Quelques réalités du secteur du livre au Québec

«Nombreux sont les éditeurs et les libraires qui doivent combiner les emplois pour joindre les deux bouts», constate l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Nombreux sont les éditeurs et les libraires qui doivent combiner les emplois pour joindre les deux bouts», constate l'auteur.

L’Association nationale des éditeurs de livres, qui regroupe plus d’une centaine de maisons d’édition québécoises et franco-canadiennes, tient à apporter quelques compléments d’information à l’article paru dans Le Devoir de jeudi dernier et intitulé « La précarité des écrivains exacerbée par la crise ».

Parlons tout d’abord du 10 % en moyenne des recettes du livre que touche l’auteur. Il serait pertinent une fois pour toutes d’informer les lecteurs du Devoir sur la ventilation des recettes d’un livre. Pour un livre vendu 20 $, 8 $ (40 % du prix de vente) reviennent au libraire, de 3 $ à 3,40 $ (15 % à 17 %) sont réservés au distributeur/diffuseur, 2 $ (10 %, et au-delà à partir d’un certain nombre d’exemplaires vendus) reviennent à l’auteur et le reste à l’éditeur. L’éditeur peut donc espérer, au mieux, 35 % du prix de vente, alors qu’il doit payer les différents métiers qui l’assistent dans la production du livre : que ce soit les membres de son personnel, l’éditeur, le réviseur, le correcteur, le maquettiste, l’infographe, etc. sans oublier l’imprimeur ou le technicien numérique.

Par ailleurs, c’est à lui qu’incombent toutes les dépenses liées à la promotion et à la publicité, afin de donner à l’auteur le rayonnement nécessaire et mérité en lien avec l’œuvre qu’il a écrite. Cette ventilation est le fruit d’une collaboration entre les différents acteurs de la chaîne, et ce, depuis des années, appuyée par des décisions législatives comme la Loi sur le développement des entreprises du livre (Loi 51), adoptée en 1981 et qui a fait en sorte que la production littéraire au Québec est riche et enviée par nos compatriotes du Canada anglais.

On peut déplorer qu’une autrice ou un auteur ne touche que 10 % du prix de vente d’un livre. Il faut alors le déplorer partout sur la planète, et ensuite se poser la question : auprès de qui exercera-t-on une ponction pour que l’autrice ou l’auteur touche plus ? La solution ne passe pas par un appauvrissement d’un acteur pour en appuyer un autre, mais par une meilleure pénétration des ouvrages des auteurs d’ici dans les foyers, les écoles et les bibliothèques d’ici. Avant même l’instauration du Panier bleu, l’ANEL multipliait les représentations pour que le travail de nos créateurs occupe une place plus importante dans les choix littéraires des Québécois et Québécoises. Ses membres savent très bien que l’enrichissement des auteurs et autrices aura des conséquences positives sur la santé financière, aujourd’hui très précaire, de leur maison d’édition ; ils y travaillent tous les jours.

La précarité des écrivains fait écho à celle de l’ensemble d’un milieu, alors que les éditeurs comme les libraires ne peuvent prétendre à des revenus considérables, comme le laissaient sous-entendre les intervenants dans l’article publié dans ces pages jeudi dernier. Nombreux sont les éditeurs et les libraires qui doivent combiner les emplois pour joindre les deux bouts. Le livre est un milieu de passionnés qui doivent tous ensemble, main dans la main, collaborer à la promotion de notre foisonnante littérature. C’est ainsi que l’ensemble des créateurs, de plus en plus nombreux faut-il le signaler, pourront prétendre en tirer des revenus accrus.

Maintenant, en ce qui concerne les conditions de travail, la rémunération, les avantages sociaux, le salaire d’écrivaines et d’écrivains, l’UNEQ s’adresse aux mauvaises personnes en ciblant les éditeurs, car n’en déplaise à l’UNEQ et à ses membres, ces derniers demeurent des travailleurs autonomes. C’est donc vers l’État qu’il faut se tourner pour améliorer leurs conditions de vie. L’ANEL soutiendra toujours les demandes des écrivains pour une meilleure reconnaissance de leur statut auprès des gouvernements, mais ne soyons pas naïfs, ils ne sont pas des salariés, comme les éditeurs ne sont pas leurs employeurs.