Les p’tites vieilles et les p’tits vieux

«Je suis devenu un prisonnier dans une geôle dorée», affirme l'auteur.
Photo: iStock «Je suis devenu un prisonnier dans une geôle dorée», affirme l'auteur.

En fin de vie, on m’a suggéré de finir en toute sécurité et tout confort dans une villa de personnes âgées. Dans un petit village du Centre-du-Québec. J’ai accepté après avoir visité le site et le lieu. C’était au début de mars 2020. La première semaine fut paisible et sereine. Ils avaient eu raison, mes protecteurs.

Mais le coronavirus et sa pandémie me font vivre autre chose. Je suis devenu un prisonnier dans une geôle dorée. Mais dans une vraie geôle. Entouré de quelques dizaines de prisonnières et de quelques prisonniers. Je vous raconte. Sans rien ajouter ni rien ôter. Je vous prie de me croire. J’y suis encore et le pire est à venir.

Dans un logis de grande classe, bien éclairé, au troisième étage, auquel j’accède en ascenseur, j’ai aménagé mes pénates, un endroit où je peux prendre mon souper avec apéro et vin. Le dîner se fait à la cafétéria, une personne par table, en silence, à 2 mètres de mes voisines. Sans apéro ni vin. Les couples officiels peuvent manger à une table. Aucune sortie et aucune visite. On respecte la règle du 2 mètres jusqu’au 4 mai… On verra après. La sentence a été imposée par le PM Legault.

Je n’avais jamais été prisonnier. Même pas en 1970, quand mes amis m’avaient suggéré de me cacher dans le bois pour éviter la crise d’Octobre. À 80 ans, je n’avais, donc, jamais été prisonnier. C’est un peu tard pour vivre une telle expérience. Surtout que je ne me sens pas coupable de quoi que ce soit. Et que je n’ai pas choisi un CHSLD. J’ai choisi une petite villa peinarde, peu peuplée, sympathique.

Erreur !

Les villas pour vieux sont devenues des CHSLD. Vous n’y entrez pas (pour visiter vos parents ou amis) et vous n’en sortez pas pour aller vous promener au soleil ou sous la pluie. Erreur, vous allez en sortir. Morts. Je ne suis pas tellement surpris que les vieux soient devenus les déchets de nos sociétés modernes. Chez les Innus de Uashat, ce sont de précieux témoins de l’occupation du Nitassinan. Elles et ils sont consultés par les plus jeunes pour connaître et comprendre l’histoire innue. Mon père, ancien forgeron, m’a aidé à restaurer la Maison Renault de Mascouche (1750). Il avait 80 ans. Il est décédé quelques années plus tard. Les maisons pour vieux étaient rares, à l’époque, en 1970.

Je suis prisonnier de la Villa Saint-Charles. On peut m’y rencontrer sur Face de bouc. On n’a pas besoin de porter un masque. Je crois que je ne suis pas contagieux ni anarchiste.

Une petite suggestion : les conseillers du PM pourraient peut-être lui suggérer de donner aux résidences pour personnes âgées autonomes un peu plus d’autonomie dans l’application des règlements destinés aux CHSLD. Une résidence de 50 personnes pourrait peut-être gérer les sorties et les visites différemment. Il faudrait faire un peu plus confiance à la compétence des dirigeants de ces établissements d’accueil de premier niveau. Ils éviteraient de se retrouver avec des clients démolis après un mois d’isolement, tout prêts à rejoindre les CHSLD (dernière étape de survie dans le monde médical québécois) qui sont déjà surchargés. C’est ce qui s’appelle de la planification à moyen terme, Monsieur le PM.

15 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 2 mai 2020 10 h 37

    Une vie plate qu'il valait la peine de sauver


    J’espère pour vous que les plus fidèles supporteurs qui applaudissent quotidiennement le triumvirat Legault-Arruda-McCann ne vous accuseront pas de flagrante ingratitude puisque le projet de vous sauver la vie a fonctionné. Quelle vie plate quand même, j’en conviens. Ma mère me la raconte une fois par semaine. Elle ne la voudrait pas pour l'éternité. Elle, ce sont les tours d’une heure dans la cour sous supervision qui lui font ressentir fortement son statut de prisonnière. Vous ne vivrez peut-être pas plus longtemps, mais cette année 2020 vous en paraîtra deux ou trois.

    Marc Therrien

  • Clermont Domingue - Abonné 2 mai 2020 17 h 29

    Ça m'a fait rire

    J'apprécie votre sens de l'humour, monsieur Girouard. A 82 ans, au milieu de ma forêt, je goûte davantage ma liberté depuis que les petits vieux sont enfermés. Écrivez, vous avez du talent...

