à ce que vous dites, la cote R, utilisée seule, favorise une sélection parmi l’élite plus qu’une meilleure équité entre les candidats. Les universités québécoises francophones tiennent compte des limites de la cote R et modulent la sélection des candidats par d’autres outils évaluant des dimensions non scolaires.

Au cours des prochaines années, il sera intéressant d’évaluer l’impact de la modification d’utilisation de la cote R de cette année 2019-2020. Malgré tout, le plus important est de ne pas oublier que la cote R est en soi insuffisante pour prendre la pleine mesure du talent et des compétences des candidats québécois postulant pour une place en médecine.

* Respectivement représentant de la communauté au sein du comité d’admission aux études médicales de premier cycle de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal ; médecin, président du comité équité et diversité au vice-décanat aux études médicales de premier cycle, Faculté de médecine de l’Université de Montréal ; médecin, président du comité d’admission aux études médicales de premier cycle, Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

5 commentaires
  • Sylvain Plourde - Abonné 7 mai 2020 10 h 31

    Cote R

    Bonjour,

    C'est bien beau de dire que la cote R n'est pas le seul critère qui est pris en considération, mais la réalité est tout autre. Pour passer au stade de l'entrevue, vous devez avoir une excellente cote R.

    Sylvain Plourde

    • Guillaume Bachand Martinez - Abonné 7 mai 2020 18 h 25

      La vérité c'est qu'il faut les deux. Une bonne cote R et de bonnes entrevues. Les deux sont donc pris en compte. Et il y a assez de candidats qui ont les deux pour qu'ils puissent se permettre de ne même pas interviewer ceux qui ont une cote R trop basse.

  • Marie Nobert - Abonnée 7 mai 2020 11 h 35

    @MM. Richard Rioux, Jean-Michel Leduc et Christian Bourdy *

    Rien à dire sur la forme, ni sur le fond. Vlan! dans les gencives des bonzes, pontes, huiles, grosses pointures et pilates de ce monde. Je pèse mes mots. «Le meilleur texte publié dans ce jouirnal depuis des lustres.» Mais, j'ai un souci. «Comment «panser» nos «maux»? Je vous salue avec respect messieurs.

    JHS Baril

    Ps. Pas de «femmes» signataires.

  • Louis Lapointe - Abonné 7 mai 2020 16 h 08

    15 % des étudiants qui ne répondent à aucun critère, ceux qu’on appelle les éclectiques.

    Profitant de ma position d’observateur privilégié pendant près de 7 ans alors que j’étais directeur de l’École du Barreau du Québec, j’ai pu comparer, au fil d’arrivée, filles et garçons de toutes les universités, écoles et collèges, qu’ils soient privés ou publics.

    Le meilleur indicateur de la réussite scolaire d’un étudiant, ce n’est pas son université, son collège ou son école secondaire, qu’elle soit publique ou privée, ce sont toujours ses résultats antérieurs, sauf dans le cas de 15 % des étudiants qui ne répondent à aucun critère, ceux qu’on appelle les éclectiques.

    Aucun résultat antérieur, aucun collège, université ou autres indices ne peuvent nous permettre de prévoir leurs résultats futurs. Ce sont des étoiles qui jaillissent dans le firmament de votre école comme des cadeaux inespérés dont la réussite inattendue est mue avant tout par la passion et une très grande curiosité intellectuelle. Aucun test d’admission ne peut prédire leur réussite inopinée, pourtant c’est là que nous découvrons les plus créatifs de nos étudiants.

    Pour cette raison, j’ai toujours été contre le contingentement sur la base des résultats antérieurs, je me suis toujours méfié de ces cotes « Z » et « R » qui uniformisent tout et qui ne peuvent nous renseigner sur ces jeunes qui ne répondent pas au paradigme dominant, mais qui grâce à leur créativité et leur curiosité auront probablement la capacité de faire évoluer leur discipline future mieux que quiconque.

  • Stéphane Thellen - Abonné 8 mai 2020 06 h 30

    Les effets de la cote R sur la reproduction des inégalités sociales.

    La cote R a des impact sur la reproduction des inégalités sociales. Cela aurait été accentué en période de confinement selon mon estimé collègue au département de sociologie du Cégep du Vieux Montréal et chercheur au CREMIS, François Régimbal.

    http://cremis.ca/sites/default/files/rapports-de-r