  • Gilles Charette - Abonné 2 mai 2020 17 h 29

    Erreur sur la personne

    Ce n'est pas vous, M. Girouard, qui devrait être prisonnier, ce sont ceux qui ont le Covid. On peut très bien vous protéger sans vous enfermer. Votre séquestration est une option simpliste et loin d'être sécuritaire car les personnes qui vous préparent vos repas peuvent vous apporter le Covid, comme cela s'est produit un peu partout dans les CHSLD. Ce n'est pas parce que vous avez 80 ans que vous serez nécessairement malade au contact du Covid, c'est prouvé. Nous n'avons pas voté pour un tuteur, lors de la dernière élection, nous avons voté pour un représentant à l'Assemblée Nationale. La Santé Publique a pris la place du Clergé, laissée vacante lors la révolution tranquille. On vous enlève le droit de décider si: a) vous désirez sortir et risquez d'attraper le virus, vous seriez alors isolé, ou b) si vous avez peur d'être malade, vous restez à la maison; ce serait votre décision. Et c'est çà, le problème. Vous n'avez pas décidé, on l'a fait pour vous. J'ose espérer pour vous que le recours collectif présentement en préparation contre le Gouvernement, sera autorisé. La Santé Publique peut faire des recommandations, pas des édits. Je sympathise de tout coeur

  • Mira Zikri - Abonnée 2 mai 2020 18 h 41

    À trop vouloir nous protéger....!

    Comme je vous comprends M. Girouard et suis d'accord avec vous. Et Clermont Domingue a bien raison, vous avez une belle plume.

  • Jeannine I. Delorme - Abonnée 2 mai 2020 19 h 14

    prisonnier

    Messieurs, je n'en crois pas mes yeux. Comment pouvez-vous écrire de telles choses quand les morts s'empilent autour de vous. N'avez-vous pas compris à quel point la "chose" est sérieuse ? Cessez de critiquer le gouvernement, qui a ses défauts et ouvrez les yeux et les oreilles. On vous sent déconnectés. Franchement !

    • Marc Therrien - Abonné 2 mai 2020 22 h 02

      En ce qui me concerne, j'ai très bien compris que la mort, c'est sérieux puisqu'on en parle quotidiennement. Je ne me sens aucunement déconnecté quand ma mère pleure en me parlant pour me dire qu'elle n'a pas mis au monde des enfants pour mourir seule face à elle-même le moment venu. « C’est pas une vie ça!! » Samedi dernier, elle m'a dit qu'elle craignait que quelqu'un dans son immeuble finisse par se jeter en bas d'un balcon. Et bien, c'est arrivé en fin de semaine à Montréal-Nord.

      Marc Therrien

    • Pierre Rousseau - Abonné 3 mai 2020 08 h 19

      Madame, quand on a notre âge, ça fait longtemps que les morts s'empilent autour de nous et nous savons très exactement ce que la mort peut avoir l'air. On n'a pas besoin de vous ni du gouvernement pour nous dire comment mourir et, surtout, en ces dernières années de notre existence, on n'a pas envie de perdre une liberté souvent acquise bien chèrement.

      On fait face maintenant à un autre type de dictature, celle dite de la santé, au mépris de tous les droits fondamentaux. La réalité c'est que ce qui fait peur aux politiciens ce n'est pas qu'on soit malade mais plutôt qu'on prenne des lits d'hôpitaux, hôpitaux qu'ils ont laissé dépérir pendant des décennies, austérité oblige. Ce serait embarrassant que le Québec se distingue par le plus grand nombre de décès d'une maladie parfaitement guérissable à cause de la négligence de ses gouvernements pendant des décennies. Ces politiciens sont prêts à sacrifier la liberté des gens pour sauver la face.

      Enfin, on est un peu fatigués de la tartufferie de tellement de gens. Confinement ? C'est une farce pour la majorité des gens qui ont la chance de ne pas être dans une prison pour aînés. Dans les centres de villégiature en Estrie, c'est l'invasion à toutes les fins de semaine, des vacanciers de Montréal et même de l'Ontario qui seraient censés être « confinés ». C'est bien facile à crier au loup pour la pandémie mais on constate que les bottines ne suivent pas les babines. Ces règles inapplicables ne font que discréditer l'autorité qui les promulgue et leurs victimes sont en fin de compte les aînés qu'on prétend vouloir sauver.